Amadou Seck : le peintre sénégalais de l’École de Dakar, poète des masques

Amadou Seck est un peintre sénégalais né en 1950 à Dakar, figure de la première génération de l’École de Dakar. Nourrie des masques d’Afrique de l’Ouest, la peinture d’Amadou Seck déforme les visages comme le ferait un sculpteur, dans une véritable poétique des masques. Exposé en Europe et aux États-Unis dans les années 1970 et 1980, Amadou Seck reste pourtant peu connu du grand public.

Ses œuvres reviennent aujourd’hui sur le devant de la scène, avec l’intérêt croissant pour l’art africain contemporain : la galerie Christophe Person, à Paris, l’a exposé aux côtés de Philippe Sène, autre figure historique de l’École de Dakar, rapporte OnArt.

Amadou Seck, une jeunesse à Dakar

Amadou Seck naît dans une famille de jardiniers wolofs installée depuis des générations dans la presqu’île du Cap-Vert, où se trouve Dakar. Enfant, il dessine sur les murs des maisons des visages stylisés qu’il appelle ses portraits déformés, une forme de street art avant l’heure.

Encore lycéen, il choisit de se consacrer à la peinture, malgré les réticences de sa famille. « L’art, je l’avais en moi dans le ventre de ma mère », confie-t-il.

Amadou Seck et l’École de Dakar

En 1965, à 15 ans, sur les conseils du peintre Ousmane Faye, il entre à l’École nationale des arts de Dakar. Il y suit l’enseignement de Pierre Lods, dont il reste l’un des élèves marquants. Il y apprend les techniques académiques et forge son style, dans un climat de grande liberté.

À l’héritage africain, il emprunte des repères, des thèmes et des formes, tout en refusant de s’enfermer dans l’esthétique de la négritude chère à Senghor. Il fait partie des artistes présentés en 1974 au Grand Palais, à Paris, dans l’exposition Art sénégalais d’aujourd’hui, comme le rappelle Wikipédia.

L’École de Dakar, un art pour le Sénégal indépendant

Devenu président en 1960, Léopold Sédar Senghor veut faire de l’art un pilier du Sénégal indépendant. Il crée la même année l’École des arts de Dakar et fait appel à des artistes aux visions très différentes, raconte Jendalma.

  • Pierre Lods, peintre français venu du Congo, où il avait fondé l’école de Poto-Poto, prône une pédagogie de la liberté, avec une seule règle : ne pas copier. Il accompagne de jeunes artistes de 1963 à 1988.
  • Iba Ndiaye dirige la section des arts plastiques à partir de 1964 et défend au contraire une formation rigoureuse. En désaccord avec les idées de Senghor, il démissionne en 1967.
  • Papa Ibra Tall crée un atelier de recherche et de tapisserie, à l’origine des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès, fondées en 1966.

Le Festival mondial des arts nègres, à Dakar en 1966, puis l’exposition du Grand Palais en 1974 font connaître cette génération dans le monde entier. Ce soutien présidentiel a aussi ses critiques : dans les années 1970, l’artiste Issa Samb fonde le Laboratoire Agit’Art pour s’affranchir de l’idéologie officielle. Amadou Seck, formé chez Lods mais attaché à sa liberté, appartient à cette génération qui cherche sa propre voie.

Une carrière entre Dakar, l’Europe et New York

Guelwar, tableau du peintre sénégalais Amadou Seck

Selon le parcours de l’artiste, ses œuvres sont présentées dès la fin des années 1960, notamment à l’Exposition universelle de Montréal en 1967, puis en France, à Paris et à Rouen. Suivent des expositions à l’étranger : à la galerie Isola de Milan en 1975, à l’invitation du peintre italien Salvatore Fiume, à la galerie Wally Findlay de New York en 1978, à Paris dans les années 1980, à la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence en 1990.

Faute de soutiens durables sur la scène internationale, Amadou Seck recentre ensuite son travail sur l’Afrique de l’Ouest.

