Influence du français sur l’anglais : une langue fortement marquée par le français

Beef, budget, challenge ou parliament : sous leurs airs bien anglais, ces mots sont venus du français. L’influence du français sur l’anglais est l’une des plus profondes qu’une langue ait exercées sur une autre. Elle commence en 1066 avec la conquête normande et dure plusieurs siècles. Voici l’histoire de l’influence du français sur l’anglais, et des exemples de mots qui témoignent de l’influence du français sur l’anglais.

On prête souvent à Georges Clemenceau cette boutade : « L’anglais, ce n’est jamais que du français mal prononcé. » La formule, sans source précise, est sans doute apocryphe, mais elle résume bien l’ampleur de cet héritage.

L’influence du français sur l’anglais en chiffres

Plusieurs sources estiment qu’au moins 30 % du vocabulaire anglais moderne vient directement du français, rappelle le blogue Nos langues du gouvernement du Canada. Si l’on ajoute les mots latins, souvent passés par le français, la part du vocabulaire d’origine romane dépasse la moitié du lexique anglais. À l’inverse, les mots d’origine anglaise ne représentent qu’une petite part du vocabulaire français.

Avant 1066 : les langues de l’île de Bretagne

Au début du XIe siècle, plusieurs familles de langues coexistent sur l’île de Bretagne, l’actuelle Grande-Bretagne :

  • les langues celtiques, à l’ouest et au nord (pays de Galles, Cornouailles, Écosse) et en Irlande ;
  • le vieil anglais, langue germanique des Angles, des Saxons et des Jutes installés au sud et à l’est depuis le Ve siècle ;
  • le vieux norrois des Vikings venus de Scandinavie, qui a laissé de nombreux mots, comme sky ou egg.

1066 : la conquête normande

Vainqueur de la bataille d’Hastings en 1066, le duc Guillaume II de Normandie, dit Guillaume le Conquérant, est couronné roi d’Angleterre sous le nom de Guillaume Ier. Avec lui, le normand, une langue d’oïl comme le picard ou le wallon, devient la langue de la cour, de l’aristocratie, de la justice et de l’Église. Le vieil anglais n’est plus parlé que par le peuple des campagnes et des villes.

En Angleterre, ce normand évolue en anglo-normand, langue de l’élite, de l’administration et de la littérature, tandis que le latin reste la langue savante.

Du XIIe au XVe siècle : le français, langue de la cour d’Angleterre

Au XIIe siècle, le français continental jouit d’un grand prestige auprès de l’aristocratie anglaise. Les mariages royaux le renforcent : Henri II Plantagenêt épouse Aliénor d’Aquitaine en 1152, et jusqu’à Henri VI, qui épouse Marguerite d’Anjou en 1445, de nombreux rois d’Angleterre se marient avec des princesses françaises. Langue de la cour et du droit pendant plusieurs siècles, le français pénètre massivement le vocabulaire anglais. La devise de l’ordre de la Jarretière, fondé au XIVe siècle, est d’ailleurs en français : « Honi soit qui mal y pense ».

Guerre de Cent Ans : la fin de l’influence du français sur l’anglais ?

Pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), le français devient la langue de l’ennemi. L’anglais, enrichi de milliers de mots français, s’impose peu à peu comme langue de l’enseignement, du droit et du pouvoir. Henri IV, couronné en 1399, est le premier roi depuis la conquête dont l’anglais est la langue maternelle, et Henri V, vainqueur à Azincourt en 1415, emploie l’anglais dans sa correspondance officielle.

Le mouvement s’inverse ensuite. À partir du XVIIIe siècle surtout, le français emprunte à son tour à l’anglais, dans le commerce, le sport, les sciences puis les techniques. Le français reste pourtant la grande langue diplomatique jusqu’au traité de Versailles de 1919, rédigé en français et en anglais. L’anglais, lui, continue d’emprunter au français des mots de la cuisine, de la mode, des arts et de la danse.

Les traces de l’influence du français sur l’anglais

  • Des mots anglais ont gardé des lettres disparues en français moderne : hospital et forest ont conservé le s qu’ont perdu hôpital et forêt, où l’accent circonflexe en garde la trace.
  • D’autres conservent des mots qui ont disparu du français, comme solace, de l’ancien français solas, « réjouissance, consolation ».
  • Certains ont pris un sens différent : ce sont les faux-amis, à retrouver dans notre deuxième partie.
  • Certains anglicismes sont en réalité des mots français revenus d’Angleterre, comme bacon, budget ou challenge : voyez nos 48 allers-retours entre le français et l’anglais.
  • L’anglais distingue souvent l’animal, au nom saxon, de sa viande, au nom français : cow et beef (bœuf), sheep et mutton (mouton), pig et pork (porc), calf et veal (veau).

Mots anglais venus de l’ancien français

Mot anglaisAncien françaisSens
Achieveacheveraccomplir
Affairà faireaffaire, liaison
Auntantetante
Bargainbargaigniermarchander
Blanketblanchet, drap de laine blanchecouverture
Budgetbougette, petite boursebudget
Butlerbouteilliermajordome
Cabbagecaboche, têtechou
Catchcachier, chasserattraper
Cattlecatel, bien, propriétébétail
Curtaincortinerideau
Custardcroustecrème épaisse
Eageraigredésireux
Foreignforainétranger
Kennelkenilchenil
Mischiefmeschief, malheurmalice, bêtise
Pantrypaneteriegarde-manger
Parliamentparlement, discussionparlement
Purchasepourchacier, chercher à obteniracheter
Squireescuierpropriétaire terrien
Toasttoster, grillerpain grillé
Toweltoailleserviette
Veryverai, vraitrès

D’autres mots ont une origine plus discutée : flirt, que l’on rattache souvent à « conter fleurette », a sans doute une autre origine, et scorn vient plutôt d’escharnir, « railler », que d’« écorner ». Pour aller plus loin, voyez nos expressions idiomatiques en anglais, l’expression de but en blanc, ou, pour le berceau de Guillaume, nos desserts de Normandie. Toutes nos pages de langue sont réunies dans la rubrique langue française.

Citation :

« Tant que la bête vit et qu’un serf saxon la garde, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et s’appelle pork quand on la porte au château pour le festin des nobles. »

Walter Scott, Ivanhoé (1819), chapitre I, traduction libre

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