Les xennials forment une micro-génération coincée entre la génération X et les millennials, née entre 1975 et 1985. Trop jeunes pour le pessimisme des premiers, trop âgés pour l’optimisme numérique des seconds, les xennials ont eu une enfance analogique et une vie adulte connectée. C’est cette double appartenance qui définit les xennials : ils sont la dernière classe d’âge à se souvenir du monde d’avant Internet, et la première à l’avoir adopté sans effort.
Qui sont les xennials
La cohorte a été décrite pour la première fois en 2014 par Sarah Stankorb et Jed Oelbaum dans le magazine GOOD. Leur formule les situe entre le pessimisme affiché de la génération X et l’optimisme joyeux revendiqué par les millennials. En 2026, ils ont entre quarante et un et cinquante et un ans.
Le chevauchement avec les cohortes voisines n’est pas une erreur de découpage : c’est la définition même d’une génération pont. Les xennials appartiennent aux deux, ce qui explique qu’aucune des deux grilles habituelles ne les décrive correctement.
Une génération entre deux ères
Ils évoluent en permanence dans l’ambivalence, pris entre deux moments culturels distincts :
- La postmodernité des années 1980, où le politique et le religieux cèdent la place à un narcissisme décontracté.
- L’hypermodernité de la seconde moitié des années 1990, marquée par un brutal retour au réel avec les crises économiques et écologiques, et par le développement fulgurant des usages d’Internet.
Ils ont vécu le basculement en direct, à l’âge exact où l’on enregistre le mieux : la Game Boy, Windows 95, MSN Messenger, Yahoo, Google, puis Facebook. Chacun de ces objets marque une frontière qu’ils ont franchie consciemment, là où leurs cadets les ont trouvés déjà installés.
Les anxiétés des xennials
Coincés entre deux philosophies, ils forment une génération anxieuse, qui s’interroge sur trois rapports fondamentaux :
- Au travail : entre une génération X qui pensait faire carrière comme ses parents baby-boomers, et une génération Y qui fonctionne en mode projet.
- Aux objets : entre l’hyperconsommation des X et la volonté des Y de posséder moins.
- À l’âge : entre des X restés adulescents et angoissés par l’avenir, et des Y que les technologies ont rendus autonomes plus tôt.
Cette anxiété a une composante physique. Passé la quarantaine, les premiers signes du vieillissement et les contraintes de la vie de famille commencent à peser. C’est une génération fortement demandeuse de thérapies alternatives, de pratiques de gestion du stress et d’approches du bien-être intérieur.
La nostalgie du monde analogique
Ils sont nostalgiques d’une enfance et d’une adolescence sans téléphone mobile ni Internet : la télévision à dix chaînes, les après-midi à la bibliothèque à feuilleter des livres et des magazines, les balades à vélo en pleine nature sans connexion. Cette mémoire d’un monde déconnecté leur reste accessible, contrairement aux générations suivantes.
Ils n’en ont pas moins assimilé les bouleversements technologiques des trente dernières années. Attachés au réel, à l’objet et à l’authenticité, ils sont souvent perçus par les millennials comme de jeunes vieux, tout en restant fermement accrochés à leur idéal de rester jeunes.
Les xennials, une génération pivot
Digérer autant de changements en si peu de temps en a fait des champions de l’adaptabilité. Leur double culture, analogique et numérique, et leur connaissance intime des deux mondes X et Y leur donnent le recul nécessaire pour en tirer le meilleur de chacun.
Ce grand écart, d’abord générateur de stress, s’est mué chez certains en mélancolie. Il constitue pourtant leur principal atout professionnel : à cheval entre deux mondes, les xennials sont aptes à comprendre aussi bien les anciennes que les nouvelles générations, ce qui les rend particulièrement adaptés aux postes de responsabilité et aux fonctions de traduction entre équipes d’âges différents.
Leur place dans la succession des générations
- Les baby-boomers, nés entre 1946 et 1964, souvent leurs parents, dont ils ont hérité un rapport au travail qu’ils n’ont pas pu reproduire.
- La génération X, née entre 1965 et 1980, à laquelle appartiennent leurs aînés immédiats et une partie d’entre eux.
- Les millennials, ou génération Y, avec lesquels ils partagent la seconde moitié de leur cohorte.
- Les centennials, nés dans un monde entièrement connecté, dont rien ne les sépare autant que le souvenir d’avant.
- Le tableau général des générations occidentales, pour situer chaque cohorte d’un coup d’œil.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates des xennials ? La fourchette la plus large va de 1975 à 1985. Sarah Stankorb et Jed Oelbaum, qui ont proposé le terme en 2014, retenaient une définition plus étroite, de 1977 à 1983. Contrairement aux grandes générations, ces bornes chevauchent volontairement celles de la génération X et des millennials : une génération pont n’a pas vocation à occuper un intervalle exclusif, elle décrit une zone de transition entre deux ensembles.
Pourquoi ce nom de xennials ? Il combine le X de la génération X et le suffixe de millennials, pour désigner exactement ce que la cohorte est : un croisement. D’autres appellations ont circulé, comme la génération Oregon Trail, du nom d’un jeu éducatif sur ordinateur qui a marqué les écoliers américains des années 1980 et 1990. Aucune n’a supplanté xennials, qui a l’avantage de dire sa position plutôt qu’une anecdote.
Quelle différence entre xennials et génération X ? Le rapport au numérique, essentiellement. La génération X a découvert Internet à l’âge adulte, souvent en milieu professionnel, et l’a adopté par nécessité. Les xennials l’ont rencontré à l’adolescence ou au début de leurs études, âge où l’apprentissage reste naturel. D’où une aisance technique que leurs aînés immédiats n’ont pas, et une mémoire du monde d’avant que leurs cadets n’ont pas non plus.
Une génération pont est-elle une vraie génération ? La question fait débat chez les sociologues. Les critiques observent que toute frontière générationnelle est arbitraire et qu’on pourrait multiplier indéfiniment les micro-cohortes intermédiaires. Les défenseurs répondent que certaines transitions technologiques sont assez brutales pour créer des expériences réellement distinctes, et que la diffusion d’Internet entre 1995 et 2005 en fait partie. L’utilité du concept se juge à sa capacité descriptive, pas à sa rigueur statistique.
Aller plus loin :
Les grandes générations sociales occidentales du XXe et du XXIe siècle
Je ne connaissais pas merci pour votre article