Faut-il dire ennuyant ou ennuyeux ? Les deux adjectifs sont souvent confondus, car ils partagent un même sens, « qui ennuie ». La nuance entre ennuyant ou ennuyeux existe pourtant, et les dictionnaires l’expliquent depuis longtemps, même si l’usage l’a en grande partie effacée en France. Voici comment choisir entre ennuyant ou ennuyeux, selon le sens, le registre et le pays où l’on parle.
Ennuyant ou ennuyeux : quelle différence de sens ?
- Ennuyant qualifie ce qui ennuie de façon passagère, par occasion : une contrariété, un désagrément lié aux circonstances.
- Ennuyeux qualifie ce qui ennuie par nature, de façon durable : une lassitude persistante, un caractère, une situation qui pèse.
Le dictionnaire de Littré, au XIXe siècle, résume parfaitement cette nuance : « l’homme ennuyant est celui qui ennuie par occasion ; cela est accidentel ; l’homme ennuyeux est celui qui ennuie toujours ; cela est inhérent. Un homme ennuyant peut n’être aucunement ennuyeux. » Littré reconnaissait toutefois que, dans l’usage, les deux mots se confondaient déjà, ennuyeux étant le plus employé.
Ennuyant ou ennuyeux : l’avis de l’Académie française
En France, ennuyeux s’est imposé et réunit aujourd’hui les deux idées : la contrariété passagère et la lassitude durable. Ennuyant figure toujours dans le Dictionnaire de l’Académie française, mais comme une forme vieillie.
Interrogée par un internaute, l’Académie explique que le mot reste dans son dictionnaire parce qu’on le trouve chez les grands auteurs des siècles passés, et que ce dictionnaire doit aussi permettre de les lire. Elle conclut que l’on dira et écrira aujourd’hui ennuyeux, sauf volonté marquée d’employer une forme ancienne.
« Ennuyant n’est pas, à proprement parler, incorrect. »
Académie française
Un mot bien vivant au Québec, en Belgique et aux Antilles
Ce qui est vieilli en France ne l’est pas partout. Selon l’Office québécois de la langue française, ennuyant reste couramment employé, voire préféré, au Québec, en Belgique et aux Antilles. Un Québécois dira volontiers qu’un film est « ennuyant », là où un Parisien dira qu’il est « ennuyeux ». Dans ces régions, le mot n’a rien de recherché ni d’archaïque.
Comment choisir entre ennuyant ou ennuyeux ?
Quelques repères simples :
- en France, dans tous les cas, employez ennuyeux : « ce retard est ennuyeux », « un livre ennuyeux » ;
- pour marquer la nuance, dans un registre littéraire, ennuyant peut désigner une gêne ponctuelle : « un incident ennuyant » ;
- au Québec, en Belgique et aux Antilles, ennuyant est parfaitement naturel dans la langue courante ;
- pour une personne, ennuyeux peut aussi être employé comme nom : « c’est un ennuyeux ».
D’où vient le mot ennui ?
Le verbe ennuyer, dont dérivent les deux adjectifs, est attesté dès le XIe siècle. Il vient du bas latin inodiare, formé sur l’expression latine in odio esse, « être un objet de haine ». Le mot avait alors un sens bien plus fort qu’aujourd’hui : à l’époque classique, ennuyer signifiait encore causer de la douleur, du tourment, une profonde tristesse. Ce n’est que peu à peu, par affaiblissement, que l’ennui est devenu la simple lassitude que l’on connaît.
L’ancien français a aussi voyagé : le verbe anglais to annoy, « agacer », vient de la même famille, et l’anglais a plus tard emprunté une seconde fois le mot français ennui. Pour enrichir encore votre vocabulaire, découvrez notre sélection de 100 adjectifs soutenus et nos 112 mots soutenus à connaître.
Participe présent ou adjectif : un autre piège en -ant
Comme ennuyant, de nombreux adjectifs sont d’anciens participes présents. Pour ennuyant, l’orthographe ne change pas, mais pour d’autres verbes, le participe présent, invariable, et l’adjectif verbal, qui s’accorde, ne s’écrivent pas de la même façon :
- fatiguant / fatigant : « en se fatiguant », mais « un travail fatigant » ;
- convainquant / convaincant : « en convainquant le jury », mais « un argument convaincant » ;
- provoquant / provocant : « une remarque provoquant la colère », mais « une attitude provocante » ;
- négligeant / négligent : « en négligeant ce détail », mais « un employé négligent » ;
- précédant / précédent : « les jours précédant l’examen », mais « le jour précédent ».
Le test est simple : si l’on peut remplacer le mot par une proposition relative (« qui fatigue ») et qu’il est suivi d’un complément, c’est un participe présent ; s’il exprime une qualité et peut être précédé de « très », c’est un adjectif.
Questions fréquentes
Ennuyant est-il une faute ?
Non. Le mot figure dans le dictionnaire de l’Académie française. Il est simplement considéré comme vieilli en France, où l’on préfère ennuyeux.
Ennuyant est-il un participe présent ?
À l’origine, oui : c’est le participe présent du verbe ennuyer, devenu adjectif. Employé comme verbe, il reste invariable (« des discours ennuyant l’auditoire ») ; employé comme adjectif, il s’accorde (« des discours ennuyants »).
Dit-on « s’ennuyer de quelqu’un » ?
Oui. L’Académie française l’admet au sens de « souffrir de l’absence de quelqu’un ». L’expression est très courante au Québec, où l’on dit volontiers « je m’ennuie de toi ».
Quels sont les synonymes d’ennuyeux ?
Selon le sens : fastidieux, lassant, monotone, rébarbatif pour ce qui lasse ; fâcheux, contrariant, embêtant pour ce qui dérange.