Déguisements, défilés, crêpes et beignets : Mardi gras est la grande fête de l’abondance avant les quarante jours du carême. Héritier de rites païens célébrant la fin de l’hiver, intégré au calendrier chrétien, Mardi gras est devenu le point d’orgue du carnaval, de Venise à Rio en passant par Nice, Dunkerque ou La Nouvelle-Orléans. Date, origines, traditions culinaires, coutumes du monde entier et dictons : tout ce qu’il faut savoir sur Mardi gras.
Qu’est-ce que Mardi gras ?
Mardi gras est le dernier jour des « jours gras », la période de réjouissances qui précède le carême. Il est immédiatement suivi du mercredi des Cendres, qui ouvre quarante jours de pénitence jusqu’à Pâques, durant lesquels les chrétiens devaient autrefois jeûner et « faire maigre », c’est-à-dire renoncer à la viande et aux aliments riches.
D’où son nom : avant d’entrer en carême, on mange « gras » une dernière fois. Dans l’ancienne France, on appelait aussi ces journées le « carême-prenant », car elles annonçaient l’entrée en carême. Les jours gras commençaient le jeudi gras, encore fêté en Belgique et dans le nord de la France, et culminaient avec le dimanche, le lundi et le mardi gras.
Quelle est la date de Mardi gras ?
Mardi gras n’a pas de date fixe et n’est pas un jour férié en France. Sa date dépend de celle de Pâques, fixée au premier dimanche qui suit la pleine lune de l’équinoxe de printemps. Mardi gras tombe toujours 47 jours avant Pâques, soit entre le 3 février et le 9 mars. Les prochaines dates :
- 2027 : mardi 9 février ;
- 2028 : mardi 29 février ;
- 2029 : mardi 13 février ;
- 2030 : mardi 5 mars.
Des fêtes païennes au calendrier chrétien
Les racines de la fête sont bien plus anciennes que le christianisme. Dans le calendrier romain primitif, l’année commençait en mars, au réveil de la terre. Pour que le renouveau advienne, l’hiver devait être symboliquement vaincu : des rites de fin d’hiver mettaient en scène le désordre avant le retour à l’ordre. Les Saturnales romaines, en décembre, autorisaient déjà l’inversion des rôles entre maîtres et esclaves.
Au fil du temps, ces combats symboliques ont pris la forme de cortèges, et l’hiver celle d’un grand mannequin de bois ou de paille, couronné comme un roi, promené sur un char puis brûlé à la fin du défilé. Ce « roi Carnaval », que l’on brûle encore dans de nombreuses villes, en est l’héritier.
Le christianisme a intégré ces réjouissances à son propre calendrier. Placées juste avant le carême, elles sont devenues une parenthèse d’abondance avant la période de privation. Après l’avoir longtemps réprouvé, l’Église a fini par tolérer le carnaval, y voyant un exutoire qui aidait chacun à respecter les règles le reste de l’année.
Mardi gras, point d’orgue du carnaval
Mardi gras est le temps fort du carnaval. Le mot vient de l’italien carnevale, issu du latin médiéval carne levare, « enlever la viande » : on retire la chair de la table pour toute la durée du carême.
Pendant ces quelques jours, le monde est mis sens dessus dessous. Les masques et les déguisements permettent d’inverser les rôles et les positions sociales : les riches se déguisent en pauvres, les hommes en femmes, les puissants sont moqués. Défilés exubérants, chars, musique et batailles de confettis donnent à la ville un air de fête générale.
De Venise à Rio : la diffusion du carnaval
Le carnaval moderne s’épanouit dans les cités italiennes, à commencer par Venise :
- 1094 : le mot « carnaval » apparaît pour la première fois dans un document du doge de Venise Vitale Falier évoquant des divertissements publics ;
- XIIIe siècle : les masques et les déguisements se répandent, garantissant l’anonymat et toutes les audaces ;
- 1296 : le Sénat de la République de Venise fait de la veille du carême un jour de fête publique ;
- 1797 : après la chute de la République de Venise, Bonaparte interdit les masques ;
- 1979 : le carnaval de Venise renaît sous sa forme actuelle.
