Mots à ne pas confondre : homophones et paronymes de A à V

Acquis ou acquit, censé ou sensé, satire ou satyre : le français regorge de mots à ne pas confondre, qui se prononcent de la même façon ou presque mais n’ont pas le même sens. Une lettre de trop ou un accent oublié suffit à changer complètement le propos. Voici notre liste des mots à ne pas confondre, classée par ordre alphabétique, avec leur définition et un moyen simple de choisir le bon. Ces mots à ne pas confondre complètent notre page consacrée aux erreurs courantes en français.

Homophones et paronymes : de quoi parle-t-on ?

Deux familles de mots sont à l’origine de la plupart des confusions. Les homophones se prononcent exactement de la même manière mais s’écrivent différemment, comme « repaire » et « repère ». Les paronymes se ressemblent par la forme ou la prononciation sans être identiques, comme « anoblir » et « ennoblir », ou « prémices » et « prémisse ». Dans les deux cas, seul le sens de la phrase permet de trancher.

Mots à ne pas confondre de A à C

  • acquis / acquit : « acquis » vient du verbe acquérir (« bien mal acquis ne profite jamais ») ; « acquit » vient du verbe acquitter (« par acquit de conscience », « pour acquit »).
  • à faire / affaire : on a fort « à faire » quand on a beaucoup de travail ; on a « affaire » à quelqu’un quand on doit traiter avec lui.
  • aller de pair / hors pair : « pair » signifie ici égal, et n’a rien à voir avec une paire. « Aller de pair », c’est aller ensemble ; « hors pair », c’est sans égal.
  • amorcer / initier : « amorcer » ou « commencer », c’est débuter ; « initier », c’est faire découvrir ou instruire. « Initier un projet », au sens de le lancer, est un anglicisme critiqué.
  • à nouveau / de nouveau : traditionnellement, « de nouveau » signifie une fois de plus, de la même manière, et « à nouveau » d’une manière différente, sur de nouvelles bases. L’usage courant les emploie l’un pour l’autre, mais la nuance reste appréciée à l’écrit soutenu.
  • ajustage / ajustement : « ajustage » est un terme technique, l’action d’ajuster les pièces d’une machine ; « ajustement » désigne l’adaptation en général.
  • amène / à même de : « amène » est un adjectif qui signifie aimable, avenant ; « à même de » est une locution qui signifie capable de.
  • anoblir / ennoblir : « anoblir », c’est accorder un titre de noblesse ; « ennoblir », c’est donner de la noblesse morale, élever.
  • appas / appât : les « appas », toujours au pluriel, sont les charmes d’une personne ; l’« appât » est ce qui sert à attirer un animal, un poisson.
  • au temps pour moi / autant pour : « au temps pour moi », graphie recommandée par l’Académie française, signifie « je me suis trompé ». L’expression viendrait du vocabulaire militaire : on reprend le mouvement au temps précédent. « Autant pour » marque l’égalité : « il en ferait autant pour moi ».
  • auspice / hospice : les « auspices » sont des présages (« sous les meilleurs auspices ») ; un « hospice » est un établissement d’accueil pour personnes âgées ou démunies.
  • aux dépens de : « dépens » signifie frais (« être condamné aux dépens »). On écrit toujours « aux dépens de », jamais « aux dépends de ».
  • bailler / bâiller / bayer : « bailler », vieilli, signifie donner (« vous me la baillez belle », vous voulez me tromper) ; on « bâille » de fatigue ou d’ennui ; on « baye » aux corneilles quand on rêvasse.
  • balade / ballade : une « balade » est une promenade ; une « ballade » est un poème ou une pièce de musique.
  • bimensuel / bimestriel : « bimensuel » : deux fois par mois ; « bimestriel » : tous les deux mois.
  • ceci / cela : « ceci » annonce ce qui va être dit, « cela » reprend ce qui vient d’être dit. On écrit donc « cela dit », et non « ceci dit ».
  • celui-ci / celui-là : quand deux éléments sont cités, « celui-ci » renvoie au plus proche, le dernier nommé, et « celui-là » au plus éloigné, le premier nommé.
  • censé / sensé : « censé » signifie supposé et est suivi d’un infinitif (« il est censé venir ») ; « sensé » signifie qui a du bon sens, contraire d’insensé.

