Quelles sont les fables de La Fontaine les plus célèbres ? De La Cigale et la Fourmi au Loup et l’Agneau, une trentaine de récits ont traversé les siècles et laissé des expressions que l’on emploie sans y penser. Voici les 30 fables de La Fontaine les plus célèbres, classées par thème, avec leur morale en vers, ce qu’elle veut dire aujourd’hui et, quand il y en a une, l’expression qu’elle a laissée. Ces fables de La Fontaine les plus célèbres se relisent à tout âge : elles parlent moins des animaux que des hommes.
Vous cherchez une fable moins connue ? Toutes les morales sont réunies dans notre liste des morales des fables de La Fontaine de A à Z.
Pourquoi ces fables sont-elles si connues ?
La Fontaine publie ses Fables en trois recueils, en 1668, en 1678 et 1679, puis en 1694 : quelque 240 fables, inspirées d’Ésope, de Phèdre et de Bidpaï, selon l’encyclopédie Larousse. Apprises par cœur à l’école depuis le XIXe siècle, les plus célèbres sont souvent les plus courtes, et celles du premier recueil. Le chiffre entre parenthèses indique le livre et le numéro de la fable.
Les fables de La Fontaine les plus célèbres sur le travail et la prévoyance
La Cigale et la Fourmi (I, 1)
« Vous chantiez ? j’en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. »
Ce qu’elle veut dire : la cigale a chanté tout l’été et n’a rien gardé pour l’hiver ; la fourmi refuse de l’aider. La fable loue la prévoyance, mais elle n’épargne pas la fourmi, « pas prêteuse ». Rousseau, dans l’Émile, lui reprochait déjà d’apprendre aux enfants la dureté.
Le Laboureur et ses Enfants (V, 9)
« Travaillez, prenez de la peine : / C’est le fonds qui manque le moins. »
Ce qu’elle veut dire : un laboureur mourant fait croire à ses fils qu’un trésor est caché dans son champ. Ils retournent la terre sans rien trouver, mais la récolte est magnifique : le vrai trésor, c’est le travail.
Le Lièvre et la Tortue (VI, 10)
« Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. »
Ce qu’elle veut dire : le lièvre, sûr de gagner, flâne en route ; la tortue, lente mais régulière, arrive la première. Mieux vaut commencer à temps et persévérer que compter sur ses dons.
L’expression : « rien ne sert de courir, il faut partir à point » est devenu un proverbe.
Le Chartier embourbé (VI, 18)
« Aide-toi, le Ciel t’aidera. »
Ce qu’elle veut dire : le charretier dont la charrette est embourbée appelle Hercule à l’aide, qui lui répond de dégager d’abord lui-même les roues. Avant de demander de l’aide, il faut agir.
L’expression : « Aide-toi, le Ciel t’aidera » est un proverbe plus ancien, que la fable a popularisé.
L’Ours et les deux Compagnons (V, 20)
« Il m’a dit qu’il ne faut jamais / Vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre. »
Ce qu’elle veut dire : deux compagnons vendent la peau d’un ours qu’ils n’ont pas encore tué, puis s’enfuient devant la bête. Il ne faut pas disposer d’un bien avant de l’avoir.
L’expression : « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».
La ruse et la flatterie
Le Corbeau et le Renard (I, 2)
« Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l’écoute. »
Ce qu’elle veut dire : le renard flatte la voix du corbeau, qui ouvre le bec pour chanter et lâche son fromage. Le flatteur ne vous admire pas : il veut quelque chose.
Le Renard et la Cigogne (I, 18)
« Trompeurs, c’est pour vous que j’écris : / Attendez-vous à la pareille. »
Ce qu’elle veut dire : le renard sert à la cigogne un brouet dans une assiette plate ; elle l’invite à son tour et lui sert à manger dans un vase au long col. Qui trompe sera trompé à son tour.
Le Renard et le Bouc (III, 5)
« En toute chose il faut considérer la fin. »
Ce qu’elle veut dire : le renard et le bouc descendent dans un puits pour boire ; le renard ressort en montant sur le dos du bouc et l’y laisse. Avant d’agir, il faut penser à la façon de s’en sortir.
Le Renard et les Raisins (III, 11)
« Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. »
Ce qu’elle veut dire : ne pouvant atteindre les raisins, le renard prétend qu’il n’en veut pas. On méprise volontiers ce qu’on ne peut obtenir.
L’expression : « ils sont trop verts », pour un dédain qui cache une déception.
