La langue française est riche de nombreuses expressions françaises, dont certaines remontent à l’Antiquité, à la Bible ou aux grands textes de la littérature. Bien employées, ces expressions françaises enrichissent l’expression écrite comme orale, et beaucoup ont des équivalents, proches ou très différents, dans d’autres langues. Cet article réunit 121 expressions françaises de S à V, classées par ordre alphabétique avec leur signification.
Cet article fait partie d’une série de quatre :
- Expressions françaises de A à C : 117 expressions à connaître et à utiliser (1/4)
- Expressions françaises de D à J : 116 expressions à connaître et à utiliser (2/4)
- Expressions françaises de L à R : 125 expressions à connaître et à utiliser (3/4)
- Expressions françaises de S à V : 121 expressions à connaître et à utiliser (4/4) (vous êtes ici)
Expressions françaises en S
- Sage comme une image : Calme, tranquille, très sage.
- Sans bourse délier : Sans payer. Sans qu’il en coûte rien.
- Sans coup férir : Sans rencontrer de résistance, sans difficulté.
- Sans crier gare : Sans prévenir, sans avertir. Inopinément, à l’improviste.
- Sans queue ni tête : Incohérent, incompréhensible.
- Sans tambour ni trompette : Discrètement, secrètement, sans bruit.
- S’attirer les foudres (de quelqu’un) : S’attirer des reproches, une condamnation.
- Savoir où le bât blesse : Connaître les peines cachées, les ennuis secrets de quelqu’un.
- Savonner la planche / glisser une peau de banane : Utiliser des procédés déloyaux envers quelqu’un pour faire retarder ou échouer ce qu’il entreprend.
- Scier la branche sur laquelle on est assis : S’attaquer à une situation dont on bénéficie pourtant ou à des personnes dont on tire pourtant profit.
- Se battre contre des moulins à vent : Lutter contre des ennemis ou des difficultés imaginaires. Se battre contre quelque chose sans espoir de gagner.
- Se croire sorti de la cuisse de Jupiter : Se prendre pour quelqu’un de remarquable, d’exceptionnel. Être imbu de soi-même.
- Se demander si c’est du lard ou du cochon : Ne pas savoir à quoi s’en tenir, avoir du mal à comprendre de quoi il s’agit.
- Se faire remonter les bretelles : Se faire rappeler à l’ordre, plutôt vivement.
- Se jeter dans la gueule du loup : S’exposer imprudemment à un danger.
- Se mettre au vert : Aller se reposer, se refaire à la campagne. S’éloigner d’une situation ou d’un endroit stressant, dangereux, désagréable.
- Se mettre martel en tête : Se faire du souci, se laisser obséder par une inquiétude.
- Se noyer dans un verre d’eau : Être incapable de faire face (sereinement) à la moindre difficulté. Être complètement perdu une fois confronté au moindre changement.
- Se parer des plumes du paon : Chercher à tirer parti, se vanter d’avantages, de mérites qui reviennent à autrui.
- Se porter / Être solide comme le Pont-Neuf : Être en bonne santé, vigoureux.
- Se porter comme un charme : Très bien se porter, être en parfaite santé.
- Se réduire comme une peau de chagrin : Se réduire progressivement (jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien).
- Se regarder en chiens de faïence : Se regarder avec hostilité, se dévisager avec méfiance.
- Se retirer sur l’Aventin : Renoncer à / refuser de poursuivre une négociation ou un débat.
- Se ronger les sangs : Se faire beaucoup de souci. Être très inquiet.
- Se saigner aux quatre veines : Se priver (généralement pour quelqu’un). Se donner beaucoup de mal.
- Se tenir (être) droit dans ses bottes : Garder une attitude ferme et déterminée, sans plier. Avoir la conscience tranquille (même à tort).
- Secret de polichinelle : Faux secret, que tout le monde connaît.
- S’en aller en eau de boudin : Partir en déconfiture. Aller à l’échec. Mal tourner.
- S’endormir / se reposer sur ses lauriers : Se contenter d’un premier succès.
- S’entendre comme larrons en foire : Très bien s’entendre.
- Séparer le bon grain de l’ivraie : Séparer les méchants et les bons, le mal et le bien.
- S’inscrire en faux (contre quelque chose) : Opposer un démenti, une dénégation.
- Sonner le tocsin : Alerter, ameuter. Exciter l’opinion (contre quelqu’un).
- Sonner l’hallali : Annoncer la défaite, la ruine, la déchéance (de quelqu’un, de quelque chose). Proclamer sa victoire.
