Pierre-Auguste Renoir, dit Auguste Renoir, né à Limoges le 25 février 1841 et mort à Cagnes-sur-Mer le 3 décembre 1919, est l’un des plus célèbres peintres français. Membre du groupe impressionniste, Renoir adopte dans les années 1880 un style plus personnel, au dessin plus affirmé. Peintre figuratif, plus attiré par les portraits et les nus féminins que par les paysages, Renoir élabore un art original qui inspirera Picasso, Matisse et Bonnard.
Renoir, un enfant d’artisans devenu peintre
Sixième de sept enfants d’une famille modeste, il est le fils d’un tailleur et d’une couturière. La famille, qui vit pauvrement, quitte Limoges pour Paris en 1844 et s’installe près du Louvre. À 13 ans, Auguste entre comme apprenti peintre sur porcelaine à l’atelier Lévy Frères & Compagnie. Il suit les cours du soir de l’École de dessin et d’arts décoratifs et chante dans le chœur de l’église Saint-Eustache, dirigé par Charles Gounod, qui l’encourage même à devenir chanteur.
La mécanisation de la décoration sur porcelaine met fin à son apprentissage. À 17 ans, il peint des éventails, des stores et des armoiries pour gagner sa vie, tout en copiant les maîtres au Louvre, notamment Rubens, Watteau, Boucher et Fragonard, dont la grâce influencera durablement son œuvre.
L’atelier Gleyre et la naissance de l’impressionnisme
En 1862, il réussit le concours d’entrée à l’École des beaux-arts de Paris et entre dans l’atelier de Charles Gleyre, où il rencontre Claude Monet, Frédéric Bazille et Alfred Sisley. Une solide amitié les unit. Ensemble, ils se rendent régulièrement dans la forêt de Fontainebleau pour peindre sur le motif. Ses premières œuvres portent la marque d’Ingres pour les portraits, de Courbet pour les nus et les natures mortes, et de Delacroix pour les femmes orientales.
L’été 1869, passé avec Monet à la Grenouillère, établissement de bains et de canotage populaire de l’île de Croissy-sur-Seine, s’avère décisif. Peignant en plein air, éclaircissant sa palette, multipliant les petites touches pour rendre les effets de la lumière sur l’eau, il entre dans sa période impressionniste. Là où Monet s’attache aux paysages, Renoir peint d’abord des personnages.
En avril 1874, il participe à la première exposition du groupe, organisée dans l’ancien atelier du photographe Nadar, où il présente notamment La Loge. Il expose de nouveau avec ses amis en 1876 et en 1877. C’est l’époque de ses grandes scènes de la vie parisienne : La Balançoire et le Bal du moulin de la Galette, en 1876, puis Le Déjeuner des canotiers, achevé en 1881.
Du Salon au succès
Vivant dans la gêne, peinant à vendre ses œuvres et moqué par une partie de la critique, Renoir choisit, à la fin des années 1870, de revenir au Salon officiel plutôt que d’exposer avec les impressionnistes. En 1879, son grand portrait de Madame Charpentier et ses enfants y remporte un vif succès. Les commandes de portraits prestigieux se multiplient, et il commence peu à peu à vivre de sa peinture. Son marchand, Paul Durand-Ruel, contribue aussi à faire connaître son œuvre, notamment aux États-Unis.
La période ingresque
En 1881 et 1882, Renoir voyage en Algérie et en Italie, où il découvre Raphaël et les fresques de Pompéi. Il en revient convaincu d’avoir poussé l’impressionnisme au bout de ses possibilités. Son art évolue vers la recherche de la ligne, des contours nettement dessinés et des contrastes marqués : c’est la période dite ingresque, ou aigre, qui culmine avec Les Grandes Baigneuses (1884-1887). Les formes y sont dessinées avec rigueur, les couleurs plus froides et plus incisives. Le tableau déconcerte l’avant-garde comme les milieux académiques, et jusqu’à son marchand.
Dans les années 1890, Renoir change de nouveau de manière. Il conserve des sujets proches de ceux d’Ingres, mais revient à une touche plus souple et plus fluide, aux tons irisés : on parle de période nacrée. En 1890, il épouse Aline Charigot, son modèle, avec qui il a trois fils : Pierre, futur acteur, Jean, futur cinéaste, et Claude, futur céramiste. En 1892, l’État achète Jeunes filles au piano pour le musée du Luxembourg : c’est le début de la reconnaissance officielle.
Les dernières années de Renoir à Cagnes-sur-Mer
La décennie suivante est celle de la consécration. Il vend bien ses œuvres et est reconnu par la critique comme par les milieux officiels. Atteint d’une polyarthrite rhumatoïde qui déforme ses mains et le contraint bientôt au fauteuil roulant, il s’installe avec sa famille à Cagnes-sur-Mer en 1903, puis dans la propriété des Collettes, au milieu des oliviers. Il y peint des portraits, des nus, des natures mortes et des scènes mythologiques.
