Dans certaines familles, un parent, parfois les deux, adopte envers ses enfants des comportements qui abîment leur estime de soi et freinent leur autonomie. Ces parents toxiques continuent souvent d’exercer leur emprise une fois les enfants devenus adultes. Comment reconnaître des parents toxiques, quelles sont les conséquences pour l’enfant, et comment se libérer de l’emprise des parents toxiques ?
Si vous êtes un enfant ou un adolescent en danger, ou si vous vous inquiétez pour un enfant, appelez le 119, Allô Enfance en danger : le numéro est gratuit, confidentiel et joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Un tchat est aussi ouvert aux jeunes jusqu’à 21 ans sur allo119.gouv.fr. En cas de danger immédiat, composez le 17 ou le 112, rappelle le ministère des Solidarités.
Qu’est-ce qu’un parent toxique ?
Un parent toxique est un parent qui fait souffrir son enfant de façon répétée, par ses critiques, ses humiliations, son emprise ou sa violence. Ce peut être un père, une mère, un beau-parent, un grand-parent ou toute personne ayant autorité sur l’enfant. Dominateur, critique, manipulateur, absent ou violent, il exerce une emprise destructrice, consciemment ou non.
La psychothérapeute américaine Susan Forward a popularisé l’expression dans son livre Toxic Parents (1989), traduit en français sous le titre Parents toxiques. Elle y compare les dégâts émotionnels infligés par ces parents à une toxine chimique, qui se répand dans tout l’être de l’enfant et dont la souffrance grandit avec lui.
Comment reconnaître des parents toxiques ?
Plusieurs comportements, surtout lorsqu’ils se répètent, doivent alerter. Le parent toxique :
- donne un amour conditionnel, qui dépend des résultats ou de l’obéissance de l’enfant ;
- critique et se moque de l’enfant, sapant sa confiance en lui ;
- le culpabilise en permanence et lui fait porter des responsabilités trop lourdes, jusqu’à le rendre responsable de son propre bonheur ;
- rejette ses émotions, surtout la colère ou la tristesse ;
- lui impose ses goûts, ses choix et ses envies, et lui interdit toute décision personnelle ;
- contrôle tout, surprotège l’enfant ou décide à sa place ;
- ne s’excuse jamais et ne s’applique pas les règles qu’il impose ;
- entre en compétition avec l’enfant ou freine ses projets ;
- l’isole de ses amis ou de sa famille, et se sert de la culpabilité ou de l’argent pour le contrôler ;
- use de violences physiques ou verbales, de menaces et de punitions, et lui fait croire qu’il les mérite ;
- continue d’exercer son emprise sur l’enfant devenu adulte.
La loi française est claire : depuis la loi du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires, le Code civil précise que « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques ». Cette loi, dite loi anti-fessée, vise toutes les violences, y compris psychologiques, explique le cabinet Landot & associés.
Les conséquences de parents toxiques sur l’enfant
Ces comportements peuvent laisser des traces durables. L’enfant, puis l’adulte, risque de souffrir :
- d’une faible estime de soi ;
- d’un manque d’autonomie et de difficultés à agir ou à décider ;
- d’une tendance à l’autocritique, à la culpabilité et à la procrastination ;
- d’une insécurité émotionnelle et de difficultés à exprimer ses sentiments ;
- d’un isolement et d’une peur des relations avec les autres.
Beaucoup développent des croyances limitantes : ne pas montrer ses émotions, ne pas faire confiance, tout accepter pour être aimé. Certains reproduisent sans le vouloir des relations du même type, en amitié comme en amour, en se sacrifiant pour les autres ou en se plaçant sous l’emprise de personnes manipulatrices. Ce n’est pas une fatalité : avec de l’aide, on peut rompre ce schéma.
Comment se libérer de parents toxiques ?
Être parent ne donne aucun droit à la maltraitance. Même si c’est plus facile à dire qu’à faire, la première étape consiste à reconnaître la toxicité de la relation, puis à s’en protéger :
- poser des limites claires, et s’y tenir ;
- développer son esprit critique face aux reproches et à la culpabilisation ;
- prendre de la distance, voire couper les ponts lorsque c’est nécessaire pour se protéger ;
- se confier à des proches bienveillants, à un enseignant, à un médecin ou à une assistante sociale ;
- se faire accompagner par un psychologue ou un psychothérapeute, pour comprendre ce qui s’est passé et se reconstruire.
Se reconstruire, c’est réapprendre ce dont le parent toxique a privé l’enfant : le droit d’exister et d’avoir ses propres jugements, le droit d’exprimer ses émotions, même négatives, la liberté de choisir ses valeurs et de s’entourer de personnes bienveillantes. Se faire plaisir, prendre du temps pour soi, se déculpabiliser et être fier de soi font partie de ce chemin. Pour apaiser l’anxiété au quotidien, la respiration carrée peut aider.
D’autres relations toxiques
Les mêmes mécanismes d’emprise se retrouvent dans les amitiés toxiques, le couple toxique ou avec des collègues toxiques. Et pour d’autres styles d’éducation, lisez nos articles sur les parents hélicoptères, les parents tigres, les parents permissifs et, à l’inverse, la parentalité positive.
Citation :
« La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents. »
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur (1999)