- Sortir de ses gonds : Se mettre brutalement en colère, s’emporter.
- Sous la férule de… : Sous l’autorité, le pouvoir de…
- Sur le fil du rasoir : Dans une situation instable, dangereuse, critique, susceptible de mal se terminer ou de faire basculer d’un côté non souhaité.
Expressions françaises en T
- Tailler des croupières : Occasionner des difficultés, des embarras. Faire obstacles à des projets.
- Tenir à quelque chose comme à la prunelle de ses yeux : Tenir beaucoup, énormément à quelque chose.
- Tenir la dragée haute à quelqu’un : Faire sentir son pouvoir à quelqu’un. Faire longtemps attendre quelqu’un et ne lui procurer qu’une petite quantité de ce qu’il attend.
- Tenir les murs : N’avoir aucune occupation, ne rien faire.
- Tirer à boulets rouges : Attaquer (quelqu’un ou quelque chose) en termes violents. Faire tomber (sur quelqu’un) une pluie d’injures ou de reproches.
- Tirer à hue et à dia : Aller dans des directions opposées. Agir de manière contradictoire, de façon désordonnée.
- Tirer des plans sur la comète : Faire des projets sur des hypothèses souvent peu vraisemblables ou vérifiables (et prendre un grand risque d’échouer).
- Tirer les marrons du feu : Entreprendre quelque chose de risqué ou dangereux pour le profit de quelqu’un d’autre. Tirer avantage d’une situation pour soi-même, parfois malhonnêtement.
- Tirer (retirer) son épingle du jeu : Se dégager adroitement d’une situation délicate. Se retirer à temps d’une affaire qui devient mauvaise sans y perdre d’argent.
- Tirer sur l’ambulance : Accabler quelqu’un qui est dans une situation désespérée. S’acharner sur quelqu’un que le sort a déjà beaucoup éprouvé.
- Tomber / rentrer dans l’escarcelle : Rentrer dans le portemonnaie / portefeuille (de quelqu’un). S’ajouter aux moyens financiers (de quelqu’un).
- Tomber comme à Gravelotte : Pleuvoir très fort. Tomber en grandes quantités ou de manière très rapprochée.
- Tomber comme un couperet : Arriver brusquement, souvent par surprise, et avec des conséquences désagréables.
- Tomber dans le troisième / trente-sixième dessous : Essuyer un échec retentissant. Tomber dans la misère, dans une grande détresse.
- Tomber de Charybde en Scylla : N’échapper à un danger (ou un inconvénient) que pour se frotter à un autre encore plus grave.
- Tomber en rideau : Tomber en panne, ne plus fonctionner.
- Tomber sous le sens : Être évident. S’imposer spontanément à l’esprit.
- Tourner casaque / Retourner sa veste : Fuir. Changer brutalement d’opinion ou de parti.
- Tout son soûl : À satiété, autant qu’on veut.
- Trancher le nœud gordien : Résoudre un problème d’une manière expéditive. Trancher dans le vif, prendre une décision de manière radicale.
- Travailler pour le roi de Prusse : Travailler pour rien, ne pas être payé pour ses peines ou sa participation active.
- Trouver son chemin de Damas : Se convertir à une doctrine (après l’avoir combattue). Trouver sa voie.
- Tuer (écraser, étouffer) dans l’œuf : Arrêter quelque chose, étouffer une affaire dès le départ, dès le début.
- Tuer la poule aux œufs d’or : Se priver de profits futurs importants pour satisfaire des intérêts immédiats. L’avidité et l’impatience sont de vilains défauts. N’agir que pour le court terme, sans aucune vision à long terme.
Expressions françaises en U
- Un âge canonique : L’âge requis pour exercer certaines fonctions ecclésiastiques. Un âge respectable. Un âge (très) avancé.
- Un amour platonique : Un amour idéalisé, sans relations charnelles. Une affection mutuelle, morale, et dégagée des désirs physiques, entre deux personnes de différent sexe.
- Un ange passe ! : S’utilise lorsqu’il y a un silence prolongé dans une assemblée.
- Un appel du pied : Une invite discrète. Une proposition allusive.
- Un baiser de Judas : Une traîtrise, une félonie. Un geste d’affection cachant une intention sournoise.
- Un ballon d’essai : Un premier jet d’une chose rendue publique, l’annonce d’un projet afin de vérifier comment il sera accueilli par sa cible.
