Composantes essentielles de l’art du discours, procédés d’écriture et formules clés du quotidien, les figures de style permettent de se singulariser et de retranscrire une vision originale en surprenant le lecteur. Les figures de style sont des procédés d’expression qui s’écartent de l’usage ordinaire de la langue pour donner au propos une expressivité particulière. Bien employées, les figures de style ajoutent grâce, vivacité et éclat au discours, et provoquent l’émotion.
Qu’est-ce qu’une figure de style ?
Une figure de style est un procédé d’expression qui, par l’emploi et l’agencement remarquables des mots, s’écarte de l’usage commun de la langue. Fruit d’un effort de pensée et de formulation, elle enrichit le sens, crée un effet et donne au discours plus de grâce, de vivacité et d’énergie.
Les grandes familles de figures de style
Selon l’effet recherché, les figures de style peuvent jouer sur :
- le sens des mots, par l’analogie (comparer) ou la substitution (remplacer) ;
- la syntaxe (rupture de construction) ;
- la place des mots, pour insister ou pour opposer ;
- les sonorités, relevant de l’art poétique ;
- le discours.
Les figures de style de sens : comparer et remplacer
Comparer : les figures d’analogie
- La comparaison met en relation deux réalités différentes qui partagent des similarités, à l’aide d’un mot de comparaison (le « comparatif ») liant le comparé au comparant. Exemple : « Et cette terre lui apparaissait comme un bouclier sur la mer sombre » (Homère).
- La métaphore désigne une chose par une autre qui lui ressemble, sans mot de comparaison : elle suggère la ressemblance là où la comparaison l’affirme. On la dit filée lorsqu’elle se poursuit dans le texte. Exemple : « Ce toit tranquille, où marchent des colombes » (Paul Valéry).
- L’image littéraire rapproche deux champs lexicaux ou met en évidence un élément commun pour donner plus de sens, quitte à détourner le sens initial des mots. Exemple : « Le soleil noir » (Gérard de Nerval).
Remplacer : les figures de substitution
- La personnification attribue des propriétés humaines à un animal ou à une chose. Exemple : « Je vis les arbres s’éloigner en agitant leurs bras désespérés » (Marcel Proust).
- L’allégorie représente concrètement une idée abstraite ou une notion morale. Exemple : la mort figurée par un squelette armé d’une faux ; « Le Cri » d’Edvard Munch pour l’angoisse.
- Le symbole utilise une image en référence à une idée pour la rendre parlante. Exemple : « Le poète est semblable au prince des nuées » (Baudelaire).
- L’hypallage attribue à un mot ce qui conviendrait logiquement à un autre, par un décalage de la syntaxe. Exemple : « Qu’au son des guitares nomades, la gitane chante l’amour » (Louis Aragon).
- Le cliché est l’usage d’une image usée, proche du stéréotype. Exemple : « La neige étend son blanc manteau ».
- La synecdoque exprime la partie pour le tout, l’espèce pour le genre ou la matière pour l’objet. Exemple : « Son vélo a crevé » (pour le pneu du vélo).
- L’antonomase emploie un nom propre comme nom commun (ou l’inverse), ou remplace un nom par une périphrase. Exemple : « un don juan » pour désigner un séducteur.
- L’euphémisme atténue une idée ou une réalité. Exemple : « le troisième âge » pour les personnes âgées.
- La litote dit moins pour suggérer davantage, souvent par une formulation négative ; elle s’oppose à l’euphémisme. Exemple : « Va, je ne te hais point » (= je t’aime) (Corneille).
- La périphrase remplace un mot par sa définition ou une expression plus longue de même sens, dans un but souvent poétique. Exemple : « Les filles du limon tiraient du roi des astres assistance et protection » (La Fontaine).
- La métonymie désigne une chose par un terme qui lui est logiquement lié (contenant pour contenu, cause pour effet, auteur pour œuvre, ville pour habitants). Exemple : « C’était au temps où Bruxelles chantait » (Jacques Brel).
Jouer sur la syntaxe : rompre la construction
- L’ellipse omet volontairement un mot ou un groupe de mots logiquement nécessaires à la phrase. Exemple : « Je n’avance guère. Le temps beaucoup. » (Eugène Delacroix).
- L’asyndète supprime les liens logiques et les conjonctions de coordination. Exemple : « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu » (Jules César) ; « Métro, boulot, dodo ».
- L’anacoluthe est une rupture de la construction syntaxique, qui ne suit pas la logique habituelle. Exemple : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face de la terre en eût été changée » (Pascal).
