Les moyens mnémotechniques sont de petites phrases, des images ou des associations d’idées qui aident à retenir une règle, une liste ou une orthographe difficile. « Mais où est donc Ornicar ? » pour les conjonctions de coordination, « nourrir prend deux r car on se nourrit au moins deux fois par jour » : ces moyens mnémotechniques se transmettent de génération en génération, à l’école comme en famille. Voici les moyens mnémotechniques les plus utiles en grammaire et en orthographe française, avec la règle qu’ils permettent de retrouver.
Qu’est-ce qu’un moyen mnémotechnique ?
La mnémotechnique, ou mnémonique, désigne l’ensemble des procédés qui facilitent la mémorisation. Le principe est toujours le même : associer une information abstraite à quelque chose de plus facile à retenir, une phrase amusante dont les initiales reprennent une liste, une image visuelle, une rime ou une petite histoire. Plus l’association est inattendue ou drôle, mieux elle reste en mémoire.
Aux origines des moyens mnémotechniques
Le mot vient du grec, où la mémoire se dit mnêmê ; Mnémosyne était la déesse de la Mémoire et la mère des Muses. Les Anciens faisaient de la mémoire l’une des cinq parties de l’art oratoire. Dans le De oratore, rédigé en 55 avant notre ère, Cicéron attribue l’invention de l’art de la mémoire au poète grec Simonide de Céos. Selon la légende, Simonide quitte un banquet juste avant que le toit de la salle ne s’effondre ; il parvient à identifier les victimes en se rappelant la place de chaque convive autour de la table.
De cette histoire est née la méthode des lieux, ou palais de la mémoire : on range mentalement les informations dans les pièces d’un lieu familier, que l’on parcourt ensuite en pensée pour les retrouver. Décrite aussi dans la Rhétorique à Herennius et par Quintilien, elle est encore utilisée aujourd’hui par les champions de mémoire.
Moyens mnémotechniques de grammaire
- Conjonctions de coordination : « Mais où est donc Ornicar ? » (mais, ou, et, donc, or, ni, car).
- Prépositions principales : « Adam part pour Anvers avec cent sous, entre derrière chez Decontre » (à, dans, par, pour, en, vers, avec, sans, sous, entre, derrière, chez, de, contre).
- Pronoms relatifs simples : « Qui, que, quoi, dont, où ».
- Mots interrogatifs : « C’est cucu, c’est occupé ! » (combien, quoi, qui, comment, où, quand, pourquoi).
- Démonstratifs : ce, celui-ci, cette, ces commencent par un c, car quand on montre du doigt, on forme un C avec le pouce et l’index.
- Pas de conditionnel après si : « Les si n’aiment pas les -rait ». On écrit « si j’avais », jamais « si j’aurais ».
- Verbes conjugués avec l’auxiliaire être : « DR et MRS P. VANDERTRAMP », initiales de descendre, rentrer, mourir, revenir, sortir, passer, venir, aller, naître, devenir, entrer, retourner, tomber, rester, arriver, monter, partir.
Les pluriels irréguliers
- Noms en -ail qui font -aux : « Abaco soutra vanviem » (bail, corail, soupirail, travail, vantail, vitrail, émail). Les autres noms en -ail prennent un s : des détails, des éventails.
- Noms en -ou qui font -oux : « Viens mon chou, mon bijou, mon joujou, sur mes genoux, et jette des cailloux à ce hibou plein de poux ! » Les autres prennent un s : des clous, des trous.
- Noms en -al : ils font -aux au pluriel, comme le rappelle « Allô ! ». Exceptions : bal, carnaval, festival, chacal, cal, cérémonial, choral, récital, régal, ainsi que l’adjectif bancal.
- -aux ou -eaux ? Si le singulier se termine par -al, le pluriel est en -aux (un bocal, des bocaux) ; s’il se termine par -eau, le pluriel est en -eaux (un oiseau, des oiseaux) : « l’eau est en x ».
Moyens mnémotechniques d’orthographe
Une ou deux consonnes ?
- Un seul r : « Un paresseux couronné caressait une carotte avec un air intéressé ».
- Nourrir prend deux r, car on se nourrit au moins deux fois par jour ; mourir n’en prend qu’un, car on ne meurt qu’une fois.
- Courir prend un seul r, car on manque d’air en courant ; pourrir en prend deux, comme la terre, dernier refuge des hommes.
