Angoissés par un marché du travail ultra-compétitif, influencés par la mise en scène de la perfection et inquiets de l’insécurité, de plus en plus de parents tombent dans l’hyperparentalité : ils surinvestissent, surstimulent et surprotègent leur progéniture. Les « parents hélicoptères » en sont la figure la plus connue, des parents qui planent en permanence au-dessus de leur enfant, au risque de l’étouffer et de l’empêcher de grandir. D’où vient l’expression, que disent les études sur les enfants de parents hélicoptères et comment desserrer l’étreinte ? Tour d’horizon d’un phénomène qui interroge toute une génération de parents hélicoptères malgré eux.
Qu’est-ce qu’un parent hélicoptère ?
Il s’agit d’un parent qui « plane » au-dessus de son enfant pour le diriger vers le meilleur avenir possible et voler à son secours au moindre accroc. Il régit son quotidien, anticipe ses envies, prend les décisions à sa place et règle lui-même les conflits avec les autres enfants ou avec les enseignants.
Le téléphone portable a donné à cette surprotection une dimension nouvelle : messages, appels et applications de localisation permettent une surveillance physique et morale permanente, jusqu’à l’université et parfois au-delà.
D’où vient l’expression « parents hélicoptères » ?
L’image apparaît dès 1969 dans Between Parent and Teenager, best-seller du psychologue Haim Ginott, où un adolescent se plaint que sa mère tourne au-dessus de lui comme un hélicoptère. L’expression est ensuite formalisée en 1990 par Foster Cline et Jim Fay dans Parenting with Love and Logic, qui la rangent parmi les styles parentaux inefficaces : une vigilance constante, prête à intervenir au moindre problème.
Le parent hélicoptère a depuis fait des émules :
- le parent tondeuse ou chasse-neige, qui ne se contente plus de surveiller mais aplanit à l’avance tous les obstacles sur le chemin de son enfant ;
- le parent curling, expression née en Scandinavie, qui balaie la glace devant la pierre pour qu’elle glisse sans heurt ;
- à l’opposé, le parent « free range » (« en liberté »), qui laisse délibérément à son enfant une large marge d’autonomie.
Les différentes catégories de parents hélicoptères
La presse parentale s’amuse parfois à distinguer plusieurs « modèles » d’hélicoptères. Cette typologie n’a rien de scientifique, mais elle a le mérite de montrer que tout engagement parental n’est pas excessif :
- les parents « hélicoptères de combat » se battent bec et ongles pour leurs enfants : à la moindre occasion, ils fondent en piqué sur les professeurs ou les directeurs d’école ;
- les parents « hélicoptères de trafic » guident leurs enfants et leur indiquent le meilleur chemin, tout en respectant leurs choix finaux ;
- les parents « hélicoptères de sauvetage » restent en retrait et n’interviennent qu’en situation de crise, pour mettre leur enfant en sécurité et lui donner les moyens de repartir.
Seul le premier correspond vraiment à la définition du parent hélicoptère ; les deux autres décrivent plutôt un accompagnement attentif, que la plupart des spécialistes jugent bénéfique.
Pourquoi les parents hélicoptères se multiplient-ils ?
- La peur de l’avenir : un marché du travail perçu comme impitoyable pousse à optimiser chaque étape du parcours scolaire.
- L’injonction à la perfection : réseaux sociaux et médias exposent des familles idéales qui servent d’étalon.
- Le sentiment d’insécurité : la crainte des accidents ou des mauvaises rencontres réduit l’espace de liberté accordé à l’enfant.
- Les outils numériques : le smartphone rend la surveillance continue techniquement facile.
Les sociologues invitent toutefois à la nuance : une étude publiée en 2020 dans la revue Lien social et Politiques montre que le parent hélicoptère est surtout dépeint dans les médias comme un parent de la classe moyenne, et que l’étiquette s’inscrit dans un paradoxe, puisqu’on reproche aussi aux parents de ne pas être assez impliqués.
Quelles sont les conséquences sur le développement de l’enfant ?
Les effets le plus souvent associés à l’hyperparentalité sont :
- une autonomie retardée ;
- une faible confiance en soi et une estime de soi dégradée ;
- une tolérance à la frustration réduite ;
- une capacité de décision, de résolution de problèmes et de prise d’initiative limitée ;
- une créativité peu sollicitée ;
- une intelligence émotionnelle et relationnelle moins développée ;
- une forte peur de l’échec et une anxiété face aux conflits.
Plusieurs travaux vont dans ce sens. En 2014, une équipe de l’université Mary Washington, aux États-Unis, a interrogé 297 étudiants : ceux qui décrivaient des parents surcontrôlants présentaient davantage de symptômes dépressifs et une moindre satisfaction de vie, principalement parce qu’ils se sentaient moins autonomes et moins compétents. En 2018, une étude de l’université du Minnesota, publiée dans Developmental Psychology, a suivi 422 enfants de 2 à 10 ans : un parentage surcontrôlant à 2 ans était associé à une moins bonne régulation des émotions et du comportement à 5 ans, puis à davantage de difficultés émotionnelles et scolaires à 10 ans. Ces études montrent des associations, pas un lien de cause à effet certain.
De façon générale, l’hyperparentalité part d’une intention positive, mais elle peut retarder l’entrée de l’enfant dans l’âge adulte (phénomène Tanguy). Elle peut aussi entraîner des problèmes d’adaptation, une dépendance aux parents, voire favoriser la dépression.
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