Le Singe et le Chat (IX, 17)
« Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes / Qui, flattés d’un pareil emploi, / Vont s’échauder en des provinces / Pour le profit de quelque roi. »
Ce qu’elle veut dire : le singe Bertrand persuade le chat Raton de sortir des marrons de la braise ; le chat se brûle les pattes, le singe les mange. Méfiez-vous de ceux qui vous font prendre les risques à leur place.
L’expression : « tirer les marrons du feu ».
Les fables de La Fontaine les plus célèbres sur la loi du plus fort
Le Loup et l’Agneau (I, 10)
« La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous l’allons montrer tout à l’heure. »
Ce qu’elle veut dire : l’agneau répond à chaque accusation du loup, qui le mange quand même. La justice ne pèse rien face à la force : la morale constate, elle n’approuve pas.
L’expression : « la raison du plus fort ».
Les Animaux malades de la peste (VII, 1)
« Selon que vous serez puissant ou misérable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Ce qu’elle veut dire : pour arrêter la peste, les animaux confessent leurs fautes. Le lion et les puissants sont absous ; l’âne, qui a brouté un peu d’herbe, est condamné. Une satire de la justice, sévère aux faibles.
L’expression : « crier haro sur le baudet », accuser le plus faible.
Le Pot de terre et le Pot de fer (V, 2)
« Ne nous associons qu’avecque nos égaux ; / Ou bien il nous faudra craindre / Le destin d’un de ces pots. »
Ce qu’elle veut dire : le pot de terre accepte de voyager avec le pot de fer et se brise au premier choc. S’allier avec plus fort que soi, c’est risquer d’en être la victime.
L’expression : « c’est le pot de terre contre le pot de fer ».
Le Lion devenu vieux (III, 14)
« Mais c’est mourir deux fois que souffrir tes atteintes. »
Ce qu’elle veut dire : le lion affaibli reçoit les coups de ceux qu’il dominait, jusqu’à celui de l’âne. Les puissants tombés subissent la revanche des plus lâches.
L’expression : « le coup de pied de l’âne ».
Le Chêne et le Roseau (I, 22)
« Je plie, et ne romps pas. »
Ce qu’elle veut dire : le chêne plaint le roseau, qui plie au moindre vent ; la tempête déracine le chêne et épargne le roseau. La souplesse résiste mieux que l’orgueil de la force.
L’entraide et l’amitié
Le Lion et le Rat (II, 11)
« Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : / On a souvent besoin d’un plus petit que soi. »
Ce qu’elle veut dire : le lion épargne un rat, qui plus tard ronge les mailles du filet où le lion est pris. Rendre service à tous, même aux plus petits, n’est jamais perdu. La fable ajoute : « Patience et longueur de temps / Font plus que force ni que rage ».
L’expression : « on a toujours besoin d’un plus petit que soi ».
Le Vieillard et ses Enfants (IV, 18)
« Toute puissance est faible, à moins que d’être unie. »
Ce qu’elle veut dire : un vieillard montre à ses fils qu’un faisceau de flèches ne se rompt pas, alors que chaque flèche se brise seule. L’union fait la force.
L’Ours et l’Amateur des jardins (VIII, 10)
« Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ; / Mieux vaudrait un sage ennemi. »
Ce qu’elle veut dire : pour chasser une mouche posée sur le nez de son ami endormi, l’ours lance un pavé et le tue. Un ami maladroit peut faire plus de mal qu’un ennemi.
L’expression : « le pavé de l’ours », une aide qui fait du tort.
Les Deux Amis (VIII, 11)
« Qu’un ami véritable est une douce chose ! »
Ce qu’elle veut dire : au Monomotapa, un ami se lève en pleine nuit, prêt à offrir sa bourse et son épée, parce qu’il a rêvé que l’autre était triste. Le véritable ami devine vos besoins sans que vous ayez à les dire.
Les Deux Pigeons (IX, 2)
« Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? / Que ce soit aux rives prochaines. »
Ce qu’elle veut dire : un pigeon part voir le monde et revient blessé auprès de celui qui l’attendait. L’une des plus belles fables du recueil, sur l’absence et l’amour, que La Fontaine termine sur une note personnelle : « Ai-je passé le temps d’aimer ? ».
L’orgueil et les illusions
La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf (I, 3)
« Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, / Tout petit prince a des ambassadeurs, / Tout marquis veut avoir des pages. »
Ce qu’elle veut dire : la grenouille se gonfle pour égaler le bœuf, et crève. Vouloir paraître plus qu’on n’est mène à sa perte.
