Les citations de Proust sont parmi les plus belles de la langue française, mais aussi parmi les plus déformées : beaucoup de phrases circulent sous son nom sans figurer dans son œuvre. Cette sélection ne retient que les citations de Proust que l’on retrouve dans ses livres, avec le texte exact et le titre d’où elles viennent. Les citations de Proust sont classées par œuvre, de Du côté de chez Swann au Temps retrouvé.
Vous trouverez ensuite les phrases qu’on lui prête sans source, puis un portrait de l’écrivain.
Les citations de Proust tirées de Du côté de chez Swann
Premier volume d’À la recherche du temps perdu, paru en 1913, Du côté de chez Swann contient l’épisode le plus célèbre de l’œuvre, celui de la madeleine, où un goût fait ressurgir tout un pan de l’enfance.
- « Je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. » Du côté de chez Swann
- « Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au-dessus de votre vie. » Du côté de chez Swann, Legrandin
- « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! » Du côté de chez Swann, dernière phrase d’Un amour de Swann
Les citations de Proust tirées d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs et des tomes suivants
Prix Goncourt en 1919, le deuxième volume est celui de la jeunesse et des vacances à Balbec. Les tomes suivants explorent le monde, l’amour et la jalousie.
- « On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner. » À l’ombre des jeunes filles en fleurs, le peintre Elstir
- « Le temps dont nous disposons chaque jour est élastique ; les passions que nous ressentons le dilatent, celles que nous inspirons le rétrécissent, et l’habitude le remplit. » À l’ombre des jeunes filles en fleurs
- « Chacun appelle idées claires celles qui sont au même degré de confusion que les siennes propres. » Le Côté de Guermantes
- « L’amour, c’est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur. » La Prisonnière
- « Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres. » La Prisonnière
- « On ne guérit d’une souffrance qu’à condition de l’éprouver pleinement. » Albertine disparue
- « Nous n’arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change. » Albertine disparue
- « Il est vraiment rare qu’on se quitte bien, car si on était bien, on ne se quitterait pas. » Albertine disparue
Les citations de Proust tirées du Temps retrouvé
Dernier volume, paru en 1927 après la mort de l’auteur, Le Temps retrouvé livre les clés de l’œuvre : le narrateur y découvre sa vocation d’écrivain et le pouvoir de l’art sur le temps.
- « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. » Le Temps retrouvé
- « Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre. » Le Temps retrouvé
- « En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. » Le Temps retrouvé
- « Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus. » Le Temps retrouvé
- « Les idées sont des succédanés des chagrins. » Le Temps retrouvé
- « Le bonheur est salutaire pour les corps, mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit. » Le Temps retrouvé
- « Ce sont nos passions qui esquissent nos livres, le repos d’intervalle qui les écrit. » Le Temps retrouvé
- « Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l’obscurité et du silence. » Le Temps retrouvé
Les premiers livres : Les Plaisirs et les Jours, Sur la lecture
Avant la Recherche, Proust publie en 1896 un recueil de nouvelles et de poèmes en prose, Les Plaisirs et les Jours, puis en 1905 un essai sur la lecture, qui servira de préface à sa traduction de Ruskin.
- « Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses. » Les Plaisirs et les Jours
- « Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver. » Les Plaisirs et les Jours
- « L’absence n’est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ? » Les Plaisirs et les Jours
- « Les paradoxes d’aujourd’hui sont les préjugés de demain. » Les Plaisirs et les Jours
- « Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. » Sur la lecture
- « La lecture est au seuil de la vie spirituelle ; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas. » Sur la lecture
Des phrases attribuées à Proust sans source
Certaines phrases très partagées sous son nom ne se retrouvent dans aucun de ses livres. Faute de source, mieux vaut ne pas les lui attribuer.
- « Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur ; elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries. »
- « Il n’y a pas de réussite facile ni d’échecs définitifs. »
- « Le moi profond reste le meilleur des masques antirides. »
- « Les plats se lisent et les livres se mangent. »
- « La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie. »
La même prudence vaut pour d’autres auteurs très cités, comme Saint-Exupéry ou Napoléon.
Qui était Marcel Proust ?
Marcel Proust naît le 10 juillet 1871 à Auteuil, alors aux portes de Paris, dans une famille aisée et cultivée : son père, Adrien Proust, est professeur d’hygiène à la faculté de médecine, et sa mère, Jeanne Weil, est issue d’une famille juive lettrée. Asthmatique dès l’enfance, il gardera toute sa vie une santé fragile.
Jeune homme, il fréquente les salons aristocratiques, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain. Il publie Les Plaisirs et les Jours en 1896 et commence un roman, Jean Santeuil, qu’il abandonne et qui ne paraîtra qu’en 1952. Passionné par l’écrivain anglais John Ruskin, il voyage à Venise en 1900 et traduit deux de ses livres, La Bible d’Amiens et Sésame et les lys.
Vers 1908-1909, il se lance dans l’œuvre de sa vie. Refusé par plusieurs éditeurs, Du côté de chez Swann paraît en 1913 chez Grasset, à compte d’auteur. Le deuxième volume obtient le prix Goncourt en 1919 et le rend célèbre. Proust meurt le 18 novembre 1922, épuisé, en corrigeant encore son manuscrit ; les trois derniers volumes paraissent après sa mort, jusqu’en 1927.
À la recherche du temps perdu est une méditation sur le temps, la mémoire, l’amour, la jalousie et l’art, et le tableau d’une société, de l’aristocratie à la bourgeoisie. Ses phrases célèbres pour leur longueur, dont certaines dépassent plusieurs centaines de mots, épousent les détours de la pensée. Le texte est librement consultable sur Wikisource.
Les citations de Proust gardent la saveur de la madeleine : pour la retrouver en cuisine, essayez nos madeleines landaises, et retrouvez d’autres auteurs dans la rubrique Langue française.