Poète et résistant, René Char a laissé une œuvre faite d’éclats et d’aphorismes : les citations de René Char sur la liberté, la poésie ou le courage comptent parmi les plus partagées de la poésie française du XXe siècle. Mais les citations de René Char prennent tout leur sens quand on connaît l’homme, un enfant du Vaucluse passé par le surréalisme et devenu chef de maquis. Voici sa vie, son lien avec les peintres et un florilège de 62 citations de René Char.
Qui était René Char ?
René Char naît le 14 juin 1907 à L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, et meurt à Paris le 19 février 1988. La mort de son père, en 1918, alors qu’il n’a que onze ans, le marque profondément. La même année, il entre comme pensionnaire au lycée d’Avignon, puis suit à partir de 1925 les cours de l’école de commerce de Marseille.
D’une stature imposante, il est passionné de rugby. Attiré par la marginalité, il fréquente ceux qu’il appellera les « matinaux », ces vagabonds qui vivent au rythme des saisons. Grand lecteur, il se nourrit de Plutarque, de François Villon et des romantiques, Nerval et Baudelaire en tête.
Les années surréalistes
Son premier recueil de poèmes, Cloches sur le cœur, paraît en 1928, suivi d’Arsenal en 1929. Ce second livre lui vaut l’amitié de Paul Éluard. En 1930, il s’installe à Paris et rejoint le groupe surréaliste d’André Breton, avec qui il signe, aux côtés d’Éluard, le recueil collectif Ralentir travaux. Il y côtoie Aragon et fait la connaissance de Picasso, mais s’éloigne du mouvement au milieu des années 1930. Son recueil Le Marteau sans maître (1934) inspirera plus tard à Pierre Boulez l’une de ses œuvres majeures.
Un poète dans la Résistance
Pendant la Seconde Guerre mondiale, René Char entre dans la Résistance sous le nom de capitaine Alexandre. Il dirige dans les Basses-Alpes, autour de Céreste, un réseau chargé de réceptionner les parachutages alliés. Il continue d’écrire, mais refuse de publier tant que dure l’Occupation. De ces années naissent les Feuillets d’Hypnos, publiés en 1946 : des notes brèves, écrites au maquis, où se mêlent l’action et la méditation.
Sa vie et son œuvre sont dès lors indissociables. Souvent jugée hermétique, sa poésie, proche du silence, invite à une résistance intérieure : elle dit la révolte du poète et appelle le lecteur à se tenir debout par l’exigence et l’introspection.
Une œuvre saluée de son vivant
René Char connaît la reconnaissance de son vivant. Albert Camus, son ami, voit en lui « le plus grand poète vivant » et tient Fureur et mystère (1948) pour ce que la poésie française a donné de plus surprenant depuis Les Illuminations de Rimbaud et Alcools d’Apollinaire. Il salue un poète de la révolte et de la liberté, qui n’a jamais confondu la révolte avec l’humeur. Maurice Blanchot va plus loin : pour lui, la grandeur de Char est que sa poésie est « poésie de la poésie », une révélation de son essence à travers les mots qui la cherchent.
Le philosophe Martin Heidegger, qu’il reçoit au Thor, dans le Vaucluse, pour des séminaires à la fin des années 1960, compte aussi parmi ses admirateurs. Consécration rare pour un auteur vivant, ses Œuvres complètes entrent dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1983, cinq ans avant sa mort.
René Char et les peintres
René Char appartient à ces écrivains qui ont puisé une part de leur force créatrice dans la peinture. Plusieurs poèmes de Fureur et mystère et du Nu perdu dialoguent avec les œuvres de ses amis, et il a réalisé avec eux de nombreux livres d’artiste :
- Georges de La Tour, dont une reproduction du Prisonnier l’accompagnait au maquis, et à qui il consacre le poème « Madeleine à la veilleuse ».
- Georges Braque, ami fidèle et complice de nombreuses éditions illustrées.
- Nicolas de Staël, qui grave sur bois les illustrations de ses Poèmes en 1952.
- Joan Miró, Zao Wou-Ki et Maria Helena Vieira da Silva, auteurs de gravures pour plusieurs de ses recueils.
- Pablo Picasso, rencontré au temps du surréalisme.
Comprendre les citations de René Char
Sur le plan formel, René Char privilégie l’aphorisme, le vers aphoristique, le fragment et le poème en prose, ce qu’il nomme lui-même sa « parole en archipel », titre d’un recueil paru en 1962. Chaque phrase forme une île : elle se lit seule, mais renvoie aux autres. C’est ce qui rend ses formules si faciles à retenir et si difficiles à épuiser.
Quelques thèmes reviennent sans cesse : la liberté, conquise au prix du risque ; la poésie, vécue comme une manière d’être au monde plutôt que comme un art ; l’inconnu, qu’il faut accueillir plutôt que craindre ; l’amour, enfin, qui donne son sens au reste.
