Registres de langue : les différents niveaux de français

Les registres de langue désignent les différentes façons de s’exprimer en français selon la personne à qui l’on s’adresse et la situation : on ne parle pas à un ami comme à un recruteur. Les registres de langue se distinguent par le vocabulaire, la construction des phrases et la prononciation. On parle aussi de niveaux de langue, et connaître les registres de langue permet de choisir les bons mots au bon moment.

Voici les registres du plus relâché au plus recherché, une même idée exprimée dans chacun d’eux, les indices qui permettent de les reconnaître, puis les registres littéraires, qui sont une autre notion et qu’il ne faut pas confondre avec les premiers.

Registres de langue du français, du familier au soutenu

Qu’est-ce que les registres de langue ?

L’Office québécois de la langue française définit le registre de langue comme ce qui classe un énoncé selon la situation de communication, surtout selon son degré de formalité. Registre de langue et niveau de langue sont synonymes.

Trois éléments changent d’un registre à l’autre : le vocabulaire, la syntaxe, c’est-à-dire la construction des phrases, et la prononciation. On retient le plus souvent trois registres principaux, familier, courant et soutenu, auxquels on ajoute parfois un registre populaire ou vulgaire, plus bas, et un registre littéraire, plus haut.

Deux notions voisines sont souvent mêlées aux registres. L’argot est le vocabulaire propre à un groupe social, longtemps destiné à n’être compris que de ses membres ; ce n’est pas un registre en soi, mais il relève le plus souvent du registre familier ou populaire. Le jargon est le vocabulaire technique d’une profession ou d’une activité.

Les registres de langue, du plus familier au plus recherché

Les dictionnaires signalent le registre d’un mot par une abréviation : vulg., pop., fam. ou litt. Un mot sans mention appartient au registre courant.

RegistreQuand on l’emploieCe qui le caractérise
VulgaireRarement, et jamais en situation formelleMots grossiers ou injurieux, que la bienséance proscrit
PopulaireÀ l’oral, dans un cadre très détenduÉcarts avec la grammaire normée, comme « si j’aurais su » ou « malgré que »
FamilierEntre proches, à l’oral ou dans un message personnelMots familiers, « on » pour « nous », « ne » supprimé dans la négation, questions sans inversion
CourantDans la plupart des situations, à l’oral comme à l’écritVocabulaire compris de tous, grammaire respectée, ton neutre
SoutenuSurtout à l’écrit, et à l’oral dans un cadre formelVocabulaire recherché, phrases longues et construites, inversion du sujet
LittérairePresque uniquement dans les textes littérairesPassé simple, imparfait du subjonctif, tournures anciennes, figures de style

Le registre populaire mérite une précision. Il ne désigne pas la façon de parler d’une catégorie de personnes, mais un ensemble de tournures jugées fautives par la norme écrite, que chacun peut employer à l’oral selon le contexte.

Une même idée dans chaque registre

Le plus simple, pour sentir la différence, est de comparer une même idée exprimée de trois façons.

FamilierCourantSoutenu
une bagnoleune voitureune automobile
le boulotle travaill’emploi, la tâche
avoir la trouilleavoir peurêtre effrayé, redouter
bouffermangerse restaurer
J’sais pas.Je ne sais pas.Je l’ignore.
Tu viens ?Est-ce que tu viens ?Viens-tu ?
T’as pas vu mon frangin ?Tu n’as pas vu mon frère ?N’auriez-vous pas aperçu mon frère ?

Comment reconnaître les registres de langue

Quelques indices suffisent le plus souvent à situer un texte ou une phrase.

