Frank Abagnale : l’imposteur de Catch Me If You Can

Sujet du film « Arrête-moi si tu peux » (2002) de Steven Spielberg, où il est incarné par Leonardo DiCaprio, Frank Abagnale Jr fut, dans les années 1960, présenté comme l’un des imposteurs les plus recherchés par le FBI. Le parcours d’escroc et d’usurpateur de Frank Abagnale, entamé à l’adolescence, est devenu une légende. Mais la véritable histoire de Frank Abagnale est aujourd’hui bien plus contestée que ne le laisse penser le film.

Frank Abagnale : une enfance et des débuts dans la fraude

Né en avril 1948 dans le Bronx, à New York, d’une mère française et d’un père italo-américain, Frank Abagnale Junior est le troisième d’une famille de quatre enfants. Selon son récit, il connaît d’abord une enfance heureuse, entouré de parents aimants.

À 15 ans, pour financer sa vie amoureuse, il commet sa première fraude à la carte de crédit, aux dépens de son propre père. Après l’achat d’un véhicule, il persuade ce dernier de lui prêter sa carte Mobil (essence et services automobiles). Avec la complicité d’un employé, il achète des pièces détachées qu’il restitue contre du liquide. La supercherie est démasquée quand un agent de recouvrement réclame au père le règlement de 14 pneus et 22 batteries achetés en trois mois pour 3 400 dollars. L’adolescent s’en tire avec de simples remontrances.

À 16 ans, il apprend au palais de justice l’existence d’une procédure de divorce entre ses parents. Sommé par le juge de choisir avec lequel il souhaite vivre, il s’enfuit en larmes. Sans domicile, sans travail ni diplôme, il se retrouve seul dans les rues de Manhattan.

Pour survivre, il décroche un emploi à 1,5 dollar de l’heure. Se croyant discriminé en raison de son âge, il falsifie son permis de conduire et se vieillit de dix ans, ce que facilitent ses cheveux grisonnants et sa taille de 1,85 m. Le gain restant maigre, il ouvre plusieurs comptes à son nom et émet des chèques de 25 à 50 dollars sans provision, jusqu’à ce que les banques en exigent la couverture.

Un usurpateur et un faussaire hors pair

Il se lance alors, à l’en croire, dans l’usurpation d’identité et l’escroquerie à grande échelle. Il fabrique de fausses pièces d’identité, imprime ses propres imitations de chèques et glisse dans la pile des formulaires de dépôt des bordereaux portant le numéro de son compte. Lors d’une incursion dans un aéroport, déguisé en vigile, il aurait détourné les enveloppes déposées par les compagnies aériennes et les loueurs de voitures après avoir marqué « en panne » sur la boîte aux lettres dédiée.

Ayant toujours voulu être pilote de ligne, il se serait procuré un uniforme aux frais de la Pan Am et aurait usé du deadheading, cette pratique qui permet aux pilotes de voyager gratuitement à bord d’autres compagnies pour se répartir dans le monde. Quand on lui proposait le manche, il s’en serait sorti en enclenchant le pilote automatique.

Entre 16 et 18 ans, selon des chiffres attribués à la Pan Am, Frank Abagnale aurait parcouru gratuitement près d’un million de kilomètres sur 250 vols, à travers 26 pays, ses faux frais étant portés au compte de la compagnie, soit près de 2,5 millions de dollars détournés. Il aurait ensuite endossé l’identité d’un pédiatre dans un hôpital de Géorgie, comme surveillant des internes, un poste sans acte médical, avant de renoncer face aux situations d’urgence. Il aurait enfin falsifié un diplôme de droit de Harvard, passé le barreau à la troisième tentative et décroché à 19 ans un emploi subalterne au cabinet du procureur général de Louisiane, quitté dès qu’un collègue diplômé de Harvard s’était montré trop soupçonneux.

La cavale et les évasions

Traqué aux États-Unis, il gagne la France, pays natal de sa mère. Reconnu par un employé d’Air France sur un avis de recherche, il est appréhendé en 1969. Douze pays réclament son extradition. Il purge six mois de prison en France, puis six mois en Suède pour escroquerie et fraude.