Insister et opposer : la place des mots
Insister
- L’accumulation énumère plusieurs mots de même nature pour créer un effet d’amplification. Exemple : « Adieu, veau, vache, cochon, couvée » (La Fontaine).
- Le parallélisme juxtapose deux constructions identiques, en miroir, pour montrer l’identité ou l’opposition. Exemple : « Innocents dans un bagne, anges dans un enfer » (Victor Hugo).
- La gradation est une énumération croissante ou décroissante en intensité. Exemple : « C’est un roc ! C’est un pic ! C’est un cap ! » (Edmond Rostand).
- L’anaphore répète un même terme en début de phrases successives pour le marteler. Exemple : « Rome, l’unique objet de mon ressentiment ! » (Corneille).
- L’épiphore reprend un mot en fin de phrases qui se suivent, pour le rythme et l’insistance. Exemple : la reprise de « prié Dieu » et « prié Satan » chez Jacques Brel.
- L’épanadiplose reprend, en fin de phrase, le mot placé à son début. Exemple : « L’homme peut guérir de tout, non de l’homme » (Georges Bernanos).
- L’anadiplose reprend, en tête de proposition, le mot qui terminait la précédente. Exemple : « Comme le champ semé en verdure foisonne, De verdure se hausse en tuyau verdissant » (Du Bellay).
- L’épanalepse reprend un groupe de mots au début d’une proposition. Exemple : « Ô triste, triste était mon âme » (Verlaine).
- L’hyperbole exagère et amplifie une idée pour la renforcer. Exemple : « Je meurs de soif » ; « Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois » (La Fontaine).
Opposer
- L’antiphrase exprime une idée par son contraire, avec une ironie perceptible. Exemple : « Tout ce joli monde se trouve en prison ».
- L’antithèse rapproche deux termes qui s’opposent pour en renforcer le contraste. Exemple : « Il a l’air vivace et maladif » (Victor Hugo).
- L’oxymore rapproche deux termes contradictoires en une formule inattendue. Exemple : « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille).
- Le chiasme reprend deux expressions en ordre inversé (A-B / B’-A’). Exemple : « Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » (Gandhi).
- Le paradoxe énonce une idée contraire à l’opinion commune, pour choquer ou interpeller. Exemple : « Paris est tout petit, c’est là sa vraie grandeur » (Jacques Prévert).
- Le zeugme met sur le même plan syntaxique deux éléments de registres différents, par ellipse. Exemple : « Vêtu de probité candide et de lin blanc » (Victor Hugo).
Les figures de style de sonorité
- L’assonance répète une même voyelle ou un même son vocalique dans une phrase ou plusieurs vers. Exemple : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » (Paul Verlaine).
- L’allitération répète une même consonne. Exemple : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine).
- La paronomase rapproche deux homonymes ou deux paronymes (aux sons proches). Exemple : « vivre sans bonheur / vivre sans honneur » (Corneille).
- L’homéotéleute répète un même son à la fin de mots successifs. Exemple : « Et il frissonne, sans personne !… » (Jules Laforgue).
Jouer sur le discours
- La prosopopée fait parler un absent, un mort, un animal ou une chose. Exemple : « Écoutez. Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres » (Victor Hugo).
- La prétérition parle d’une chose après avoir annoncé qu’on n’en parlerait pas. Exemple : « Inutile de vous présenter monsieur Dupont ».
- La question rhétorique est une fausse question, destinée à maintenir l’intérêt de l’interlocuteur. Exemple : « Qu’y a-t-il de plus vivant que les troupeaux ? » (Henri Michaux).
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une comparaison et une métaphore ?
La comparaison relie deux éléments par un mot-outil (comme, tel, semblable à) ; la métaphore les rapproche sans ce lien, en suggérant la ressemblance.
Quelle différence entre métaphore et métonymie ?
La métaphore repose sur une ressemblance (analogie) ; la métonymie sur un lien logique, comme le contenant pour le contenu ou l’auteur pour l’œuvre.
Litote ou euphémisme ?
L’euphémisme atténue une réalité déplaisante ; la litote dit moins pour suggérer plus, souvent par la négation (« Va, je ne te hais point »).
À quoi servent les figures de style ?
À rendre un propos plus expressif, imagé, rythmé ou percutant, pour émouvoir, convaincre ou marquer les esprits.
Citation sur la langue :
« Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. »
Charles Baudelaire