Les baby-boomers forment la cohorte née entre 1946 et 1964, pendant l’explosion des naissances qui suit la Seconde Guerre mondiale et qui a donné son nom au phénomène. En France, les baby-boomers représentent aujourd’hui environ un cinquième de la population. Aucune autre génération n’a connu une conjonction aussi favorable au moment d’entrer dans la vie adulte : paix, plein emploi, croissance continue et foi dans le progrès. C’est ce point de départ qui explique presque tout du parcours des baby-boomers, y compris ce qu’on leur reproche aujourd’hui.
Qui sont les baby-boomers
Les bornes de 1946 et 1964 correspondent au pic de natalité de l’après-guerre, phénomène observé dans la plupart des pays occidentaux. En 2026, les plus âgés d’entre eux ont quatre-vingts ans, les plus jeunes soixante-deux. C’est la cohorte la plus nombreuse que l’Occident ait produite, ce qui explique son poids politique et économique durable.
Cette masse démographique a un corollaire souvent oublié : les dernières cohortes ne sont pas logées à la même enseigne que les premières. Ceux qui sont entrés sur le marché du travail au début des années 1970 ont profité du plein emploi. Ceux qui y sont arrivés après 1980 ont affronté le chômage de masse, avec des carrières et des patrimoines nettement moins favorables.
Une génération privilégiée par l’histoire
Ils ont grandi et travaillé pendant les Trente Glorieuses, de 1945 à 1973 : paix durable, prospérité, plein emploi, et conviction partagée que chaque génération vivrait mieux que la précédente. Cette conviction s’est révélée exacte pour eux, et fausse pour leurs enfants.
Ils ont profondément transformé le modèle socio-économique et le système de valeurs fataliste et conventionnel dont ils héritaient. Très ouverts sur le monde, engagés dans les grandes luttes idéologiques des années 1960 et 1970, ils ont porté des combats collectifs qui ont changé les sociétés occidentales.
Le basculement vers l’individualisme
Le paradoxe est là. Cette génération de contestation collective a favorisé l’émergence de l’individualisme et de la quête de développement personnel. La société de consommation devenue modèle de société, la réussite sociale s’impose comme horizon.
Les valeurs anciennes d’oubli de soi et de contribution au bien commun cèdent la place à celles de libération, d’estime de soi et d’accomplissement individuel. Ce qui avait commencé comme une émancipation collective s’achève en trajectoires personnelles, et c’est précisément ce retournement que les générations suivantes leur reprochent.
Le rapport des baby-boomers au vieillissement
Contrairement à leurs parents de la génération silencieuse, ils ne se résignent pas au vieillissement. Leur état de santé est meilleur et leur espérance de vie nettement supérieure à celle de leurs aînés, usés par le travail et les maladies professionnelles.
- Actifs et mobiles, avides de loisirs, de voyages et de sport.
- Une retraite vue comme une ouverture plutôt que comme un retrait, porteuse de projets et de temps disponible.
- Un rapport décomplexé à l’apparence : ils se sentent jeunes et s’en soucient.
- Un attachement à l’autonomie : fiers de leur indépendance, ils ne comptent pas ralentir.
- Un fort sens du devoir familial : papys et mamies-boomers prennent une large part à la solidarité intergénérationnelle et aident leurs enfants à encaisser les crises, tout en gardant les rênes de leur patrimoine.
Le patrimoine des baby-boomers
Jamais aucune génération n’a accumulé autant de richesses en aussi peu de temps. En France, les ménages dont la personne de référence a plus de soixante ans détiennent une part du patrimoine total sans commune mesure avec leur poids démographique, de l’ordre de quatre dixièmes selon les estimations disponibles.
Cette position se fragilise pourtant. Les rendements financiers étant faibles, un nombre croissant de papy-boomers puise dans son capital pour maintenir son niveau de vie, et s’appauvrit progressivement sur une espérance de vie restante qui va de dix à vingt-cinq ans selon l’âge.
Le défi du financement
Le départ à la retraite d’une génération aussi nombreuse, combiné à l’allongement de la durée de vie, pose des questions difficiles de financement des régimes de retraite et du système de santé. Le rapport entre cotisants et pensionnés s’est dégradé mécaniquement.
Fers de lance de l’économie de la longévité, mais aussi soutien matériel des générations X, Y et Z, les baby-boomers constituent une cible fiscale tentante. Les ponctionner davantage comporte toutefois un risque politique réel : réveiller l’esprit de lutte et de revendication collective d’une génération politisée et émancipée, aujourd’hui libérée des contraintes professionnelles. Rien n’interdit d’imaginer qu’elle reforme, cinquante ans plus tard, les mouvements de contestation de sa jeunesse.
Sa place dans la succession des générations
- La génération silencieuse, née entre 1925 et 1945, leurs parents, dont ils ont renversé le système de valeurs.
- La génération grandiose, née entre 1914 et 1924, celle qui a bâti la prospérité dont ils ont hérité.
- La génération X, née entre 1965 et 1980, leurs cadets immédiats, entrés sur le marché du travail en pleine crise.
- Les xennials, cohorte charnière entre la génération X et les milléniaux.
- Les centennials, leurs petits-enfants, dont la prudence tranche avec leur propre optimisme.
- Le tableau général des générations occidentales, pour situer chaque cohorte d’un coup d’œil.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates des baby-boomers ? La fourchette la plus courante va de 1946 à 1964, soit dix-neuf classes d’âge. Elle correspond au pic de natalité observé après la Seconde Guerre mondiale dans la plupart des pays occidentaux. Certains démographes français préfèrent 1946-1973, en calant la borne haute sur la fin des Trente Glorieuses plutôt que sur la courbe des naissances. En 2026, cette génération a donc entre soixante-deux et quatre-vingts ans.
Pourquoi parle-t-on de génération privilégiée ? Parce que la conjoncture leur a été favorable à chaque étape décisive. Ils sont entrés sur le marché du travail en période de plein emploi, ont acheté leur logement avant l’envolée des prix de l’immobilier, ont bénéficié de carrières continues et de retraites calculées sur des règles avantageuses. Aucune de ces conditions n’était acquise pour leurs parents, aucune ne l’a été pour leurs enfants. Le terme décrit une position historique, pas un mérite ni une faute.
Les baby-boomers sont-ils tous riches ? Non, et l’écart interne est considérable. Les premières cohortes, entrées dans la vie active avant 1975, ont pleinement profité de la croissance. Les dernières, arrivées après le second choc pétrolier, ont connu le chômage de masse, la précarité des débuts de carrière et des patrimoines bien plus modestes. Les moyennes statistiques flatteuses masquent une génération en réalité coupée en deux.
Quelle différence entre baby-boomers et génération X ? La conjoncture, avant tout. Les baby-boomers, nés de 1946 à 1964, ont grandi dans l’expansion et la certitude du progrès. La génération X, née de 1965 à 1980, a découvert le monde du travail pendant la crise, le chômage de masse et la remise en cause des protections collectives. D’où des tempéraments opposés : optimisme collectif et goût de l’engagement chez les premiers, pragmatisme désabusé et méfiance envers les institutions chez les seconds.
Citation :
“Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau.”
Alexis de Tocqueville