Les grandes générations occidentales se succèdent depuis plus d’un siècle au rythme des guerres, des crises économiques et des ruptures technologiques. Chaque bouleversement majeur façonne durablement les pratiques et les mentalités de la classe d’âge qui le traverse, et c’est ce qui distingue les grandes générations les unes des autres bien plus que leur seule date de naissance. Ce récapitulatif rassemble les dix grandes générations du XXe et du XXIe siècle, de la génération perdue à la génération alpha, en passant par les générations X, Y et Z.
L’accélération récente des vagues technologiques, désormais séparées de trois ou quatre ans seulement, conduit d’ailleurs à l’apparition de micro-générations que les découpages classiques peinent à saisir.
Ce qui définit les grandes générations sociales
Une génération sociale est un concept sociologique désignant une sous-population ayant vécu un contexte social et historique identique, partageant les mêmes pratiques, les mêmes goûts et les mêmes représentations, et disposant d’une mentalité, d’une façon de sentir et de penser communes.
Chaque génération se distingue des autres par les influences qu’elle a reçues et par le contexte qui l’a façonnée, ce qui lui donne un style et un mode de fonctionnement propres. Sa durée est de l’ordre de quinze à vingt-cinq ans, proche de celle d’une génération humaine, c’est-à-dire du cycle de renouvellement d’une population adulte en âge de se reproduire.
La théorie des cycles de Strauss et Howe
Des similitudes frappantes apparaissent entre des générations éloignées dans le temps. La génération grandiose et les millennials, parfois appelés nouvelle génération grandiose, partagent des traits communs, tout comme la génération silencieuse et les centennials, dits nouvelle génération silencieuse.
Selon la théorie développée par William Strauss et Neil Howe dans Generations, publié en 1991, des événements de même nature se répéteraient tous les quatre-vingts ans depuis la fondation des États-Unis. Ils identifient quatre cycles de vingt ans qui se succèdent, alternant éveils spirituels et crises séculaires, chaque génération relevant de l’un des quatre archétypes suivants :
- Les artistes, par exemple la génération Z : indécis et émotionnels, ils grandissent en période de crise et sont surprotégés par leurs parents.
- Les prophètes, par exemple les baby-boomers : moralistes, prêts à se battre pour leurs idées.
- Les nomades, par exemple la génération X : aventureux, pragmatiques et cyniques, moins protégés que leurs aînés.
- Les héros, par exemple la génération Y : énergiques et curieux, placés au centre des préoccupations familiales.
Chaque génération évoluerait selon la situation économique dans laquelle elle grandit, devient adulte, puis parent et enfin senior. En période d’expansion, les enfants seraient nomades et les quadragénaires artistes. En période de crise, les enfants seraient artistes et les jeunes adultes des héros. Les crises surviendraient lorsque les artistes sont âgés, les prophètes mûrs, les nomades adultes et les héros jeunes.
Les technologies remettent-elles en cause la notion de génération
La théorie cyclique apporte un éclairage précieux sur l’histoire longue, mais elle se heurte à une objection sérieuse. Les vagues de changement technologique se resserrent, au point de se succéder tous les trois ou quatre ans, quand les cycles de Strauss et Howe en supposent vingt.
Le concept de génération sociale ne peut donc plus reposer sur la seule catégorie d’âge. Il doit intégrer les comportements et les pratiques d’un même groupe face au changement. D’où l’apparition de micro-générations successives ou simultanées, et de générations sans âge comme les perennials, définies par une attitude plutôt que par une date de naissance.
Les grandes générations du XXe et du XXIe siècle
- Génération perdue, ou génération de 1914 : nées entre 1883 et 1900.
- Génération interbellum : nées entre 1901 et 1913.
- Génération grandiose : nées entre 1914 et 1924.
- Génération silencieuse : nées entre 1925 et 1945.
- Baby-boomers : nés entre 1946 et 1964.
- Génération X : nées entre 1965 et 1979.
- Xennials, génération pont chevauchant les générations X et Y : nées entre 1975 et 1985.
- Génération Y, ou millennials : nées entre 1980 et 1994.
- Génération Z, ou centennials : nées entre 1995 et 2011.
- Génération alpha : nées à partir de 2012.
