Les expressions impersonnelles sont très utiles, car elles permettent, dans une forme plus soutenue, d’exprimer une opinion, l’obligation ou la nécessité, la volonté, le désir, l’émotion, la possibilité ou le doute. Toujours construites autour du pronom neutre « il », elles donnent à l’écrit ou à l’oral un registre plus formel qu’une tournure personnelle équivalente : dire « il est souhaitable que vous répondiez rapidement » plutôt que « j’aimerais que vous répondiez vite » change immédiatement le ton d’un courrier ou d’un discours.
Comment se forment-elles ?
Elles commencent toujours par « il » (pronom neutre, qui ne représente personne en particulier) suivi d’un adjectif ou d’un verbe, puis :
- d’un infinitif, si elles sont construites avec « de » : « il est utile de réviser » ;
- d’un subjonctif, si elles sont construites avec « que » : « il est utile que vous révisiez ».
En général, exceptées les expressions de certitude et quelques expressions figées (il faut que, il me paraît que…), elles peuvent se construire avec les deux formes, « de » et « que », selon que l’on garde un sujet indéterminé (« de » + infinitif) ou que l’on précise qui est concerné (« que » + sujet + subjonctif). C’est ce choix qui permet, par exemple, de passer de « il est nécessaire de partir tôt » (conseil général) à « il est nécessaire que tu partes tôt » (conseil adressé directement à quelqu’un).
Certitude, possibilité ou doute
- Il se pourrait que
- Il est probable que
- Il est possible que
- Il est loisible de
- Il est vraisemblable que
- Il est permis de
- Il semble que
- Il apparaît que
- Il est évident que
- Il est certain que
- Il est indéniable que
- Il est clair que
Attention à un piège classique : les expressions de certitude franche (il est évident que, il est certain que, il est clair que) se construisent avec l’indicatif et non le subjonctif à la forme affirmative : « il est certain qu’il viendra », et non « qu’il vienne ». Le doute inverse cette logique : « il se pourrait qu’il vienne » exige bien le subjonctif, puisque rien n’est certain.
Regret, désir ou émotion
- Il est dommage que / de
- Il est regrettable que / de
- Il est souhaitable que / de
- Il est préférable que / de
- Il est désagréable que / de
- Il est insensé que / de
- Il est déplorable que / de
Exemple : « il est dommage que vous n’ayez pas pu venir » exprime un regret tourné vers l’interlocuteur, quand « il est dommage de partir si tôt » reste une remarque plus générale, sans destinataire précis.
Opinion ou observation
- Il va de soi que / de
- Il est incontestable que / de
- Il me paraît que
- Il est important, il importe que / de
- Il est judicieux de
- Il est essentiel que / de
- Il est naturel que / de
- Il est normal que / de
- Il est juste que / de
- Il vaut mieux que
- Il est bon que / de
- Il est utile que / de
- Il est temps que / de
- Il est facile de
« Il vaut mieux que » se construit uniquement avec « que » suivi du subjonctif (« il vaut mieux que tu partes »), sans équivalent en « de » : c’est l’une des rares expressions de cette liste qui n’admet pas les deux constructions.
Obligation ou nécessité
- Il faut que
- Il est indispensable que / de
- Il est essentiel que / de
- Il est nécessaire que / de
- Il est obligatoire que / de
- Il n’a pas d’autre choix, d’autre option que de
« Il faut que » reste, avec « il vaut mieux que », l’une des expressions figées de cette liste : elle ne se construit jamais avec « de » suivi d’un infinitif à la forme impersonnelle (on ne dit pas « il faut de partir »), mais uniquement avec « que » et le subjonctif, ou directement avec l’infinitif sans « de » : « il faut partir ».
À quel moment utiliser ces expressions
Ces tournures trouvent naturellement leur place dans un écrit administratif, une lettre de motivation, un rapport, un essai argumentatif ou une prise de parole formelle, là où une expression personnelle directe (« je pense que », « je veux que ») paraîtrait trop abrupte ou trop centrée sur son propre point de vue. À l’oral courant, en revanche, elles peuvent sonner ampoulées : dans une conversation entre amis, on dira plus naturellement « je crois qu’il va pleuvoir » plutôt que « il est probable qu’il pleuve ». Savoir doser ces expressions selon le contexte, plutôt que les multiplier partout, est ce qui distingue un français soutenu maîtrisé d’un français simplement compliqué.
Citation sur le français :
« Ma patrie, c’est la langue française. »
Albert Camus