Les plus belles citations de René Char
Voici 62 citations, classées par ordre alphabétique :
- « À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide, mais le couvert reste mis. »
- « Agir en primitif et prévoir en stratège. »
- « Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu, il chante avant de s’envoler. »
- « Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. »
- « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience. »
- « Comment la fin justifierait-elle les moyens ? Il n’y a pas de fin, seulement des moyens à perpétuité. »
- « Comment vivre sans inconnu devant soi ? »
- « Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. »
- « Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer. »
- « Il est des rencontres fertiles qui valent bien des aurores. »
- « Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps. »
- « Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière. »
- « Il n’y a que deux conduites avec la vie : ou on la rêve ou on l’accomplit. »
- « Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire les nœuds. »
- « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. »
- « Je ne puis être et ne veux vivre que dans l’espace et dans la liberté de mon amour. »
- « L’acquiescement éclaire le visage. Le refus lui donne la beauté. »
- « L’acte est vierge, même répété. »
- « L’artiste doit se faire regretter déjà de son vivant ! »
- « L’éclair me dure. La poésie me volera de la mort. »
- « L’esprit du château fort, c’est le pont-levis. »
- « L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant. »
- « L’éternité n’est guère plus longue que la vie. »
- « L’homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer. »
- « L’homme fut sûrement le vœu le plus fou des ténèbres ; c’est pourquoi nous sommes ténébreux, envieux et fous sous le puissant soleil. »
- « L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne. »
- « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. »
- « La parole dépourvue de sens annonce toujours un bouleversement prochain. »
- « La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut. »
- « La poésie vit d’insomnie perpétuelle. »
- « La seule signature au bas de la vie blanche, c’est la poésie qui la dessine. »
- « La terre qui reçoit la graine est triste. La graine qui va tout risquer est heureuse. »
- « Le fruit est aveugle. C’est l’arbre qui voit. »
- « Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir. »
- « Le poète meurt de l’inspiration comme le vieillard de la vieillesse. La mort est au poète ce que le point final est au manuscrit. »
- « Le poète ne peut pas longtemps demeurer dans la stratosphère du verbe. Il doit se lover dans de nouvelles larmes et pousser plus avant dans son ordre. »
- « Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit. »
- « Les femmes sont amoureuses et les hommes sont solitaires. Ils se volent mutuellement la solitude et l’amour. »
- « Les larmes méprisent leur confident. »
- « Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. »
- « Les routes qui ne disent pas le pays de leur destination, sont les routes aimées. »
- « Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri. »
- « N’étant jamais définitivement modelé, l’homme est receleur de son contraire. »
- « Ne t’attarde pas à l’ornière des résultats. »
- « Ne te courbe que pour aimer. Si tu meurs, tu aimes encore. »
- « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. »
- « Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable. »
- « Nous n’appartenons à personne sinon au point d’or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillés le courage et le silence. »
- « Nous sommes au futur. Voici demain qui règne aujourd’hui sur la terre. »
- « Nous sommes écartelés entre l’avidité de connaître et le désespoir d’avoir connu. L’aiguillon ne renonce pas à sa cuisson et nous à notre espoir. »
- « Ô vie, donne, s’il est temps encore, aux vivants un peu de ton bon sens subtil sans la vanité qui abuse, et par-dessus tout, peut-être, donne-leur la certitude que tu n’es pas aussi accidentelle et privée de remords qu’on le dit. Ce n’est pas la flèche qui est hideuse, c’est le croc. »
- « On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d’erreur sur soi et sur le monde, sans une paille d’innocence aux premiers mots. »
- « On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant. »
- « Prend-on la vie autrement que par les épines ? »
- « Prenez garde : tous ne sont pas dignes de la confidence. »
- « S’il n’y avait pas l’étanchéité de l’ennui, le cœur s’arrêterait de battre. »
- « Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé. »
- « Signe ce que tu éclaires, non ce que tu assombris. »
- « Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t’es promis à toi seul. Là est ton contrat. »
- « Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s’assemble autour de nos premiers pas. »
- « Un homme sans défauts est comme une montagne sans crevasses. Il ne m’intéresse pas. »
- « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. »
Les recueils où lire les citations de René Char
Pour retrouver ces phrases dans leur contexte, quelques recueils essentiels :
- Feuillets d’Hypnos (1946), les notes du maquis.
- Fureur et mystère (1948), le recueil qui le fait connaître du grand public.
- Les Matinaux (1950), où paraissent les vagabonds de sa jeunesse.
- La Parole en archipel (1962), qui donne son nom à sa poétique du fragment.
- Le Nu perdu (1971), nourri de son dialogue avec les peintres.
- Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade (1983).
Questions fréquentes
Pourquoi René Char est-il un poète de la Résistance ?
Parce qu’il a été un chef de maquis actif sous le nom de capitaine Alexandre, et que les Feuillets d’Hypnos, écrits pendant la guerre, sont l’un des grands textes de la Résistance.
Qu’est-ce que la « parole en archipel » ?
C’est l’expression par laquelle Char désigne son écriture en fragments : des phrases autonomes comme des îles, mais reliées entre elles comme un archipel.
Quelles sont les citations les plus reprises de René Char ?
Parmi les plus partagées : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. » et « Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps. »
Où est né René Char ?
À L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, le 14 juin 1907. Il est resté attaché toute sa vie à la Provence et à la Sorgue, très présentes dans ses poèmes.
Citation de René Char :
« Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir. »