- Un baroud d’honneur : Un combat désespéré, perdu d’avance, livré pour sauver l’honneur.
- Un bouc émissaire : Une personne sur laquelle on fait retomber tous les torts, toutes les responsabilités.
- Un capitaine d’industrie : Le patron d’une grande entreprise.
- Un cautère sur une jambe de bois : Une mesure complètement inutile, inefficace.
- Un cheval de Troie : Un piège, un moyen secret pour s’introduire chez l’ennemi, chez l’adversaire.
- Un choix cornélien : Un dilemme, un choix extrêmement difficile. Un choix qui oppose la raison et les sentiments, ou l’honneur et ces derniers.
- Un colosse aux pieds d’argile : Quelqu’un ou quelque chose dont la force ou la solidité n’est qu’apparence ou qui repose sur une base fragile.
- Un combat homérique : Un combat spectaculaire, épique, héroïque, fabuleux, surhumain…
- Un compte d’apothicaire : Une facture exagérée. Un calcul compliqué dont les résultats n’ont aucun intérêt ou sont difficilement vérifiables.
- Un coup de Jarnac : Un coup habile, décisif, mais inattendu. Un coup donné par traîtrise.
- Un coup de Trafalgar : Un accident désastreux et généralement inattendu. Un très mauvais coup.
- Un fil d’Ariane : Un moyen de se diriger au milieu des difficultés. Une voie à suivre pour arriver à un résultat difficile à atteindre. Un guide entre deux points difficiles à relier.
- Un homme de l’art / C’est du grand art / L’enfance de l’art : Un expert dans son métier / C’est superbement réalisé / Quelque chose de simple à faire
- Un homme de paille : Une personne qui agit comme prête-nom d’une autre, souvent dans une affaire douteuse.
- Un jugement de Salomon : Un jugement empreint de sagesse et d’équité. Un jugement qui partage les torts entre deux parties.
- Un lit de Procuste : Une mutilation d’une œuvre ou d’un projet pour les rendre conforme à un modèle. Une uniformisation au prix d’une déformation ou dégradation, ou bien d’une élimination de ce qui ne rentre pas dans le moule.
- Un panier de crabes : Un ensemble de personnes qui se haïssent et cherchent à se nuire.
- Un pavé dans la mare : Quelque chose qui trouble une situation sans histoire, qui fait scandale, qui dérange une situation ou des habitudes bien tranquilles.
- Un pense-bête : Objet, note destiné à rappeler ce qu’on a projeté de faire.
- Un pétard mouillé : Une action, une révélation qui devrait être sensationnelle ou spectaculaire, mais qui ne fait aucun effet. Une nouvelle importante qui se révèle fausse.
- Un point d’orgue : Un moment intense au cours d’une action ou d’une succession d’évènements.
- Un procès d’intention : Une accusation ou critique portant non pas sur des actes, mais sur des intentions supposées. Une accusation injuste ou insuffisamment fondée.
- Un suppôt de Satan : Une personne méchante, malfaisante.
- Un travail de bénédictin : Un travail intellectuel de longue haleine. Un travail qui exige beaucoup de patience et de soin.
- Un travail de titan : Un travail énorme, colossal, gigantesque.
- Un vieux loup de mer : Un vieux marin aguerri (et parfois sauvage et bourru).
- Un violon d’Ingres : Une activité à laquelle on aime se consacrer en dehors de sa profession. Un hobby.
- Une auberge espagnole : Un lieu / une situation où on ne trouve que ce qu’on y a apporté. Un endroit où on trouve de tout, où on rencontre n’importe qui.
- Une bête de somme : Une personne effectuant des travaux pénibles.
- Une chasse aux sorcières : Une persécution organisée et généralement injuste (très souvent par un gouvernement contre ses opposants).
- Une cinquième colonne : Une organisation qui, à l’intérieur d’un lieu (ville, pays…), opère en faveur de l’ennemi. Des services secrets d’espionnage d’un pays étranger.
- Une douche écossaise : Un traitement très contrasté (agréable, désagréable…).
- Une éminence grise : Une personne qui influence discrètement les décisions prises publiquement par d’autres.
- Une guerre picrocholine : Un conflit entre personnes ou institutions, déclenché pour des raisons obscures ou ridicules.
- Une levée de boucliers : Une démonstration collective d’opposition.
- Une madeleine de Proust : Un micro-évènement qui fait ressurgir des souvenirs de jeunesse. Un acte mineur porteur d’une forte charge émotionnelle.
