L’expression aller à vau-l’eau signifie péricliter, se dégrader peu à peu, partir à la dérive faute d’être maîtrisé. Au sens propre, aller à vau-l’eau, c’est se laisser porter par le courant, au fil de l’eau. Le passage du premier sens au second raconte comment une image de rivière est devenue celle d’une affaire qui va aller à vau-l’eau jusqu’à sa perte.
On dit d’une entreprise, d’un projet ou d’une maison mal tenue qu’ils vont à vau-l’eau. Le Dictionnaire de l’Académie française juge aujourd’hui la locution « très vieillie » au sens propre et précise qu’elle ne s’emploie plus guère qu’au figuré, selon sa 9e édition.
Aller à vau-l’eau : sens et emplois
Au sens propre :
Suivre le fil de l’eau, descendre le cours d’une rivière en se laissant porter par le courant. L’Académie donne l’exemple d’une barque vide qui « s’en allait à vau-l’eau ».
Au sens figuré :
- Péricliter : une affaire, une entreprise qui va à vau-l’eau.
- Se dégrader : des projets, une organisation qui partent à vau-l’eau.
- Être à l’abandon : laisser tout aller à vau-l’eau.
On trouve aussi « partir à vau-l’eau » ou « s’en aller à vau-l’eau », avec le même sens.
D’où vient l’expression aller à vau-l’eau ?
« Vau » est l’ancienne forme de « val », la vallée, que l’on retrouve dans « par monts et par vaux ». Aller « à val », puis « à vau », c’était descendre en suivant la pente, vers le bas de la vallée : le même mot a donné « aval », attesté dès le XIe siècle au sens de « vers le bas », rappelle l’Académie française. Avec l’eau, la locution désigne le mouvement de ce qui descend la vallée au gré du courant.
La forme « à vau-l’eau », issue de « avau l’eau », s’impose au XVIIe siècle. Longtemps concrète, encore employée au sens propre chez Rabelais au XVIe siècle, elle prend peu à peu un sens figuré : ce qui va à vau-l’eau est emporté sans que l’on puisse le retenir, puis va à sa perte. D’autres locutions bâties sur « vau » ont existé, comme « à vau-de-route », qui signifiait « en déroute », avant de sortir de l’usage.
Vau-l’eau ou veau l’eau : l’orthographe
On écrit « à vau-l’eau », avec un trait d’union entre « vau » et « l’eau ». Les graphies « à veau l’eau », « à vaux l’eau » ou « à vau l’eau » sans trait d’union sont fautives : « vau » n’a rien à voir avec le veau, mais tout avec la vallée. Pour éviter d’autres pièges, voyez nos articles sur les fautes de français courantes et sur le français soutenu.
Les équivalents dans d’autres langues
- Allemand : den Bach runtergehen, « descendre le ruisseau ».
- Anglais : to go to rack and ruin, « tomber en ruine ».
- Espagnol : irse a pique, « couler à pic ».
- Italien : andare a rotoli, « partir en rouleaux », c’est-à-dire à la dérive.
- Portugais du Brésil : ir por água abaixo, « s’en aller au fil de l’eau ».
- Roumain : a se duce pe apa Sâmbetei, « s’en aller sur l’eau de Sâmbăta », le fleuve mythique qui entoure le monde dans les légendes roumaines.
Retrouvez d’autres tournures dans nos expressions idiomatiques en anglais.
D’autres expressions françaises
Aller à vau-l’eau figure dans notre série d’expressions françaises, de A à C jusqu’à S à V. Pour d’autres images tirées de la nature, lisez nos expressions sur la météo, et pour un pays où tout va bien, le pays de Cocagne.
Citation :
« Sous le pont Mirabeau coule la Seine / Et nos amours »
Guillaume Apollinaire, Le Pont Mirabeau, Alcools (1913)