Environ 800 espèces de plantes carnivores ont été décrites à ce jour, et l’on en découvre encore chaque année. Devenues carnivores pour survivre dans des milieux pauvres en nutriments, ces plantes fascinent depuis le XVIIIe siècle naturalistes et jardiniers. Mais les plantes carnivores sont aussi parmi les végétaux les plus menacés : près d’un quart des espèces risquent de disparaître. Pièges, histoire, espèces de France : tour d’horizon de ces plantes carnivores pas comme les autres.
Qu’est-ce qu’une plante carnivore ?
Une plante carnivore est une plante capable d’attirer, de capturer et de digérer des proies, surtout des insectes et d’autres petits invertébrés, pour en absorber les nutriments. Comme toutes les plantes vertes, elle fabrique sa propre matière par la photosynthèse et puise l’eau et les sels minéraux par ses racines : ses proies ne lui fournissent qu’un complément d’azote et de phosphore.
Présentes sur tous les continents sauf l’Antarctique, les plantes carnivores sont surtout nombreuses dans les régions tropicales et dans le sud-ouest de l’Australie, région du monde qui en compte le plus d’espèces.
Les plantes carnivores, de Dobbs à Darwin
- 2 avril 1759 : Arthur Dobbs, gouverneur de la Caroline du Nord, décrit dans une lettre au botaniste anglais Peter Collinson une plante qui se referme sur tout ce qui la touche, et qu’il baptise « Fly trap Sensitive ». C’est la première description connue de la dionée.
- 1768 : le naturaliste John Ellis lui donne son nom scientifique, Dionaea muscipula, et son nom anglais de « Vénus attrape-mouche », qu’il expose dans une lettre à Carl Linné.
- 1875 : Charles Darwin publie Insectivorous Plants, qui démontre la carnivorie de ces végétaux. Il y qualifie la dionée de l’une des plantes les plus merveilleuses du monde.
Les principaux genres de plantes carnivores
- Aldrovanda : une petite plante aquatique aux pièges à mâchoires, cousine de la dionée ;
- Byblis et Drosophyllum : des pièges à glu ;
- Cephalotus : des plantes à urnes australiennes ;
- Darlingtonia : la plante-cobra californienne, apparentée aux Sarracenia ;
- Dionaea : la célèbre dionée, aux pièges à mâchoires ;
- Drosera, ou rossolis : des feuilles couvertes de poils gluants, avec près de 190 espèces ;
- Genlisea : des pièges souterrains en forme de nasse ;
- Heliamphora : des plantes à urnes d’Amérique du Sud ;
- Nepenthes : des plantes à urnes d’Asie, la plupart grimpantes ;
- Pinguicula, ou grassettes : des feuilles collantes, présentes notamment dans les montagnes françaises ;
- Sarracenia : des plantes à urnes d’Amérique du Nord ;
- Utricularia, ou utriculaires : des pièges en forme de petites outres, souvent aquatiques.
Pourquoi des plantes carnivores ?
Les plantes carnivores poussent généralement dans des sols pauvres en azote et en phosphore : tourbières, marais, sables lessivés, falaises suintantes. La carnivorie leur permet de s’adapter à ces milieux pauvres, où elles échappent à la concurrence des autres plantes. Elle est apparue de façon indépendante au moins une dizaine de fois au cours de l’évolution, dans des familles végétales sans lien entre elles : un bel exemple de convergence évolutive.
Leur menu se compose surtout d’insectes, d’araignées et d’autres invertébrés, mais aussi de crustacés minuscules et de protozoaires pour les espèces aquatiques. Les grandes urnes de certains Nepenthes capturent occasionnellement des grenouilles, voire de petits rongeurs. Pour attirer leurs proies, ces plantes combinent nectar, couleurs vives et odeurs.
Des pièges plus ingénieux les uns que les autres
Les pièges sont des feuilles modifiées, et les botanistes en distinguent cinq grands types :
- Les pièges à mâchoires de la dionée et de l’aldrovande, qui se referment en une fraction de seconde ;
- Les pièges à glu des droséras, des grassettes, des Byblis ou du Drosophyllum ;
- Les urnes, ou pièges à fosse, des Nepenthes, Sarracenia ou Darlingtonia, où les proies glissent et se noient ;
- Les outres aspirantes des utriculaires, qui happent leurs proies en quelques millisecondes ;
- Les nasses des Genlisea, dont les poils orientés empêchent les proies de ressortir.

Lorsqu’un piège bouge pour capturer sa proie, on le dit « actif » : c’est le cas de la dionée, de l’aldrovande et des utriculaires, et dans une moindre mesure des droséras, dont les poils se recourbent lentement sur l’insecte. Immobiles, les urnes et la plupart des pièges à glu sont dits « passifs ».
Des plantes carnivores menacées
En 2020, une équipe internationale a évalué le statut de conservation de toutes les espèces connues selon les critères de l’UICN : environ un quart des plantes carnivores sont menacées d’extinction. Les causes principales :
- la destruction de leurs habitats pour l’agriculture, l’urbanisation, l’exploitation forestière ou minière, et l’assèchement des tourbières ;
- la cueillette illégale d’espèces rares pour les collectionneurs, qui touche surtout les grands Nepenthes et Sarracenia ;
- la pollution, notamment les apports d’azote qui enrichissent les sols et favorisent d’autres plantes ;
- le changement climatique et l’invasion de plantes concurrentes.
Les grandes plantes carnivores ont aussi longtemps nourri un imaginaire inquiétant : au XIXe siècle, la presse a popularisé le mythe d’un « arbre mangeur d’hommes », sans le moindre fondement.
Les plantes carnivores sauvages de France
La France compte plusieurs plantes carnivores indigènes : des droséras, dont le rossolis à feuilles rondes, des grassettes et des utriculaires. Elles vivent surtout dans les tourbières et les marais acides, des milieux qui ont fortement régressé. Le rossolis à feuilles rondes est ainsi protégé sur tout le territoire national : sa cueillette est interdite. Pour en observer, mieux vaut suivre une sortie nature dans un parc naturel régional, sans quitter les sentiers. Découvrez aussi nos articles sur la nature.
Phénomène d’adaptation remarquable, la carnivorie a permis à ces plantes de coloniser des milieux a priori hostiles. Leur préservation, et celle des zones humides qui les abritent, représente un véritable enjeu écologique.

Questions fréquentes
Combien existe-t-il d’espèces de plantes carnivores ?
Environ 800 espèces décrites, réparties dans une douzaine de genres principaux, et quelques nouvelles espèces chaque année.
Une plante carnivore peut-elle être dangereuse pour l’homme ?
Non. Leurs proies sont minuscules ; même les plus grandes urnes ne capturent qu’exceptionnellement de petits vertébrés.
Faut-il nourrir une plante carnivore en pot ?
Ce n’est généralement pas nécessaire si elle est placée dehors ou près d’une fenêtre : elle capture seule ses proies. L’essentiel est de l’arroser à l’eau de pluie ou déminéralisée, jamais avec de l’engrais.
Peut-on cueillir des droséras dans la nature ?
Non. En France, le rossolis à feuilles rondes est protégé au niveau national ; il faut acheter des plantes issues de culture.