Mots à ne pas confondre de D à H

  • décade / décennie : une « décade » dure dix jours, une « décennie » dix ans.
  • de concert / de conserve : « de concert », c’est d’un commun accord ; « de conserve », terme de marine désignant des navires qui naviguent ensemble, c’est côte à côte, dans la même direction.
  • de suite / tout de suite : « de suite » signifie à la suite, d’affilée (« trois jours de suite ») ; « tout de suite » signifie immédiatement. On dit « je reviens tout de suite ».
  • détoner / détonner : « détoner », avec un n, c’est exploser ; « détonner », avec deux n, c’est sortir du ton ou contraster.
  • deuxième / second : selon une distinction traditionnelle, « second » s’emploie quand il n’y en a que deux, « deuxième » quand la série peut continuer. L’Académie précise que cette règle n’est pas obligatoire.
  • différent / différend / différant : « différent » (adjectif) signifie distinct ; un « différend » (nom) est un désaccord ; « différant » est le participe présent du verbe différer.
  • en cas / en-cas : un « en-cas », avec un trait d’union, est un petit repas préparé en cas de besoin.
  • en matière de / en termes de : « en matière de » signifie en ce qui concerne ; « en termes de » signifie dans le vocabulaire de (« en termes de droit »). Employer « en termes de » pour « en matière de » est critiqué.
  • en son for intérieur : « for », du latin forum, désigne ici la conscience. Il ne prend pas de t.
  • en tant que : signifie « en qualité de ». « En temps que » n’existe pas.
  • en train / entrain : « en train de » indique une action en cours ; l’« entrain » est la vivacité, l’enthousiasme : « il est en train de chanter avec entrain ».
  • être convenu / avoir convenu : dans la langue soutenue, on est convenu de quelque chose quand on s’est mis d’accord (« nous sommes convenus d’un rendez-vous ») ; une chose a convenu quand elle a plu ou été adaptée (« cette date m’a convenu »).
  • fond / fonds : le « fond » est la partie la plus profonde ; un « fonds » est un capital ou un ensemble de ressources (« fonds de commerce »).
  • gent / gente : la « gent » féminine ou masculine est un nom qui désigne un groupe, et ne prend pas de e. « Gente dame » vient d’un autre mot, l’ancien adjectif gent, gente, qui signifiait noble, gracieux.
  • gril / grill : le « gril » est l’ustensile de cuisson (« être sur le gril ») ; un « grill » est un restaurant de grillades.
  • hiberner / hiverner : un animal « hiberne » quand il passe l’hiver dans un sommeil prolongé ; « hiverner », c’est passer la mauvaise saison à l’abri, pour des troupeaux ou des navires par exemple.
  • hormis / parmi : « hormis », formé de « hors » et « mis », prend un s ; « parmi » n’en prend jamais.

Mots à ne pas confondre de M à V

  • martyr / martyre : le « martyre » est le supplice ; le « martyr » est la personne qui le subit.
  • mettre à jour / mettre au jour : « mettre à jour », c’est actualiser ; « mettre au jour », c’est découvrir, faire apparaître ce qui était caché ou enfoui.
  • opprobre : ce nom masculin, qui désigne la honte publique, prend deux r : « jeter l’opprobre sur quelqu’un ».
  • par contre / en revanche : « par contre » a longtemps été condamné par les puristes. L’Académie française ne le juge pas fautif, mais recommande « en revanche » dans un écrit soigné.
  • peut être / peut-être : « peut être », sans trait d’union, est le verbe pouvoir suivi du verbe être (« il peut être là ») ; « peut-être », avec trait d’union, signifie probablement (« il est peut-être là »).
  • prémices / prémisse : les « prémices », toujours au pluriel, sont les premières manifestations d’une chose ; une « prémisse » est une proposition dont on tire une conclusion.
  • quelque / quel que : « quel que », en deux mots et accordé, s’emploie devant le verbe être au subjonctif (« quelles que soient les difficultés ») ; ailleurs, on écrit « quelque » (« quelque temps », « quelques amis »).
  • quoique / quoi que : « quoique » signifie bien que ; « quoi que » signifie quelle que soit la chose que (« quoi que vous fassiez »).
  • rabattre / rebattre : « rabattre », c’est replier ou abaisser ; « rebattre », c’est répéter à satiété : « rebattre les oreilles », « des sentiers rebattus ».
  • repaire / repère : un « repaire » est un refuge, une tanière ; un « repère » est une marque qui permet de se situer.
  • satire / satyre : une « satire » est une œuvre qui critique en se moquant ; un « satyre » est une divinité mi-homme mi-bouc de la mythologie grecque et, par extension, un homme lubrique.
  • saynète / scénette : une « saynète » est une courte pièce comique. « Scénette » n’existe pas.
  • suggestion / sujétion : une « suggestion » est une idée proposée ; la « sujétion » est un état de dépendance, une contrainte.
  • sur / sûr : « sur », sans accent, est une préposition ou un adjectif signifiant aigre (« une pomme sure ») ; « sûr » signifie certain ou sans danger.
  • tout autre / toute autre : « tout », adverbe signifiant complètement, reste invariable : « c’est une tout autre affaire ». Au sens de « n’importe quelle », il s’accorde : « toute autre solution serait refusée ».
  • voici / voilà : en principe, « voici » annonce ce qui va suivre et « voilà » résume ce qui précède.
  • voir / voire : « voir », c’est percevoir par les yeux ; « voire » signifie et même (« utile, voire indispensable »).

Astuces pour ne plus confondre les mots

  • Remonter à l’étymologie : « acquis » vient d’acquérir, « acquit » d’acquitter, « dépens » de dépenser.
  • Remplacer par un synonyme : si « probablement » fonctionne, c’est « peut-être » ; si « et même » fonctionne, c’est « voire ».
  • Passer au féminin ou au pluriel : « quel que » s’accorde, « quelque » se comporte comme un adjectif ordinaire.
  • S’appuyer sur un mot de la même famille : « différend » fait penser à « différends » entre personnes, « différent » à « différence »… et le doute disparaît.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un homophone et un paronyme ?

Les homophones se prononcent exactement de la même manière (repaire, repère) ; les paronymes se ressemblent sans être identiques (anoblir, ennoblir).

Faut-il écrire « au temps pour moi » ou « autant pour moi » ?

L’Académie française recommande « au temps pour moi », même si « autant pour moi » est très répandu.

« Par contre » est-il une faute ?

Non. L’Académie ne le condamne pas, mais « en revanche » est préférable dans un écrit soigné.

Comment ne plus confondre « censé » et « sensé » ?

Remplacez par « supposé » : si la phrase fonctionne, c’est « censé ». Sinon, c’est « sensé », qui a du bon sens.

Citation sur la langue :

« Défendre la langue française est un devoir pour moi. »

Charles Aznavour