Depuis les années 1990, l’individualisme, la peur de l’avenir et la crainte de l’échec poussent de nombreux parents à viser l’excellence dans l’éducation de leur enfant. Ces hyperparents surinvestis, surstimulants et surprotecteurs veulent tout mettre en œuvre pour le protéger, le stimuler et assurer sa réussite. Qui sont les hyperparents, quels sont les effets de cette pression sur les enfants comme sur les adultes, et comment cesser d’être des hyperparents ?
Qu’est-ce que l’hyperparentalité ?
L’hyperparentalité désigne une manière d’élever ses enfants marquée par un investissement excessif. Très exigeants envers eux-mêmes, ces parents recherchent à tout prix le bonheur et la réussite de leur enfant. Pour y parvenir, ils exercent sur lui une surstimulation et une surprotection de tous les instants.
L’intention de départ est naturelle et généreuse. Mais à force de vouloir trop bien faire, l’hyperparent risque d’étouffer l’enfant, de le surprotéger, de surcharger son agenda et de le combler d’achats, avec des conséquences néfastes pour l’enfant comme pour lui-même.
Les différents types d’hyperparents
Selon leurs comportements dominants, les hyperparents ont reçu des surnoms imagés, souvent venus des pays anglo-saxons ou scandinaves :
- les parents hélicoptères, qui tournent en permanence au-dessus de leur enfant pour tout surveiller et tout contrôler. L’image apparaît dès 1969 chez le psychologue Haim Ginott, avant d’être popularisée en 1990 par Foster Cline et Jim Fay ;
- les parents drones, qui recherchent le meilleur pour leur enfant, qu’il s’agisse de son éducation (meilleure école, meilleur professeur) ou de son quotidien (meilleures fréquentations, meilleure alimentation) ;
- les parents curling, expression du psychologue danois Bent Hougaard : comme les joueurs qui balaient la glace devant la pierre, ils écartent tous les obstacles du chemin de leur enfant pour qu’il glisse sans heurt vers la cible ;
- les parents chasse-neige, cousins des précédents, qui déblaient le terrain pour que leur enfant ne subisse ni échec ni dérapage ;
- les parents tigres, popularisés en 2011 par l’Américaine Amy Chua, qui imposent des habitudes de travail strictes et des exigences scolaires très élevées, parfois irréalistes, au détriment des aptitudes sociales et émotionnelles ;
- les parents taxis, qui passent leur vie à conduire leur enfant d’une activité extrascolaire à l’autre, remplissant son agenda et choisissant ses amis ;
- les parents surprotecteurs, qui veillent à ce que leur enfant ne s’écorche jamais, ne prenne pas froid et ne se salisse pas.
Quels sont les effets néfastes de l’hyperparentalité ?
La multiplication des activités, la course au meilleur, la surveillance constante, l’incitation à la réussite, l’excès d’éloges, l’anticipation de tous les problèmes et le refus de toute frustration produisent de nombreux effets indésirables, chez les enfants comme chez les parents.
Les enfants surstimulés se sentent en permanence sous pression : apprentissages, activités, résultats scolaires. Surprotégés, ils sont peu sûrs d’eux et peinent à se débrouiller seuls face à l’imprévu, aux conflits ou aux émotions négatives. Certains deviennent agités ou anxieux, au risque de leur santé physique et mentale. Ils se sentent tenus de rassurer sans cesse des parents inquiets de leurs progrès, et ont sous les yeux le modèle d’un adulte qui s’épuise et se débat.
La relation parent-enfant peut alors se dégrader : le lien affectif cède la place à une recherche d’efficacité et de rentabilité du temps, qui doit toujours être utile, éducatif ou consacré à se constituer un réseau. À terme, cette pression peut favoriser l’anxiété, une baisse de l’estime de soi, voire un décrochage scolaire.
Hyperparents : le risque du burn-out parental
Les parents, eux, vivent souvent dans un stress permanent, prisonniers du cahier des charges démesuré qu’ils se sont fixé. Ils s’épuisent, s’oublient et culpabilisent. Les psychologues Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak (UCLouvain) ont décrit ce burn-out parental : épuisement, distance émotionnelle avec ses enfants, perte du plaisir d’être parent. Leur étude menée dans 42 pays, publiée en 2021, montre que les pays occidentaux riches et individualistes sont les plus touchés, la Belgique figurant dans le trio de tête. Parmi les pistes de prévention, les chercheuses citent l’entraide entre parents et le renoncement à l’idéal du parent parfait, comme l’explique l’UCLouvain.
Comment ne plus être des hyperparents ?
Le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Winnicott proposait déjà de viser une mère « suffisamment bonne » plutôt que parfaite : un parent qui répond aux besoins de l’enfant, puis le laisse peu à peu affronter seul les petites frustrations. Quelques pistes pour y parvenir :
- prendre du recul face à la pression scolaire et à la surmédiatisation des risques encourus par les enfants ;
- s’appuyer sur son entourage : la famille, les amis et les autres parents aident à se détacher de la pression sociale ;
- dédramatiser l’échec et accepter que l’enfant se construise à son rythme, fasse ses propres expériences et connaisse des émotions négatives ;
- lâcher prise et faire confiance à l’enfant, en le laissant prendre des risques à sa mesure ;
- ralentir, à la manière du mouvement slow parenting, et valoriser le temps libre, l’ennui et l’art de ne rien faire ;
- respecter ses besoins réels : détente, jeu, amis.
Bienveillance, écoute active, chaleur, confiance, non-jugement et parler-vrai aident l’enfant à devenir autonome. C’est tout l’esprit de la parentalité positive, qui se situe à égale distance de l’hyperparentalité et du laisser-faire des parents permissifs. Lisez aussi nos articles sur les parents toxiques, la préadolescence et la génération alpha.
Citation :
« La mère suffisamment bonne commence par s’adapter presque complètement aux besoins de son nourrisson, puis, à mesure que le temps passe, elle s’adapte de moins en moins complètement, en fonction de la capacité croissante de l’enfant à faire face à ses défaillances. »
Donald W. Winnicott, Jeu et réalité (Playing and Reality, 1971), chapitre 1
Pour ma part je n’ai pas été si pire que ca ..
De toute manière je ne crois pas que ce genre de comportement rend l’enfant plus heureux et ne font que nuire plus qu’autre chose aux enfants