Provocateurs, drôles ou poétiques, les slogans de mai 68 ont fleuri sur les murs de Paris au printemps 1968 et ont largement contribué à son mythe. Peints à la bombe, griffonnés sur les façades ou imprimés en sérigraphie sur des affiches, les slogans de mai 68 mêlent jeux de mots, oxymores, références surréalistes et revendications sociales. Plus d’un demi-siècle plus tard, les slogans de mai 68 se retrouvent, à l’identique ou détournés, sur les banderoles des mouvements sociaux.
Mai 68 en quelques dates
Le mouvement de mai 68 naît dans les universités. Le 2 mai, la faculté de Nanterre, foyer de la contestation étudiante, est fermée ; le lendemain, la Sorbonne est évacuée par la police. Les manifestations et les nuits de barricades du Quartier latin gagnent ensuite le monde du travail : à partir du 13 mai, une grève générale paralyse le pays, avec plusieurs millions de grévistes.
Le 19 mai, le général de Gaulle lance sa formule « La réforme, oui ; la chienlit, non ! ». Les étudiants lui répondent aussitôt par une affiche le caricaturant : « La chienlit, c’est lui ! ». Le 21 mai, le leader étudiant Daniel Cohn-Bendit, de nationalité allemande et d’origine juive, est interdit de séjour en France ; les manifestants scandent alors « Nous sommes tous des Juifs allemands ».
L’Atelier populaire des Beaux-Arts
Le 14 mai 1968, des étudiants, des artistes et des ouvriers occupent les ateliers de l’École des Beaux-Arts de Paris pour y imprimer des affiches de soutien aux ouvriers en grève. Jusqu’à l’évacuation de l’école par la police, le 27 juin, cet Atelier populaire produit plusieurs centaines d’affiches différentes, en sérigraphie ou en lithographie, souvent sur du papier journal.
Anonymes et distribuées gratuitement, ces affiches étaient souvent réalisées à la demande des grévistes eux-mêmes, et beaucoup de slogans de mai 68 y ont trouvé leur forme la plus connue. Leur graphisme simple et frappant, en une ou deux couleurs, a inspiré des générations de graphistes, jusqu’aux pochettes du mouvement punk britannique.
Les slogans de mai 68, entre humour et poésie
D’inspiration souvent absurde, les graffitis jouent avec les mots, les oxymores ironiques ou surréalistes. Les affiches, elles, sont pensées en lien direct avec l’actualité de la grève : la censure de l’ORTF, les cadences dans les usines, la répression policière. Le sociologue Pierre Bourdieu parlait du « rire de mai » pour décrire cette irrévérence joyeuse. Pour certains, la reprise régulière de ces formules témoigne de la nostalgie d’un nouveau mai 68 ; pour d’autres, de la force intacte d’une langue politique inventive.
Les moyens de mobilisation ont changé depuis : les tracts, banderoles et affiches restent présents, mais les réseaux sociaux sont devenus le premier canal pour diffuser des messages, parmi lesquels de nombreux slogans de 68, repris ou détournés.
Les slogans de mai 68 les plus célèbres
- « À cause de l’indifférence générale, demain est annulé »
- « Cache-toi, objet ! »
- « Ce n’est qu’un début, continuons le combat ! »
- « Comment peut-on penser librement à l’ombre d’une chapelle ? »
- « Consommez plus, vous vivrez moins »
- « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! »
- « Écrivez partout »
- « Élections, piège à cons »
- « Êtes-vous des consommateurs ou des participants ? »
- « Faites l’amour, pas la guerre ! » (reprise du slogan pacifiste américain « Make love, not war », contre la guerre du Vietnam)
- « Faites l’amour, pas les magasins »
- « Fermons la télé, ouvrons les yeux »
- « Il est interdit d’interdire ! » (formule lancée à la radio par Jean Yanne, sous forme de plaisanterie)
- « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner »
- « Jouissez sans entraves »
- « L’imagination au pouvoir ! »
- « La barricade ferme la rue mais ouvre la voie »
- « La beauté est dans la rue »

- « La chienlit, c’est lui ! »
- « La liberté est le crime qui contient tous les crimes. C’est notre arme absolue ! »
- « La police à l’ORTF, c’est la police chez vous »
- « La police avec nous ! »
- « La police s’affiche aux Beaux-Arts »
- « La police vous parle tous les soirs à 20 h » (affiche contre l’ORTF, la radio-télévision d’État)
- « La révolution, c’est quand l’extraordinaire devient quotidien »
- « La Sorbonne est à nous ! »
- « La voix de son maître »
- « La volonté générale contre la volonté du général ! »
- « Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes »
- « Les Beaux-Arts sont fermés, mais l’art révolutionnaire est né »
- « Les cadences accélèrent, le chômage aussi »
- « Les murs ont des oreilles. Vos oreilles ont des murs. »
- « Métro, boulot, dodo » (raccourci d’un vers du poète Pierre Béarn)
- « Mon corps est à moi »
- « Mur blanc = peuple muet »
- « Ne nous laissons pas bouffer par les politicards et leur démagogie boueuse »
- « Ne soyez pas des moutons »
- « Ne travaillez jamais »
- « Non à l’association capital-travail »
- « Non à l’État policier ! »
- « Non aux bidonvilles, non aux villes-bidons »
- « Nous sommes tous des enragés ! »
- « Nous sommes tous des Juifs et des Allemands ! »
- « On ne peut plus dormir tranquille lorsqu’on a une fois ouvert les yeux »
- « On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance »
- « Paris, soulève-toi avec rage et joie »
- « Plutôt la vie »
- « Prenez vos désirs pour des réalités ! »
- « Quand les parents votent, les enfants trinquent »
- « Seule la vérité est révolutionnaire »
- « Sois jeune et tais-toi ! »

- « Sous les pavés, la plage ! »

- « Soyez réalistes, demandez l’impossible » (souvent attribuée à Che Guevara, sans source vérifiable)
- « Tout est politique »
- « Tout pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » (reprise d’une phrase de l’historien britannique Lord Acton)
- « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves »
Questions fréquentes
Qui a écrit « Sous les pavés, la plage » ?
Comme la plupart des graffitis de mai 68, il est anonyme. Il évoque le sable découvert sous les pavés arrachés pour construire les barricades.
« Il est interdit d’interdire » est-il un slogan de mai 68 ?
Oui, mais la formule a d’abord été lancée, sous forme de plaisanterie, par l’humoriste Jean Yanne à la radio, avant d’être reprise sur les murs.
Que veut dire « la chienlit » ?
Le mot désigne le désordre. Le chienlit était à l’origine un personnage du carnaval de Paris ; de Gaulle a rendu le terme célèbre en mai 1968.
Où voir les affiches de mai 68 ?
Plusieurs musées et bibliothèques en conservent, dont la Bibliothèque nationale de France et la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles.