Budget, sport, tennis, ticket ou challenge : ces mots que l’on prend pour des anglicismes sont en réalité des mots anglais d’origine française. Partis de l’ancien français vers l’Angleterre au Moyen Âge, ils nous sont revenus, transformés, par l’anglais. Voici 48 mots anglais d’origine française, classés par thème, leur histoire et quelques faux amis étymologiques, pour découvrir que bien des mots anglais d’origine française ne sont que des mots français qui ont voyagé.
Qu’est-ce qu’un mot aller-retour ?
Une grande partie du vocabulaire français vient du latin, auquel s’ajoutent des apports du francique, du grec pour les mots savants et du gaulois. Les emprunts à l’anglais, eux, sont plus récents : selon l’Académie française, le phénomène commence avant 1700 et s’accélère depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
On parle de mot « aller-retour » lorsqu’un mot français est passé en anglais, y a souvent changé de forme ou de sens, puis a été réemprunté par le français. Ainsi, la « bougette », petite bourse médiévale, est devenue en anglais le budget de l’État, avant de revenir chez nous avec ce sens nouveau.
La part réelle des anglicismes reste modeste : dans l’édition en cours de son dictionnaire, l’Académie française recense 686 mots d’origine anglaise sur 38 897 entrées, soit environ 1,8 %. Dans l’usage courant, on l’estime souvent autour de 5 %.
Pourquoi tant de mots anglais d’origine française ?
Tout commence en 1066, lorsque Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, s’empare du trône d’Angleterre. Pendant plusieurs siècles, le français, sous sa forme anglo-normande, devient la langue de la cour, de l’administration, du droit et du commerce, tandis que le peuple continue de parler l’ancien anglais.
Des milliers de mots français s’installent alors durablement en anglais, formant le socle des mots anglais d’origine française d’aujourd’hui, au point qu’une grande partie du vocabulaire anglais actuel est d’origine française ou latine. Des siècles plus tard, avec l’essor économique, sportif et culturel du monde anglophone, certains de ces mots reviennent en France, souvent méconnaissables. Le linguiste Bernard Cerquiglini en a tiré un essai au titre provocateur, « La langue anglaise n’existe pas », qui invite à se réapproprier ces vieux mots français.
La liste des mots anglais d’origine française
Sport et loisirs
- ace : de l’ancien français « as », la face d’un dé marquée d’un seul point ; au tennis, le service gagnant que l’adversaire ne touche pas.
- challenge : de l’ancien français « chalenge » ou « chalonge », contestation en justice ou par les armes, dispute.
- corner : de l’ancien français « cornier », de corne, puis coin, angle.
- foxtrot : le « trot » de cette danse vient de l’ancien français « troter », aller rapidement.
- passing-shot : de l’ancien français « passer », traverser de part en part.
- penalty : de l’anglo-normand « penalte », de la même famille que « pénalité ».
- performance : de l’ancien français « parformer », exécuter, parfaire.
- rallye : de l’anglais rally, issu du français « rallier », rassembler.
- record : de l’ancien français « record », souvenir, de « recorder », rappeler.
- sport : de l’ancien français « desport » ou « deport », jeu, divertissement.
- supporter : de l’ancien français « supporter », soutenir.
- tennis : du moyen français « tenez ! », impératif de tenir, lancé à l’adversaire au moment de servir au jeu de paume.
Économie, travail et médias
- budget : de l’ancien français « bougette », petite bourse de cuir portée à la ceinture, ou du normand « bouquette ».
- cash : du moyen français « casse », la caisse, mot venu de l’italien cassa.
- marketing : de l’anglais market, issu de l’ancien français « marchié », en normand « market », marché, lieu de marché.
- standard : de l’ancien français « estendard », étendard, point de ralliement.
- test : de l’ancien français « test », autre forme de « têt », pot de terre qui servait en alchimie à éprouver l’or.
- ticket : de l’ancien français « estiquet », qui a aussi donné « étiquette ».
- panel : de l’ancien français « panel », morceau d’étoffe, puis liste de jurés inscrite sur un parchemin.
- pattern : du français « patron », modèle.
- interview : du français « entrevue ».
- magazine : du français « magasin », dépôt de marchandises, mot lui-même emprunté à l’italien.
- stress : de l’ancien français « estrece » ou « destresse », étroitesse, resserrement, gêne, misère.
Transports
- bus : abréviation d’« omnibus », mot latin signifiant « pour tous », popularisé en France par les voitures omnibus au XIXe siècle, avant de passer en anglais puis de nous revenir raccourci.
