Le vegan ne se résume pas à une assiette sans viande : c’est un mode de vie qui refuse, autant que possible, toute forme d’exploitation des animaux, de l’alimentation aux vêtements en passant par les cosmétiques. En France, le mouvement reste minoritaire : selon une enquête menée en 2020 auprès de 15 000 personnes pour FranceAgriMer, 0,3 % des Français se déclarent vegan et 2,2 % ne mangent pas de viande, mais 24 % se disent flexitariens, rapporte Réussir. Définition, alimentation, santé, enjeux pour les animaux et le climat : voici ce qu’il faut savoir sur le mode de vie vegan.
Qu’est-ce que le mode de vie vegan ?
Le mot « vegan » a été inventé en novembre 1944 en Angleterre par Donald Watson, qui fonde alors la Vegan Society avec cinq autres végétariens qui refusent aussi les produits laitiers, parmi lesquels Elsie Shrigley. Watson l’a formé avec les trois premières et les deux dernières lettres du mot anglais « vegetarian », selon l’histoire officielle de la Vegan Society. Le terme « véganisme » dérive donc de « vegan », et non l’inverse.
En 1949, un membre de la société, Leslie Cross, en propose une première définition : mettre fin à l’utilisation des animaux par l’homme pour l’alimentation, les marchandises, le travail, la chasse et la vivisection. Aujourd’hui, la Vegan Society décrit le véganisme comme une philosophie et un mode de vie qui cherche à exclure, « autant que possible et réalisable », toutes les formes d’exploitation des animaux. Chaque année, la Journée mondiale du véganisme est célébrée le 1er novembre, en souvenir de la fondation de la société.
Végétarien, végétalien, vegan : quelles différences ?
- le végétarien ne mange ni viande ni poisson, mais consomme des œufs, du lait et du miel ;
- le végétalien exclut de son assiette tous les produits d’origine animale ;
- le vegan applique ce refus à tous les aspects de la vie : vêtements, cosmétiques, loisirs ;
- le flexitarien réduit sa consommation de viande sans la supprimer, à l’image des adeptes des régimes paléo et pégan.
L’alimentation vegan, un régime 100 % végétal
Le régime alimentaire vegan exclut la viande, le poisson et les fruits de mer, mais aussi les œufs, le lait, le beurre, le fromage, le miel et les produits dérivés comme la gélatine. Il repose sur les légumes, les fruits, les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots), les céréales, les oléagineux et les graines, ainsi que sur le soja et ses dérivés, comme le tofu ou le tempeh.

Contrairement à une idée reçue, la plupart des protéines végétales contiennent tous les acides aminés essentiels, mais certains en quantité insuffisante. Les céréales manquent surtout de lysine, les légumineuses de méthionine, alors que le soja et le quinoa offrent un profil complet, explique Futura Santé. Il suffit donc d’associer céréales et légumineuses au cours de la journée, comme dans un dal de lentilles corail servi avec du riz.
La cuisine végétale n’a rien de fade : elle se renouvelle sans cesse, avec des burgers de lentilles, des omelettes de courgettes sans œufs aux pois chiches, une mayonnaise végétale ou, côté desserts, un gâteau au chocolat vegan et des croissants vegan.
Bienfaits et carences : ce que dit la science
Les régimes végétariens sont associés à un risque plus faible de diabète de type 2, de maladies cardiaques ischémiques et de certains cancers, ainsi qu’à un meilleur poids et un meilleur profil lipidique, résume La Revue du Praticien en mai 2026. Riches en fibres et en antioxydants, les aliments végétaux ne contiennent pas de cholestérol et sont, pour la plupart, pauvres en graisses saturées.
Un régime vegan demande toutefois une vigilance nutritionnelle. L’Anses a relevé chez les végétariens des apports plus faibles en fer, iode, zinc, vitamine D et vitamines du groupe B, et les vegans sont exposés à un statut en calcium insuffisant, avec un risque possible pour les os. Le fer des végétaux est en outre moins bien absorbé que celui de la viande. Surtout, la vitamine B12 est absente des aliments végétaux : une supplémentation est indispensable pour tous les vegans, enfants compris.
Enfants, femmes enceintes : des avis divergents
Les autorités de santé ne sont pas unanimes. En 2016, l’Académie américaine de nutrition et de diététique jugeait les régimes végétariens et vegans bien planifiés « adaptés à toutes les étapes de la vie ». En mai 2019, l’Académie royale de médecine de Belgique les a au contraire jugés inadaptés aux enfants, aux adolescents et aux femmes enceintes ou allaitantes. En France, une femme enceinte vegan doit prendre de la vitamine B12, des oméga-3 (DHA) et de l’iode. Pour un enfant, une femme enceinte ou une personne âgée, un suivi par un médecin ou un diététicien est vivement recommandé.
Le vegan, un mode de vie respectueux des animaux
Pour les vegans, les animaux sont des êtres sensibles qui ne doivent pas être réduits à l’état de denrée ou d’objet. Le droit français va d’ailleurs dans ce sens : depuis la loi du 16 février 2015, l’article 515-14 du Code civil reconnaît que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ». Les enquêtes filmées dans des élevages intensifs et des abattoirs ont largement contribué à faire connaître le mouvement. Le mode de vie vegan s’étend ainsi à tous les domaines :
- l’habillement : pas de fourrure, de cuir, de laine ni de soie, remplacés par le coton, le lin, le chanvre ou des matières synthétiques ;
- les cosmétiques : les tests sur les animaux sont interdits pour les cosmétiques vendus dans l’Union européenne depuis le 11 juillet 2013, mais certains produits contiennent encore des ingrédients d’origine animale, comme la cire d’abeille, la lanoline ou le carmin ;
- les loisirs : refus des zoos, des cirques avec animaux, de la corrida ou de la chasse.
Attention aux étiquettes : les mentions « non testé sur les animaux » ou « cruelty free » sont jugées trompeuses par la DGCCRF, puisque l’interdiction s’applique déjà à tous les produits, précise Santé.fr. Pour en savoir plus sur notre rapport aux bêtes, découvrez l’humanisation des animaux de compagnie.
Élevage et climat, un argument écologique
Les vegans insistent aussi sur l’impact environnemental de l’élevage. Selon la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, il est responsable de 12 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, soit 6,2 milliards de tonnes d’équivalent CO2 par an, de la production des aliments du bétail jusqu’aux rayons des magasins, rapporte L’Info Durable. Une large part des terres agricoles et des céréales produites dans le monde sert en outre à nourrir les animaux d’élevage.
Réduire sa consommation de viande est ainsi l’un des leviers individuels contre le réchauffement climatique, tout comme le choix de produits locaux, de saison et bio.
Viande cultivée et alternatives végétales
Pour remplacer la viande, l’industrie mise sur les substituts végétaux à base de soja, de pois ou de blé, mais aussi sur la viande cultivée, produite à partir de cellules animales multipliées en laboratoire. Singapour a été le premier pays à l’autoriser, en 2020. Aux États-Unis, cinq produits ont reçu le feu vert des autorités sanitaires, selon FoodNavigator, début 2026. Dans l’Union européenne, aucune viande cultivée n’est encore autorisée, et l’Italie en a interdit la production et la vente dès 2023.
Sans forcément devenir vegan, de plus en plus de Français cherchent à manger moins de viande, et de meilleure qualité. Une évolution qui pose une question de fond : comment nourrir une population mondiale croissante sans épuiser la planète ni faire souffrir les animaux ?
Citation :
« La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ? »
Jeremy Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation (1789), chap. XVII, note