Pâte de fruits : la recette maison et la technique

La pâte de fruits est une confiserie de fruit cuit avec du sucre et de la pectine, coulée en cadre, séchée puis découpée et roulée dans le sucre cristallisé. On l’appelait autrefois la confiture sèche, parce qu’elle est née comme une façon de conserver la chair des fruits sans bocal ni froid. Une pâte de fruits réussie tient en une ligne : assez de pectine pour prendre, assez de sucre pour se conserver, assez d’acide pour déclencher la prise, et une cuisson menée au degré près. Voici la recette d’une pâte de fruits au fruit de la passion, et la méthode pour la transposer à n’importe quel fruit.

Ce qui se passe dans une pâte de fruits

Une confiture s’arrête vers 65 % de sucre et reste tartinable. Une pâte de fruits monte jusqu’à 74 à 76 %, ce qui la rend assez sèche pour être coupée au couteau et manipulée à la main. C’est toute la différence, et elle se lit sur le thermomètre : on cuit jusqu’à 106 ou 107 °C, température à laquelle un sirop atteint précisément cette concentration.

La prise, elle, ne vient pas du sucre mais de la pectine, et pas de n’importe laquelle. La pectine jaune, celle des confiseurs, ne gélifie qu’en présence de beaucoup de sucre et d’un milieu acide, et surtout elle est irréversible : une fois prise, elle ne se défait plus, ce qui permet de démouler et de découper. Les gélifiants à confiture du commerce, eux, contiennent le plus souvent de la pectine NH, qui redevient souple à la chaleur et donne une pâte molle qui colle au couteau.

L’acide arrive en dernier, et c’est le point que presque toutes les recettes de particuliers manquent. Tant qu’il n’est pas là, la pectine reste en attente ; dès qu’on l’ajoute, la prise s’amorce. Versé au début, il fait travailler la pectine pendant toute la cuisson, qui s’épuise avant d’avoir atteint la bonne concentration : la pâte grène, rend de l’eau au bout de deux jours, ou ne prend pas du tout. Versé après le coup de feu, il déclenche la prise au bon moment.

Le glucose, enfin, n’a aucun rôle de goût. Il empêche le saccharose de recristalliser pendant les semaines de conservation. Sans lui, la pâte devient sableuse.

Ingrédients

Niveau de difficulté : moyen, un thermomètre de cuisson est indispensable
Temps de préparation : 25 min
Temps de repos : 24 h à température ambiante, à découvert
Temps de cuisson : 15 min
Temps total : 24 h 40
Portions : environ 60 carrés (cadre ou moule carré de 20 à 22 cm)
500 g de purée ou de jus de fruit de la passion
450 g de sucre cristallisé
50 g de sucre cristallisé, à part, pour la pectine
10 g de pectine jaune (2 % du poids de purée)
90 g de sirop de glucose
6 g d’acide citrique dilués dans 6 g d’eau froide, ou le jus filtré d’un demi-citron
30 g de pâte de fruit de la passion concentrée, facultatif
Sucre cristallisé pour l’enrobage

Préparation de la pâte de fruits

  • Chemisez entièrement, fond et bords, un cadre ou un moule carré de 20 à 22 cm avec du papier sulfurisé, et posez-le sur une plaque. Faites-le avant de commencer : une fois à température, la pâte prend en quelques minutes et n’attend pas.
  • Mélangez intimement, à sec, les 50 g de sucre réservés avec la pectine jaune. C’est ce qui l’empêchera de faire des grumeaux, et c’est la seule précaution qui compte à cette étape.
  • Diluez l’acide citrique dans son poids d’eau froide et réservez le petit récipient à portée de main, près du feu.
  • Versez la purée de fruit de la passion dans une casserole à fond épais, ajoutez si vous en avez la pâte concentrée, et chauffez à feu moyen jusqu’à 40 °C environ, c’est-à-dire à peine tiède.
  • Versez en pluie le mélange sucre et pectine, en fouettant sans arrêt, puis portez à ébullition.
  • Ajoutez les 450 g de sucre en deux fois et le glucose, en laissant reprendre l’ébullition entre les deux.
  • Cuisez à feu moyen sans cesser de remuer avec une spatule, en raclant le fond, jusqu’à 106 à 107 °C au thermomètre. Comptez une dizaine de minutes ; la masse devient plus lourde et retombe en nappe.
  • Versez alors l’acide dilué, mélangez cinq secondes, laissez bouillir un instant et retirez du feu immédiatement.
  • Coulez aussitôt dans le cadre, en une seule fois, sans racler la casserole : le fond contient toujours des points plus cuits qui feraient des grains.
  • Laissez reposer 24 h à température ambiante, à découvert. Ne filmez pas et ne réfrigérez pas : la pâte doit perdre un peu d’humidité en surface, et un film emprisonnerait la condensation.
  • Démoulez le lendemain, découpez en carrés de 2,5 cm avec un couteau à lame lisse passé sous l’eau chaude et essuyé entre chaque coupe.
  • Roulez les carrés dans le sucre cristallisé juste avant de servir. Enrobés trop tôt, ils font fondre leur sucre et deviennent poisseux.