- Génération bêta : nées à partir de 2025.
Au-delà des grandes générations : les phénomènes transgénérationnels
Certains phénomènes traversent plusieurs générations à la fois et ne se laissent pas enfermer dans un intervalle de naissance. Ils touchent nos sociétés depuis les années 1980 et 1990 :
- La génération bébé bio, née de l’attention portée à l’alimentation et à l’environnement dès la petite enfance.
- La génération hyperparents, marquée par une implication parentale d’une intensité inédite.
- La génération Tanguy, caractérisée par un départ du domicile parental de plus en plus tardif.
- La génération boomerang, celle des jeunes adultes qui retournent vivre chez leurs parents après un premier départ.
- Les perennials, population sans âge définie par une curiosité et une adaptabilité permanentes plutôt que par une date de naissance.
Questions fréquentes
Comment sont fixées les dates des générations ? Elles ne le sont par aucune autorité. Chaque chercheur propose ses bornes en fonction de l’événement qu’il juge fondateur, et les écarts atteignent couramment deux à trois ans d’une source à l’autre. Le Pew Research Center fait commencer les millennials en 1981, d’autres travaux en 1980. Ce qui compte est la cohérence interne d’une série : les bornes doivent s’enchaîner sans trou ni recouvrement involontaire, sauf pour les générations pont comme les xennials, dont le chevauchement est délibéré.
Quelle est la différence entre génération sociale et génération humaine ? La génération humaine est une notion démographique : l’intervalle moyen entre la naissance des parents et celle de leurs enfants, soit environ vingt-cinq à trente ans. La génération sociale est une notion sociologique : un groupe façonné par les mêmes événements au même âge. Les deux durées se rejoignent approximativement, ce qui explique la confusion fréquente, mais elles ne mesurent pas la même chose.
La théorie des cycles de Strauss et Howe est-elle validée ? Elle reste contestée dans le monde académique. Ses détracteurs lui reprochent son caractère largement rétrospectif, sa focalisation sur l’histoire américaine et une capacité prédictive difficile à évaluer. Ses défenseurs y voient une grille de lecture utile des alternances entre périodes de reconstruction collective et périodes d’individualisme. Elle mérite d’être connue comme un cadre d’interprétation, non comme une loi historique établie.
Quelle génération vient après la génération alpha ? La génération bêta, née à partir de 2025, nommée par le démographe australien Mark McCrindle qui avait déjà proposé le terme alpha. Le choix de poursuivre l’alphabet grec plutôt que de revenir aux lettres latines marque une volonté de rupture avec la série X, Y et Z. Il est évidemment beaucoup trop tôt pour lui attribuer des caractéristiques.
Aller plus loin :
William Strauss et Neil Howe, Generations: The History of America’s Future, 1584 to 2069, 1991
Louis Chauvel, Le destin des générations, structure sociale et cohortes en France au XXe siècle, 1998
Je suis d’accord ! Ces dénominations sont par définition réductrices (silencieux:-) mais certains éléments communs sont intéressants !!
Bonjour,
Je vais interroger internet pour savoir qui sont ces personnes citées et qui ont fait ce fameux tableau qui m’interpelle. Née en 1950, et en Belgique, ce qui n’est pas du tout pareil qu’en France au niveau social, technologique et d’autres domaines, je fais partie des « baby-boomers ». Quant à la technologie ordinateurs, je suis heureuse d’avoir connu, l’avant et le présent. 🙂
Je ne suis pas d’accord avec ces appellations. La génération perdue par exemple, elle est dans ma mémoire, dans ma transmission générationnelle par les photos de mes arrières grands-parents que je transmettrai à mon fils qui a 40 ans, ainsi de suite…
La génération silencieuse, cette dénomination est choquante. Et @marie dont je connais le site où j’échange un peu, a répondu avec beaucoup d’humour 🙂
Il y a de quoi visiter sur ce site et merci pour l’inscription sur le mien qui dort en ce moment 🙂
Bonjour,
Merci pour ces articles passionnants dans lesquels je me retrouve bien !
Bon mardi
Cécile
Je suis de la génération silencieuse, pourtant qu’est ce que je parle!!! bon après-midi amitiés MTH
Super intéressant !