Devenu un peintre majeur de l’art occidental, exposé en Europe et aux États-Unis, il s’essaie à la sculpture malgré ses mains bandées de gaze. De 1913 à 1918, sur une idée du marchand Ambroise Vollard, il travaille avec Richard Guino, jeune sculpteur catalan, qui modèle sous sa direction des pièces majeures, dont la Vénus victorieuse. Avec le sculpteur Louis Morel, il réalise ensuite des terres cuites.
Renoir peint jusqu’à sa mort, en 1919. Selon la tradition, il aurait peint un bouquet de fleurs sur son lit de mort et déclaré : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose. »
L’art de Renoir, peintre du bonheur
On le surnomme souvent « le peintre du bonheur » : il place la gaieté au cœur de ses toiles et met en scène un quotidien joyeux, dans un cadre urbain ou bucolique, intime ou populaire. Guinguettes, bals, déjeuners au bord de l’eau, enfants, jeunes femmes et bouquets de fleurs composent un univers lumineux, sans misère ni drame, à l’opposé de la noirceur d’un Munch ou des tourments d’un Van Gogh.
Sa technique évolue sans cesse, de la touche fragmentée de l’impressionnisme au dessin rigoureux de la période ingresque, puis aux formes pleines et aux tons chauds des dernières années. Il refuse l’usage du noir pur, construit ses ombres en couleur et accorde une place centrale à la chair, qu’il peint avec une sensualité nouvelle. L’histoire de l’art considère que son retour au classicisme a fortement inspiré la jeune génération du début du XXe siècle, en particulier Picasso, Matisse et Bonnard.
Un chef-d’œuvre : Bal du moulin de la Galette
Le Bal du moulin de la Galette est une huile sur toile réalisée en 1876, qui mesure 131 × 175 cm. La scène se déroule au moulin de la Galette, guinguette de la butte Montmartre installée au pied de deux moulins, où l’on dansait le dimanche en mangeant des galettes. Pour la peindre sur place, Renoir loue un atelier tout proche, rue Cortot, et fait transporter chaque jour sa grande toile.
Le tableau est caractéristique de ses recherches des années 1870 : touche fluide et colorée, ombres colorées, absence de noir, effets de matière et jeux de lumière. Il représente une foule heureuse, issue de différents milieux sociaux, qui danse, bavarde, fume ou boit, en plein air, un dimanche après-midi ensoleillé. Les personnages sont des amis du peintre : modèles, artistes et habitués du lieu. Parmi eux, on reconnaît le critique Georges Rivière et les peintres Norbert Goeneutte et Franc-Lamy, attablés au premier plan à droite.
Le flou est présent partout, et la profondeur se construit par la taille décroissante des figures. La scène baigne dans une atmosphère bleutée, parsemée de taches de lumière inégales qui semblent traverser le feuillage des arbres jusqu’à la foule. Ces éclats de soleil sur les visages, les vêtements et le sol font vibrer la composition et ressortir les personnages.
Présenté à la troisième exposition impressionniste, en avril 1877, le tableau inspire à Georges Rivière ce commentaire : « C’est une page d’histoire, un monument précieux de la vie parisienne, d’une exactitude rigoureuse. » Acquis par le peintre Gustave Caillebotte, ami et soutien de Renoir, il entre dans les collections de l’État grâce à son legs, en 1894. Il est aujourd’hui conservé au musée d’Orsay. Une seconde version, plus petite, appartient à une collection privée : elle a été vendue aux enchères en 1990 pour plus de 78 millions de dollars.
Où voir les œuvres de Renoir ?
- Le musée d’Orsay à Paris conserve le Bal du moulin de la Galette, La Balançoire, Jeunes filles au piano et Les Baigneuses de la fin de sa vie.
- Le musée de l’Orangerie à Paris présente une importante série de ses tableaux, issue de la collection Walter-Guillaume.
- Le musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, installé dans sa propriété des Collettes, permet de découvrir son atelier, ses sculptures et son jardin d’oliviers.
- La Phillips Collection de Washington abrite Le Déjeuner des canotiers.
- La fondation Barnes de Philadelphie possède la plus grande collection de ses œuvres au monde.
Questions fréquentes
Pourquoi appelle-t-on Renoir le peintre du bonheur ?
Parce qu’il peint des scènes joyeuses et lumineuses : bals, déjeuners, enfants, jeunes femmes et fleurs, loin de toute représentation de la misère ou du drame.
Où se trouve le Bal du moulin de la Galette ?
La grande version est conservée au musée d’Orsay, à Paris. Une version plus petite appartient à une collection privée.
Quels sont les fils de Renoir ?
Pierre Renoir, acteur, Jean Renoir, cinéaste de La Grande Illusion et de La Règle du jeu, et Claude Renoir, céramiste.
Qu’est-ce que la période ingresque de Renoir ?
Une phase des années 1880 où, sous l’influence de Raphaël et d’Ingres, il privilégie le dessin et les contours nets, avec des couleurs plus froides, comme dans Les Grandes Baigneuses.
Citation :
« La douleur passe, mais la beauté reste. »
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