- Une main de fer dans un gant de velours : Une autorité ferme sous une apparence douce. Ferme, mais diplomate.
- Une mise en abyme : Une œuvre imbriquée dans une œuvre de même type.
- Une offre / promesse de Gascon : Une offre peu sérieuse, une promesse non tenue.
- Une république bananière : Une ‘république’, un État, un gouvernement corrompu.
- Une sensibilité d’écorché vif : Une sensibilité excessive, exacerbée.
- Une tempête dans un verre d’eau : Beaucoup de bruit ou d’agitation pour pas grand chose.
- Une tour de Babel : Un lieu, une réunion où règne la confusion, où les gens ont des difficultés pour s’entendre, se comprendre.
- Une tunique de Nessus : Un cadeau empoisonné, un présent funeste. Une passion dévorante.
- Une vérité de La Palice / Une lapalissade : Une évidente vérité qui prête à rire.
- Une victoire à la Pyrrhus : Une victoire chèrement acquise, au résultat peu réjouissant.
- Une voix de stentor : Une voix puissante, très forte.
Expressions françaises en V
- Vaincre / briser le signe indien : Vaincre la malchance. Briser le mauvais sort.Interrompre une série noire.
- Vendre / donner son âme au diable : Conclure avec le diable un pacte selon lequel il accorde certains privilèges pendant la vie terrestre (science, jeunesse, puissance surnaturelle…) en échange de la possession et de la damnation éternelle de l’âme. Aliéner sa liberté, sa dignité en échange de quelque chose.
- Vendre la peau de l’ours (avant de l’avoir tué) : Se féliciter trop tôt d’un succès pas encore acquis. Disposer trop vite d’une chose qu’on ne possède pas encore réellement.
- Voir quelque chose par le petit bout de la lorgnette : Ne voir des choses qu’une petite partie, qu’un aspect accessoire dont on exagère l’importance, au point de négliger l’ensemble. Avoir des vues étriquées, un esprit étroit.
- Vouer aux gémonies : Accabler quelqu’un, lui faire de violents reproches ou l’humilier publiquement. Livrer quelqu’un au mépris public, le couvrir de honte.
- Vouloir le beurre et l’argent du beurre : Tout vouloir, sans contrepartie. Vouloir gagner sur tous les plans.
D’où viennent ces expressions ?
Beaucoup d’expressions gardent la trace d’un événement historique, d’un mythe ou d’une œuvre littéraire. Quelques exemples tirés de cette liste :
- Tomber de Charybde en Scylla : Dans l’Odyssée, Ulysse doit franchir un détroit gardé par deux monstres : en évitant le tourbillon de Charybde, il tombe sur Scylla.
- Trancher le nœud gordien : Selon la légende, Alexandre le Grand, incapable de défaire le nœud inextricable de Gordion, le trancha d’un coup d’épée.
- Un coup de Jarnac : En 1547, lors d’un duel judiciaire, Guy Chabot de Jarnac blesse son adversaire d’un coup inattendu au jarret, régulier mais imprévu.
- Une victoire à la Pyrrhus : Pyrrhus, roi d’Épire, bat les Romains au IIIe siècle av. J.-C., mais au prix de pertes si lourdes que sa victoire ressemble à une défaite.
- Une madeleine de Proust : Dans Du côté de chez Swann (1913), le goût d’une madeleine trempée dans le thé fait ressurgir chez le narrateur tout un pan de son enfance.
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Questions fréquentes
Que signifie « travailler pour le roi de Prusse » ?
Travailler pour rien, sans en tirer aucun profit.
Qu’est-ce qu’une « vérité de La Palice » ?
Une évidence si flagrante qu’elle en devient comique, d’après une chanson sur le maréchal de La Palice, mort à Pavie en 1525.
Que veut dire « un violon d’Ingres » ?
Une activité pratiquée en amateur à côté de son métier, comme le violon pour le peintre Ingres.
Que signifie « se retirer sur l’Aventin » ?
Refuser de participer, se retirer d’une affaire en signe de protestation, comme la plèbe romaine sur la colline de l’Aventin.
Retrouvez toute la série des expressions françaises :
- Expressions françaises de A à C : 117 expressions à connaître et à utiliser (1/4)
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- Expressions françaises de L à R : 125 expressions à connaître et à utiliser (3/4)
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Citation sur la langue française :
« La langue française est une noble gueuse, et elle ne souffre pas qu’on l’enrichisse malgré elle. »
Marcel Prévost