- car : de l’anglo-normand « car », char.
- coach : du moyen français « coche », grande voiture de transport, mot venu du hongrois.
- express : de l’ancien français « exprès », clair, précis, fait à dessein.
- rail : de l’ancien français « raille » ou « reille », barre, poutrelle.
- tunnel : de l’ancien français « tonel », de la famille de « tonneau » et de « tonnelle ».
- charter : de l’ancien français « chartre », charte, acte écrit : l’avion charter est affrété par contrat.
- caddie : du français « cadet », jeune homme ; au golf, le caddie porte les clubs du joueur. Le chariot de supermarché doit son nom à une marque française.
Table et vie quotidienne
- bacon : de l’ancien français « bacon », lard salé.
- bar : de l’ancien français « barre », la barrière qui sépare le comptoir de la salle.
- toast : de l’ancien français « toster », griller.
- porridge : altération de « pottage », du français « potage ».
- mess : de l’ancien français « mes », mets, plat ; le mess est la salle où les officiers prennent leurs repas.
- fuel : de l’ancien français « fouaille », bois de chauffage.
- piercing : de l’ancien français « percier », percer.
Vêtements et étoffes
- denim : de « serge de Nîmes », toile de coton fabriquée à Nîmes.
- jean : de « Gênes », la toile de coton de Gênes, « Janne » en moyen français.
- paletot : de l’anglais médiéval « paltok », sorte de veste ; son origine plus lointaine reste discutée.
Société, caractère et animaux
- gentleman : en partie de l’ancien français « gentil », de naissance noble.
- humour : de l’ancien français « humeur », l’un des quatre fluides du corps dans la médecine ancienne, dont le « flegme ».
- spleen : de l’ancien français « esplen », rate, organe que l’on croyait siège de la mélancolie.
- suspense : de l’ancien français « suspense », suspension, incertitude.
- poney : de l’ancien français « poulenet », petit poulain.
- pedigree : de « pied de grue », forme des traits reliant les générations dans les arbres généalogiques.
- rifle : de l’ancien français « rifler », érafler : le fusil tient son nom des rayures de son canon.
Faux allers-retours et étymologies discutées
Certains mots figurent souvent dans les listes de mots anglais d’origine française sans que leur origine française soit établie. Les dictionnaires étymologiques invitent à la prudence :
- hall : l’anglais hall vient du vieil anglais heall, tandis que le français « halle » vient du francique halla. Ce sont des mots cousins, issus d’une même racine germanique, et non un aller-retour.
- shop : on le rattache souvent à l’ancien français « eschoppe », mais les dictionnaires anglais le font remonter au vieil anglais ; la filiation reste discutée.
- thriller : de l’anglais to thrill, faire frissonner, issu du vieil anglais pour « percer » ; le rapprochement avec l’ancien français « friçon », frisson, n’est pas établi.
- hobby : de hobyn, petit cheval, d’un diminutif anglais de Robin ; le français « hobin » serait plutôt un emprunt à l’anglais que l’inverse.
- socquette : formée en français sur l’anglais sock, chaussette, lui-même issu du latin soccus ; aucun lien avec le « soc » de la charrue.
- hockey : origine incertaine ; on évoque parfois l’ancien français « hoquet », bâton recourbé de berger.
- flirt : origine obscure en anglais ; le rapprochement avec « conter fleurette » relève surtout de l’étymologie populaire, même s’il a favorisé l’adoption du mot en français.
- pannequet : c’est l’inverse d’un aller-retour : une francisation de l’anglais pancake, restée en cuisine pour désigner une crêpe fourrée et roulée ou pliée.
Citation sur la langue française :
« L’image la plus exacte de l’esprit français est la langue française elle-même. »
Désiré Nisard
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un mot aller-retour ?
C’est un mot français passé en anglais, qui a évolué, puis a été réemprunté par le français, comme budget, sport ou tennis.
Pourquoi l’anglais contient-il tant de mots français ?
Après la conquête normande de 1066, le français a été pendant plusieurs siècles la langue du pouvoir, du droit et du commerce en Angleterre.
D’où vient le mot budget ?
De l’ancien français « bougette », petite bourse portée à la ceinture, devenue en anglais le budget de l’État.
Le mot tennis est-il français ?
Oui, il viendrait de « tenez ! », que les joueurs de jeu de paume lançaient à leur adversaire au moment de servir.