Menacé d’une nouvelle incarcération en Italie, il se serait évadé pendant son transfert en démontant les toilettes de l’avion pour se laisser tomber sur le tarmac. Il rejoint Montréal, récupère 20 000 dollars mis à l’abri, mais la cavale tourne court. De retour derrière les barreaux en avril 1971, il se serait encore échappé à deux reprises : une fois en se faisant passer pour un inspecteur sous couverture, profitant de l’oubli de ses papiers par le marshal chargé de l’escorter ; une autre en se faisant passer pour un agent du FBI afin d’échapper à un piège dans un motel. Sa fuite s’achève au Brésil, au bout de quelques semaines.

Le temps de la rédemption de Frank Abagnale

En 1974, après plusieurs années de détention, le gouvernement fédéral lui propose une liberté conditionnelle en échange de sa collaboration contre la fraude. Après une série d’emplois perdus dès que ses employeurs découvraient son passé, il est embauché comme consultant en sécurité dans une banque. Il fonde ensuite Abagnale & Associates, un cabinet de conseil et de détection des fraudes, et bâtit une carrière de conférencier qui fera de lui un homme riche et connu, longtemps présenté comme un collaborateur du FBI.

Frank Abagnale : mythe ou réalité ?

Depuis les années 2010, et surtout depuis l’enquête d’Alan C. Logan, The Greatest Hoax on Earth (2020), une large part de ce récit est remise en cause. En recoupant archives judiciaires, registres pénitentiaires, coupures de presse et témoignages, l’auteur soutient qu’Abagnale était incarcéré à plusieurs des périodes où il prétendait mener ses impostures : il n’aurait pu être, simultanément et en cavale, pilote de la Pan Am, médecin puis avocat.

Certaines affirmations avaient déjà été éreintées par de simples vérifications : sa prétendue imposture de professeur de sociologie à l’université Brigham Young, racontée à la télévision américaine, fut démentie par un journaliste qui n’eut qu’à téléphoner à l’établissement. L’enquête met aussi en avant une victime bien réelle, Paula Parks, dont Abagnale se serait rapproché pour accéder au domicile et aux comptes de ses parents, loin de l’image d’un escroc « au grand cœur ». Les éditeurs de son autobiographie, parue en 1980, n’avaient jamais vérifié ses dires.

Abagnale a contesté ces conclusions, maintenant l’essentiel de son histoire et n’admettant que des arrangements propres au genre autobiographique. Plusieurs journalistes ayant examiné les preuves rassemblées les ont jugées convaincantes. Reste un paradoxe savoureux : le plus grand tour de Frank Abagnale aura peut-être été de convaincre le monde entier de sa propre légende.

Questions fréquentes

  • Frank Abagnale a-t-il vraiment existé ? Oui. Né en 1948, il a inspiré le film de Steven Spielberg. En revanche, une grande partie des exploits qu’il s’attribue est aujourd’hui contestée.
  • Le film « Arrête-moi si tu peux » est-il fidèle à la réalité ? Il s’appuie sur l’autobiographie d’Abagnale, dont plusieurs éléments ont été démentis par l’enquête d’Alan C. Logan.
  • Qu’est-ce qui a été remis en question ? Les impostures de pilote, de médecin et d’avocat, ainsi que certaines évasions spectaculaires : Abagnale était parfois incarcéré aux dates concernées.
  • Qu’a-t-il fait après sa sortie de prison ? Il a fondé la société de conseil Abagnale & Associates et a bâti une carrière d’expert en prévention de la fraude, longtemps associée au FBI.

Pour aller plus loin

  • Catch Me If You Can, autobiographie de Frank Abagnale et Stan Redding (1980).
  • The Greatest Hoax on Earth, Alan C. Logan (2020), enquête critique sur cette histoire.
  • Film Arrête-moi si tu peux, Steven Spielberg (2002), avec Leonardo DiCaprio et Tom Hanks.

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