- Balai prend un seul l, car il n’a qu’un manche ; ballet en prend deux, car pour danser il faut deux jambes.
- Appuyer, échapper : deux p, car on s’appuie et on s’échappe mieux sur deux pieds. J’aperçois sur une jambe, mais j’apparais sur les deux.
- Appeler prend toujours deux p ; un seul l quand on entend [e] (appeler), deux quand on entend [è] (j’appelle).
- Hirondelle prend deux l, car elle vole avec ses deux ailes ; la libellule, elle, a quatre ailes et quatre l.
- Vieille prend deux l, car la vieille marche avec ses deux bâtons.
- Enveloppe ne prend qu’un l, car on ne glisse qu’une lettre dans une enveloppe.
- Satellite prend deux l pour voler, et un seul t car il ne tourne qu’autour d’une seule Terre.
- Colline et colonne : la colline a deux colonnes (deux l), la colonne a deux collines (deux n).
- Culotte prend deux t, car une culotte a deux jambes ; la pilule n’a qu’un l par syllabe, car on la prend une fois par jour.
- Adverbes en -amment et -emment : deux m, car « les amants ont deux aimants ».
Accents, homonymes et confusions
- Cime et abîme : « Le chapeau de la cime est tombé dans l’abîme » ; de même, celui du boiteux est tombé dans la boîte.
- Tâche et tache : on dit chapeau pour la tâche accomplie, pas pour la tache sur la chemise.
- Amande et amende : les amandes poussent sur les Arbres, les amendes sur les Essuie-glaces.
- Voix et voie : la voix vient du larynx, en latin vox, d’où le x ; la voie vient du latin via, comme les voies romaines.
- Connexion s’écrit avec un x, comme un croisement de câbles.
- Hypocrite : il agit toujours par en dessous, et hypo signifie « sous » en grec.
- Toujours et jamais : toujours un s à toujours, et à jamais, ne jamais l’oublier.
- C ou ç ? pas de cédille devant e et i, comme dans « ceci » ; la cédille ne s’emploie que devant a, o et u (ça, garçon, reçu).
- Se souvenir et se rappeler : on se souvient de quelque chose, mais on se rappelle quelque chose, sans « de ».
Le genre des mots difficiles
Pour retenir le genre d’un nom, on peut l’associer à un mot de même genre qui rime avec lui, ou le répéter avec un adjectif accordé : un aphte douloureux, un astérisque oublié.
- Masculins : un abaque (un bac), un arcane (un âne), un alvéole (Éole), un aphte (un thé), un astérisque (un risque), un colchique (un chic), un éphémère (un maire), un effluve (un fleuve), un haltère (Walter), un hémisphère (un fer), un ovaire (un air), un ovule (Jules), un oxygène (des gènes), des pénates (un mainate), un rail (un ail), des soldes (des sols), un stère (un mystère), un trille (un quadrille).
- Féminins : une acné (une année), une argile (une île), une aérogare (une gare), une anagramme (une âme), une azalée (une allée), une chausse-trappe (une trappe), une congère (une aire), une coriandre (une viande), une ébène (une benne), une éphéméride (une ride), une épithète (une tête), une mandibule (une bulle), une moufle (une moue), une oasis (l’Asie), une oriflamme (une flamme), une patère (la terre), une réglisse (une glisse), une stalagmite (une mite), une urticaire (une équerre).
Les moyens mnémotechniques ne servent pas qu’en français : on en trouve en mathématiques, en histoire ou en géographie. Pour les chiffres, les astuces de calcul mental et nos fiches de révision du brevet de maths complètent cette boîte à outils.
Questions fréquentes
Les moyens mnémotechniques sont-ils efficaces ?
Oui, surtout pour les listes et les exceptions, que la logique seule ne permet pas de retrouver. L’idéal est de les utiliser jusqu’à ce que la règle devienne automatique.
Peut-on inventer ses propres phrases ?
C’est même conseillé : une phrase que l’on a créée soi-même, avec ses propres images, se retient souvent mieux qu’une phrase apprise.
Pourquoi « Ornicar » ?
Le nom ne veut rien dire : c’est simplement un moyen de terminer la phrase avec or, ni, car, sous la forme d’un prénom imaginaire.
Faut-il dire mnémotechnique ou mnémonique ?
Les deux existent. Mnémotechnique est le plus courant, mnémonique est plus technique et s’emploie aussi en informatique.