  • Le vocabulaire. C’est l’indice le plus visible : « fric », « argent » et « fonds » disent la même chose à trois niveaux différents.
  • La négation. Le « ne » disparaît en registre familier (« je sais pas ») ; il est présent en registre courant ; le registre soutenu emploie aussi le « ne » explétif, sans valeur négative, comme dans « je crains qu’il ne vienne ».
  • L’interrogation. Intonation seule en familier (« tu viens ? »), « est-ce que » en courant, inversion du sujet en soutenu (« viens-tu ? »).
  • Les temps. À l’oral courant, on raconte au passé composé ; le passé simple reste un temps de l’écrit, du récit. L’imparfait du subjonctif (« qu’il vînt ») appartient au registre soutenu ou littéraire et ne s’emploie presque plus qu’à l’écrit.
  • La syntaxe. Phrases courtes, juxtaposées ou inachevées en familier ; phrases longues, subordonnées et inversion du sujet après « aussi », « ainsi » ou « peut-être » en soutenu (« peut-être viendra-t-il »).
  • La prononciation. Le registre familier avale des sons (« j’sais », « p’têt ») ; le registre soutenu articule et fait les liaisons.

Choisir le bon registre selon la situation

Aucun registre n’est bon ou mauvais en soi : ce qui compte, c’est l’accord entre le registre et la situation. Le registre familier est naturel entre amis, mais déplacé dans une lettre de motivation. À l’inverse, le registre soutenu employé dans une conversation détendue peut paraître précieux ou distant.

Dans la vie professionnelle, le registre courant est la règle, avec une pointe de registre soutenu dans les écrits formels : courrier, candidature, compte rendu. Passer d’un registre à l’autre selon l’interlocuteur est une compétence en soi, et c’est elle que l’on attend d’un bon locuteur.

Registres littéraires : à ne pas confondre avec les registres de langue

En littérature, le mot registre a un autre sens. Le registre littéraire, qu’on appelle aussi tonalité, désigne l’effet qu’un texte cherche à produire sur le lecteur : faire rire, émouvoir, faire peur, convaincre. Il ne dépend pas du niveau de langue. Un texte comique peut être écrit en registre soutenu, et un texte tragique en langue courante.

  • Comique : faire rire, souvent en grossissant les défauts des personnages.
  • Satirique : critiquer une personne, un groupe ou une société en s’en moquant.
  • Ironique : dire le contraire de ce que l’on pense, en comptant sur la complicité du lecteur.
  • Burlesque : traiter un sujet noble dans un style bas. L’héroï-comique fait l’inverse, en traitant un sujet banal dans un style noble.
  • Polémique : attaquer une idée ou un adversaire, dans le cadre d’un débat.
  • Didactique : transmettre un savoir ou une leçon.
  • Épique : célébrer des exploits héroïques et des personnages hors du commun.
  • Lyrique : exprimer les sentiments personnels de l’auteur ou du narrateur, souvent à la première personne.
  • Élégiaque : exprimer une plainte, le regret ou la mélancolie.
  • Pathétique : émouvoir le lecteur par la souffrance d’un personnage, pour susciter sa compassion.
  • Tragique : montrer des personnages écrasés par un destin qu’ils ne maîtrisent pas, pour susciter la terreur et la pitié.
  • Dramatique : créer la tension et le suspense par l’action et les rebondissements.
  • Fantastique : faire surgir un élément surnaturel dans un monde réaliste, et laisser le lecteur hésiter entre explication rationnelle et surnaturelle.
  • Merveilleux : présenter un monde où le surnaturel va de soi, comme dans les contes de fées. La fantasy relève de cette logique.
  • Réaliste : donner l’illusion du réel, par la vraisemblance des détails.
  • Épidictique, ou laudatif : faire l’éloge, ou le blâme, d’une personne ou d’une chose.

Pour aller plus loin sur la langue française

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La richesse des registres de langue tient à cette souplesse : le français offre plusieurs façons de dire la même chose, et le choix entre elles en dit autant que les mots eux-mêmes.

Citation sur la langue française :

« Qui ne connaît pas les langues étrangères ne sait rien de sa propre langue. »

Johann Wolfgang von Goethe, Maximes et réflexions