La poétique des masques d’Amadou Seck

Les masques sont au cœur de son œuvre. Amadou Seck ne peint pas les êtres tels qu’ils sont, mais tels qu’un sculpteur les transformerait : ses figures empruntent aux masques baga, dogon, sénoufo ou ashanti leurs lignes, leurs volumes et leurs formes géométriques. Il y ajoute des motifs africains, idéogrammes, cauris ou motifs de broderie.

Par ces déformations, il exprime l’ironie, la superstition, la fantaisie, la joie ou le rythme. Le regard y tient une place essentielle, celui du hibou ou du caméléon : c’est par lui que l’esprit du masque reste vivant. Cette grammaire des masques africains, qui a tant inspiré les artistes occidentaux, de Picasso aux cubistes, il la réinvente de l’intérieur.

Au début du XXe siècle, ces mêmes masques avaient bouleversé l’art européen : Picasso s’en inspire pour Les Demoiselles d’Avignon, en 1907. Amadou Seck fait le chemin inverse : il reprend à son compte un patrimoine qui est le sien, et que l’Occident avait réinterprété avant lui.

Ses titres puisent dans l’imaginaire du Sénégal : Guelwar renvoie aux anciennes lignées nobles du Sine et du Saloum, Leuk Daour (1982) au génie protecteur de Dakar dans la tradition lébou, et Le génie du jeudi soir (1995) au monde des esprits. On lui doit aussi Les migrants (1990) et Le cavalier (Ngawar), en 1995.

Le notable, tableau d'Amadou Seck aux figures inspirées des masques africains

Une technique en relief

Jusqu’au milieu des années 1980, Amadou Seck travaille l’encre de Chine, la gouache et les matières de la peinture murale africaine : charbon broyé, sable, jus de cola. Lors de ses séjours chez Salvatore Fiume, il adopte le chevalet et le couteau, qui lui permettent de travailler la texture et le relief de la toile.

« La composition doit sortir de la toile », dit-il. Le couteau crée un effet de relief et un rendu presque pointilliste ; avec ses collages bruts, sa peinture se rapproche de la sculpture des masques.

Amadou Seck sur le marché de l’art

Longtemps sous-estimées, les œuvres d’Amadou Seck trouvent aujourd’hui des acheteurs dans les ventes consacrées à l’art africain moderne. En décembre 2025, chez Millon à Paris, deux Compositions des années 1970 se sont vendues 3 500 et 5 500 €, et un Portrait de 1979, 2 800 €, selon la page de l’artiste sur le site de Millon.

Le même mois, le 30 décembre 2025, Artcurial organisait à La Mamounia, à Marrakech, une vente consacrée à Majorelle et à l’art marocain et africain. Deux toiles d’Amadou Seck y figuraient : Poupée Ashanti, vers 1990, estimée 27 500 à 38 500 dirhams, s’est envolée à 172 120 dirhams, soit environ 16 000 €, plus de quatre fois son estimation basse ; Deux masques, de 1979, a trouvé preneur à 46 340 dirhams, soit environ 4 300 €. En octobre 2026, à Londres, son tableau N’Dawssi a été adjugé 4 550 livres, frais compris.

Ces résultats restent loin de ceux des grands noms de l’art africain contemporain, mais la vente de Marrakech montre que la demande et sa côte progresse année après année : Amadou Seck est un peintre en cours de redécouverte.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’École de Dakar ?

Le nom donné aux artistes formés à Dakar dans les années 1960 et 1970, à l’époque où Senghor faisait de l’art un pilier de l’identité du Sénégal indépendant.

Quels masques ont inspiré Amadou Seck ?

Les masques baga, dogon, sénoufo et ashanti, dont il reprend les lignes et les volumes.

Où voir ses œuvres ?

Dans les ventes aux enchères d’art africain moderne, à Paris ou à Londres, et dans des galeries spécialisées, comme la galerie Christophe Person à Paris.

Combien vaut un tableau d’Amadou Seck ?

Aux enchères, ses toiles se vendent le plus souvent entre 3 500 et 5 500 €. Une œuvre recherchée peut aller bien au-delà : Poupée Ashanti a atteint environ 16 000 € chez Artcurial, à Marrakech, en décembre 2025.

Citation :

« L’art, je l’avais en moi dans le ventre de ma mère. »

Amadou Seck