La tradition gagne la Suisse, la Rhénanie, la Belgique et le nord de la France, puis Cadix, Nice, Binche, Nazaré ou Cologne, avant de traverser l’Atlantique jusqu’à Rio de Janeiro et La Nouvelle-Orléans. Chaque carnaval a son style : costumes raffinés à Venise, samba et danse à Rio, folklore populaire à Dunkerque, Gilles de Binche coiffés de plumes d’autruche, inscrits au patrimoine immatériel de l’Unesco.
Que mange-t-on à Mardi gras ?
Le « gras » désigne les aliments riches interdits pendant le carême : viande, beurre, œufs, lait, sucre. Pour écouler ces denrées périssables avant le jeûne, la tradition veut que l’on prépare crêpes, gaufres et beignets. Chaque région a sa spécialité :
- les bugnes lyonnaises, fines et croustillantes ;
- les merveilles du Sud-Ouest, parfumées à la fleur d’oranger ;
- les oreillettes provençales, aussi fines que du papier ;
- les pets de nonne, petits beignets soufflés de pâte à choux ;
- les ganses à Nice et les bottereaux à Nantes ;
- les crêpes, partagées avec la Chandeleur, comme les crêpes bretonnes sucrées.
Ailleurs en Europe, on prépare les chiacchiere en Italie, les Krapfen en Allemagne et en Autriche, les pączki en Pologne ou les semlor, brioches à la crème et à la pâte d’amande, en Suède.
Les traditions autour du monde
- Royaume-Uni et Commonwealth : le Shrove Tuesday, « mardi de la confession », est aussi appelé Pancake Day. À Olney, en Angleterre, une course aux crêpes se dispute depuis des siècles : les participantes courent une poêle à la main en faisant sauter leur crêpe ;
- Canada et États-Unis : des paroisses servent des repas de crêpes, au sirop d’érable au Canada ;
- La Nouvelle-Orléans : le Mardi Gras, organisé par des associations appelées krewes, est l’un des carnavals les plus célèbres au monde, avec ses chars, ses colliers de perles lancés à la foule et son king cake ;
- Danemark : au Fastelavn, les enfants déguisés frappent un tonneau suspendu, rempli de bonbons, et mangent des brioches à la crème ;
- Finlande : le Laskiainen se fête en dévalant des pentes en luge, avant une soupe aux pois et une brioche fourrée ;
- Russie : la Maslenitsa, « semaine du beurre », précède le Grand Carême orthodoxe. On y mange des blinis, symboles du soleil, et l’on brûle un mannequin de paille figurant l’hiver ;
- canton de Fribourg : dans les villages de Villars-sous-Mont et Neirivue, les écoliers déguisés en soldats défilent de porte en porte au son du tambour le matin de Mardi gras, en chantant et en récoltant quelques pièces.
Dictons de Mardi gras
- Au Mardi gras, l’hiver s’en va.
- Mardi gras sous la pluie, l’hiver s’enfuit.
- Lune de Mardi gras, tonnerre entendra.
- Quand Mardi gras est de vert vêtu, Pâques met des habits blancs.
- Mardi gras près du feu, Pâques auprès de la porte ; Mardi gras près de la porte, Pâques auprès du feu.
- Mardi gras, beau temps, beau foin.
Fête du renouveau et de l’abondance, Mardi gras reste le dernier grand moment de liesse avant le jeûne et l’abstinence observés autrefois par les chrétiens jusqu’à Pâques.
Questions fréquentes
Quelle est la date de Mardi gras en 2027 ?
Mardi gras tombera le mardi 9 février 2027, 47 jours avant Pâques, fixé au 28 mars 2027.
Pourquoi dit-on « Mardi gras » ?
Parce que c’était le dernier jour où l’on pouvait manger « gras », viande, beurre, œufs, avant les quarante jours de carême où l’on devait « faire maigre ».
Quelle différence entre Mardi gras et carnaval ?
Le carnaval désigne toute la période festive qui précède le carême ; Mardi gras en est le dernier jour et le point culminant.
Mardi gras est-il un jour férié ?
Non en France. C’est en revanche un jour férié dans certains pays de grand carnaval, comme dans plusieurs États du Brésil, dont celui de Rio de Janeiro, et en Louisiane.