Millennials (1980-94) : une génération insaisissable en quête de sens

Les millennials, ou génération Y, forment la cohorte née entre 1980 et 1994, la plus nombreuse depuis les baby-boomers. Première génération à avoir grandi avec les technologies numériques, les millennials ont fait du multiculturalisme une évidence et remettent en cause quantité de codes établis, dans la famille, la politique, les rapports sociaux et le travail. Comprendre les millennials suppose de partir d’un fait économique simple : ils sont entrés dans la vie active avec le chômage de masse pour horizon.

Qui sont les millennials

Ils représentent environ un quart de la population française et une part croissante des actifs, désormais proche du tiers, appelée à progresser encore avec le départ à la retraite des dernières cohortes de baby-boomers.

Le philosophe Michel Serres les a baptisés Petite Poucette, dans un essai de 2012, en référence à leur façon d’écrire des messages avec les pouces. Le surnom est resté parce qu’il dit l’essentiel : une transformation du rapport au corps, à la connaissance et aux autres, pas seulement un changement d’outils.

Les millennials face au travail

Née avec le chômage de longue durée, cette génération conçoit la vie professionnelle comme instable et non linéaire. Elle n’attend pas d’un employeur qu’il la porte quarante ans. Ce réalisme la rend proactive, débrouillarde et entreprenante : le recours au travail indépendant, aux missions et aux activités complémentaires y est nettement plus fréquent que chez ses aînés.

Là où la génération X avait subi la montée du chômage sans disposer de leviers, les millennials sont en quête de sens dans le travail. Ils veulent se réaliser et trouver un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, exigence qui a modifié en profondeur les pratiques de recrutement et de management.

Une génération née avec le numérique

Utilisant les outils numériques à tout moment de la journée, elle est particulièrement sensible à la flexibilité, à la transparence et à l’instantanéité. La fréquentation assidue des réseaux sociaux lui a ouvert un champ de relations très large et l’a habituée à la diversité culturelle, sans pour autant effacer ses attachements.

Cette familiarité produit aussi une vigilance. Les questions de protection des données, d’anonymat et de respect de la vie privée la concernent directement, précisément parce qu’elle en mesure les enjeux mieux que les générations qui ont découvert Internet à l’âge adulte.

Les valeurs des millennials

  • Le sens avant la rémunération : ils accordent plus d’importance aux valeurs et à l’accomplissement qu’au salaire seul.
  • L’expérience plutôt que la possession : le voyage, l’événement et l’usage priment sur l’accumulation d’objets.
  • La justice sociale et la diversité, attendues aussi bien de la société que des entreprises pour lesquelles ils travaillent.
  • Les enjeux environnementaux : ils voient la collaboration comme une voie d’amélioration collective et de développement durable.
  • L’authenticité : confrontés à la surcharge d’informations, ils recherchent l’aventure dans les espaces naturels et la convivialité partagée.

Ce déplacement marque le passage d’une société de consommation à une société d’expérience, où la valeur se mesure moins à ce que l’on possède qu’à ce que l’on a vécu.

Une génération difficile à catégoriser

Technophile, connectée en permanence, visuelle, impulsive, surinformée, mobile : l’accumulation d’étiquettes contradictoires trahit surtout une génération diverse et en mutation continue, que les grilles habituelles saisissent mal.

Court-circuitant les intermédiaires et les hiérarchies, sans groupe d’appartenance stable, elle privilégie la circulation virale et le passage rapide d’un sujet à l’autre. En s’affranchissant des autorités instituées, elle contrarie aussi les ambitions de catégorisation et d’orientation des comportements que promettaient le big data et l’internet des objets. Comme si une génération née avec le numérique brouillait les pistes pour rendre inopérante l’exploitation de ses propres données.

Sa place dans la succession des générations

  • Les baby-boomers, nés entre 1946 et 1964, leurs parents pour beaucoup, dont ils ont hérité l’individualisme sans la prospérité.
  • La génération X, née entre 1965 et 1979, leurs aînés immédiats, entrés dans la vie active en pleine crise.
  • Les xennials, cohorte charnière ayant connu l’enfance sans écrans et l’âge adulte connecté.
  • Les centennials, leurs cadets, plus prudents et plus économes qu’eux.
  • Le tableau général des générations occidentales, pour situer chaque cohorte d’un coup d’œil.

Questions fréquentes

Quelles sont les dates des millennials ? Le site retient 1980 à 1994, bornes qui s’enchaînent sans rupture avec la génération X, arrêtée en 1979. Les références internationales diffèrent légèrement : le Pew Research Center retient 1981 à 1996, d’autres travaux élargissent jusqu’en 2000. Le critère de fond est l’âge auquel on a rencontré Internet : les millennials l’ont découvert pendant l’adolescence ou au début de l’âge adulte, quand la génération suivante ne l’a jamais connu absent. Le repère symbolique du passage à l’an 2000, qui a donné son nom à la génération, correspond à leur entrée dans l’adolescence.

Millennials et génération Y, est-ce la même chose ? Oui, ce sont deux noms pour la même cohorte. Génération Y vient de la simple succession alphabétique après la génération X. Millennials, formé sur le millénaire, insiste sur le passage à l’an 2000 comme événement fondateur. Le terme anglais s’est imposé dans l’usage courant, y compris en français, où génération Y reste surtout employé dans les contextes professionnels et marketing.

Pourquoi Michel Serres les appelle-t-il Petite Poucette ? Dans son essai publié en 2012, le philosophe part d’une observation banale, la dextérité des pouces sur un clavier de téléphone, pour décrire une mutation anthropologique. Selon lui, cette génération n’a plus besoin de stocker le savoir dans sa tête puisqu’il est accessible en permanence, ce qui libère l’intelligence pour d’autres usages. Serres y voyait une rupture comparable à l’invention de l’imprimerie, et refusait d’y lire un appauvrissement.

Quelle différence entre millennials et centennials ? Les millennials ont connu le monde avant Internet et s’y sont adaptés, les centennials n’ont jamais rien connu d’autre. Cette différence de vécu produit des tempéraments opposés : les premiers ont grandi dans la promesse d’un progrès continu, brisée par la crise de 2008 au moment où ils entraient sur le marché du travail. Les seconds ont grandi après cette crise, ce qui les rend structurellement plus prudents, plus économes et plus attachés à la sécurité de l’emploi.

Aller plus loin :

Les grandes générations sociales occidentales du XXe et du XXIe siècle

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