Le Geai paré des plumes du Paon (IV, 9)
« Il est assez de geais à deux pieds comme lui, / Qui se parent souvent des dépouilles d’autrui. »
Ce qu’elle veut dire : le geai se pare des plumes tombées d’un paon et se fait chasser par les paons comme par les geais. Une satire de ceux qui s’attribuent le travail des autres.
L’expression : « se parer des plumes du paon ».
La Montagne qui accouche (V, 10)
« C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort-il souvent ? / Du vent. »
Ce qu’elle veut dire : la montagne gronde comme si elle allait enfanter une ville, et accouche d’une souris. Contre les grandes annonces suivies de petits résultats.
L’expression : « la montagne accouche d’une souris ».
Le Coche et la Mouche (VII, 9)
« Ainsi certaines gens, faisant les empressés, / S’introduisent dans les affaires. »
Ce qu’elle veut dire : une mouche bourdonne autour des chevaux qui tirent un coche en montée, puis s’attribue le mérite de l’avoir fait avancer. Contre ceux qui s’agitent beaucoup et ne font rien.
L’expression : « faire la mouche du coche ».
La Laitière et le Pot au lait (VII, 10)
« Quel esprit ne bat la campagne ? / Qui ne fait châteaux en Espagne ? »
Ce qu’elle veut dire : Perrette imagine déjà la fortune que lui rapportera son lait, saute de joie, et renverse son pot. Il est doux de rêver, à condition de garder les pieds sur terre.
L’expression : « adieu veau, vache, cochon, couvée » et « faire des châteaux en Espagne ».
Le bonheur et la liberté
Le Loup et le Chien (I, 5)
« Vous ne courez donc pas / Où vous voulez ? »
Ce qu’elle veut dire : le chien est bien nourri, mais le loup aperçoit la marque de son collier. Il préfère sa liberté, même affamé, au confort de la servitude.
Le Rat de ville et le Rat des champs (I, 9)
« Fi du plaisir / Que la crainte peut corrompre. »
Ce qu’elle veut dire : un festin chez le rat de ville est interrompu par un bruit ; le rat des champs préfère son repas simple, mais tranquille. Mieux vaut une vie modeste et paisible qu’une vie riche et inquiète.
Le Savetier et le Financier (VIII, 2)
« Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme, / Et reprenez vos cent écus. »
Ce qu’elle veut dire : le savetier chantait toute la journée ; dès que le financier lui donne cent écus, il ne dort plus de peur qu’on les lui vole. L’argent n’achète pas la tranquillité.
La Poule aux œufs d’or (V, 13)
« L’avarice perd tout en voulant tout gagner. »
Ce qu’elle veut dire : persuadé que sa poule cache un trésor, son maître la tue et ne trouve rien. L’avidité détruit ce qui rapportait.
L’expression : « tuer la poule aux œufs d’or ».
Le Meunier, son Fils et l’Âne (III, 1)
« Est bien fou du cerveau / Qui prétend contenter tout le monde et son père. »
Ce qu’elle veut dire : quoi que fassent le meunier et son fils, à pied, sur l’âne ou en le portant, les passants trouvent à redire. On ne peut pas plaire à tout le monde : faites comme vous l’entendez.
Les expressions nées des fables de La Fontaine les plus célèbres
Beaucoup de ces fables survivent dans la langue courante, même chez ceux qui ne les ont jamais lues :
- La part du lion : La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion (I, 6).
- La raison du plus fort : Le Loup et l’Agneau (I, 10).
- Le coup de pied de l’âne : Le Lion devenu vieux (III, 14).
- Vendre la peau de l’ours : L’Ours et les deux Compagnons (V, 20).
- La mouche du coche : Le Coche et la Mouche (VII, 9).
- Le pavé de l’ours : L’Ours et l’Amateur des jardins (VIII, 10).
- Tirer les marrons du feu : Le Singe et le Chat (IX, 17).
- Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras : Le Petit Poisson et le Pêcheur (V, 3).
Pour d’autres grandes formules, retrouvez les formules de Molière, les citations de Victor Hugo ou nos citations sur l’enfance.
Relues à l’âge adulte, les fables de La Fontaine les plus célèbres gagnent en profondeur : derrière les animaux, on reconnaît la cour, la justice et nos propres travers.
Citation de La Fontaine :
« Une morale nue apporte de l’ennui ; / Le conte fait passer le précepte avec lui. »
Jean de La Fontaine, Le Pâtre et le Lion (VI, 1)