Coliving et cohoming : vivre et travailler ensemble 

Une chambre à soi, une cuisine, un salon et un espace de travail partagés, des services inclus et une vraie vie de groupe : le coliving séduit les jeunes actifs, les indépendants et les entrepreneurs des grandes villes. Né dans la Silicon Valley, le coliving répond à la cherté des loyers et au besoin de lien social des travailleurs nomades. Son cousin, le cohoming, propose de travailler chez un particulier, le temps d’une journée. Définition, fonctionnement, origines et limites : voici ce qu’il faut savoir sur le coliving et le cohoming.

Qu’est-ce que le coliving ?

Le coliving est une forme renouvelée de colocation, qui réunit plusieurs résidents dans un grand logement ou une résidence pensée pour la vie en communauté. Chacun dispose d’un espace privé, souvent une chambre avec salle d’eau, et partage le reste : cuisine, salon, buanderie, parfois salle de sport, jardin ou espace de travail.

À la différence d’une colocation classique, le coliving est géré par un opérateur, qui propose une offre tout compris. Le cabinet Xerfi en retient plusieurs critères :

  • un loyer qui inclut les charges et les abonnements, comme l’énergie et internet ;
  • un logement meublé et pensé pour la vie en communauté ;
  • un engagement souple, avec un préavis d’un mois en général ;
  • des démarches simplifiées pour entrer dans les lieux ;
  • des services, comme le ménage des parties communes.

Ces critères restent indicatifs, car le coliving ne dispose d’aucune définition juridique en France.

Comment fonctionne le coliving ?

Le résident réserve sa chambre en ligne, signe un contrat et pose ses valises dans un logement prêt à vivre. L’opérateur s’occupe du reste et anime souvent la communauté : repas partagés, soirées, ateliers ou séances de sport. Certains lieux sont conçus pour vivre et travailler au même endroit, avec un espace de travail ouvert jour et nuit : ils s’adressent aux freelances, aux télétravailleurs et aux nomades digitaux, qui y trouvent une communauté de projet, le temps d’un séjour.

Le coliving vise d’abord les millennials et les jeunes actifs qui déménagent souvent et quittent de plus en plus tard le foyer familial. En 2020, 47 % des 18-34 ans avaient déjà entendu parler du coliving, mais moins de 10 % l’avaient essayé, selon un sondage YouGov. Les services inclus et la dimension communautaire étaient ses principaux atouts à leurs yeux. Depuis, le marché s’est structuré : Xerfi compte plus d’une trentaine d’opérateurs disposant d’au moins deux sites, et le secteur attire les investisseurs.

Les origines du coliving : des hacker houses aux résidences

Le coliving moderne est né dans la baie de San Francisco, au cœur de l’économie numérique. En 2006, cinq jeunes ingénieurs embauchés au centre de recherche Ames de la NASA louent ensemble une grande maison à Cupertino, la Rainbow Mansion. Ils y organisent hackathons et débats, et la maison accueille en six ans une soixantaine de résidents venus de douze pays, raconte Shareable.

Ces hacker houses, où vivent et travaillent ensemble développeurs et créateurs de start-up, se multiplient ensuite dans la région, avant d’inspirer des opérateurs professionnels à Londres, New York, Berlin ou Paris. Le coliving s’est depuis ouvert à un public plus large que les seuls entrepreneurs.

Qu’est-ce que le cohoming ?

Le cohoming, ou cotravail à domicile, est une forme de coworking dans laquelle l’espace de travail partagé est le logement de l’un des participants, selon la définition de l’Office québécois de la langue française. Un freelance qui travaille chez lui ouvre sa porte à d’autres indépendants, étudiants ou demandeurs d’emploi, le temps d’une journée, avant de retrouver son intérieur le soir.

En France, la plateforme Cohome, lancée en octobre 2016 par Laura Choisy et Madhu Desbois, a popularisé la formule, avec des places proposées entre 1 et 10 euros par jour, rapporte Maddyness. La plateforme a depuis fermé, mais la pratique s’est poursuivie via les réseaux sociaux, à Paris, Lyon, Nantes ou Grenoble. Les hôtes demandent souvent quelques euros pour le thé et le café, quand ils ne reçoivent pas gratuitement, alors qu’un abonnement en espace de coworking coûtait de 99 à 300 euros par mois, selon The Local. En contrepartie, l’espace est moins équipé et moins ergonomique qu’un bureau professionnel.

Le cohoming convient aux indépendants qui démarrent leur activité et ont peu de moyens. Il permet surtout de rompre l’isolement du travail à domicile, de rencontrer d’autres professionnels et de s’entraider.

Coliving et cohoming : quelles limites ?

Vivre et travailler avec les mêmes personnes suppose d’accepter une vie privée réduite : les espaces personnels sont petits et tout est fait pour encourager les échanges. Certains résidents finissent par rechercher plus de calme et d’intimité. Le cohoming demande, lui, une vraie confiance entre l’hôte et ses invités.

Le prix du coliving fait aussi débat. À Paris, des chambres de 20 m² se louent parfois jusqu’à 1 850 euros par mois, et la mairie reproche à certains opérateurs de contourner l’encadrement des loyers. Fin 2025, elle a annoncé une politique « zéro coliving », en s’opposant à tout nouveau projet, rapporte SeLoger. L’Île-de-France compte environ 7 500 lits de coliving, et 6 800 autres sont en projet.

Ce que révèlent ces nouvelles façons de vivre et de travailler

Ces formes de vie et de travail collaboratifs témoignent des difficultés des travailleurs de l’ère numérique, entre loyers élevés, revenus irréguliers et solitude, dans une économie à la tâche en plein essor. Elles répondent aussi à un besoin de communauté : partager un toit ou un bureau permet de ne pas se couper du monde et de traverser à plusieurs les périodes de transition.

Si le numérique a ouvert une nouvelle ère de collaboration, le temps et l’espace réservés à la vie privée semblent néanmoins se réduire. Pour découvrir d’autres modes de vie partagés, lisez aussi notre article sur le voyage collaboratif.

Citation :

« Et parfois il me prend des mouvements soudains / De fuir dans un désert l’approche des humains. »

Molière, Le Misanthrope (1666), acte I, scène 1, Alceste

Laisser un commentaire