Adapter la pâte de fruits à n’importe quel fruit

La méthode ne change pas, seules les proportions bougent, et la règle tient en trois lignes.

La règle
Pectine jaune : 2 % du poids de purée, soit 10 g pour 500 g. Descendez vers 1,5 % pour la pomme, le coing et les agrumes, naturellement riches en pectine.
Sucre : à peu près le poids de la purée, un peu moins pour un fruit très sucré comme la banane ou la mangue, un peu plus pour un fruit très acide.
Acide : indispensable pour la framboise, l’abricot, la fraise, la mangue et la poire. Facultatif pour les agrumes et les fruits rouges très acides, où la purée en apporte déjà.
Cuisson : 105 à 107 °C selon le fruit, toujours au thermomètre, jamais à l’œil.

Trois déclinaisons existent déjà sur le site et illustrent chacune un cas différent : la pâte de fruits à la framboise pour un fruit acide à passer au tamis, les pâtes de fruits aux pommes pour un fruit si riche en pectine qu’il se passe d’ajout, et la pâte de coing pour la version la plus ancienne de toutes.

Ce qui décide de la réussite

  • Le thermomètre. Deux degrés en dessous et la pâte reste molle, deux degrés au-dessus et elle devient dure et collante. C’est le seul ustensile sans lequel la recette ne fonctionne pas.
  • La casserole. Un fond épais et large, jamais une casserole haute : l’évaporation doit être rapide et régulière, sinon le fruit cuit trop longtemps et perd son goût frais.
  • Le mélange sucre et pectine. Jetée seule dans un liquide chaud, la pectine jaune fait des grumeaux qui ne se défont plus et qui laissent des zones molles dans la pâte finie.
  • La spatule. Vers la fin de la cuisson, la masse attache très vite. Il faut racler le fond en permanence, sans quoi les points caramélisés donnent une amertume que rien ne rattrape.
  • Le temps de repos. La pectine finit son travail pendant les vingt-quatre heures qui suivent. Découpée trop tôt, la pâte s’affaisse et colle.

Questions fréquentes

Peut-on faire une pâte de fruits sans pectine jaune ?

Oui, avec des fruits qui en contiennent naturellement beaucoup, la pomme, le coing et les agrumes, à condition d’accepter une cuisson beaucoup plus longue et un résultat moins régulier. Pour tous les autres fruits, et pour la passion en particulier, la pectine jaune n’est pas un raccourci mais la condition de la prise.

Ma pâte de fruits n’a pas pris, que faire ?

Elle se rattrape. Remettez-la dans la casserole avec 2 g de pectine jaune mélangés à 20 g de sucre, refaites monter à 107 °C, ajoutez l’acide en fin de cuisson et coulez à nouveau. Les trois causes habituelles sont une cuisson arrêtée trop tôt, un acide versé au début, et une pectine à confiture employée à la place de la pectine jaune.

Pourquoi ma pâte de fruits rend-elle de l’eau au bout de deux jours ?

C’est de la synérèse : le gel s’est contracté et a expulsé une partie de son eau. Presque toujours parce qu’il y a trop d’acide, ou parce que l’acide a été ajouté trop tôt. Sur un fruit déjà très acide comme la passion, la moitié d’un citron en plus suffit à provoquer le phénomène.

Combien de temps se conserve une pâte de fruits ?

Trois semaines à un mois dans une boîte hermétique, au sec et à l’abri de la lumière, à température ambiante. Surtout pas au réfrigérateur, où l’humidité fait fondre l’enrobage de sucre. C’est le taux de sucre élevé, et non le froid, qui assure la conservation, exactement comme au temps de la confiture sèche.

Qu’est-ce que la pâte de fruit concentrée de la liste ?

C’est une pâte aromatique de professionnel, très concentrée, qui renforce le goût du fruit sans ajouter d’eau. Elle est facultative : sans elle, la recette fonctionne exactement de la même façon, avec un parfum un peu moins soutenu. On peut aussi la remplacer par 50 g de purée supplémentaire réduite de moitié à la casserole.

Dans le même registre de confiserie maison, voyez aussi nos loukoums et nos fruits déguisés.

Citation sur la cuisine :

« Je pense que les cuisiniers sont des marchands de bonheur, des marchands de plaisir. Je pense qu’une sorte de générosité est indispensable quand on est cuisinier : il faut donner, partager et aimer faire plaisir. »

Alain Ducasse

Recette à imprimer :

Pâte de fruits au fruit de la passion coupée en carrés et roulée dans le sucre cristallisé

Pâte de fruits

La recette maison et la technique
Temps de préparation 25 minutes
Temps de cuisson 15 minutes
Repos 1 day
Temps total 1 day 40 minutes
Portions: 60 carrés
Type de plat: Confiseries
Cuisine: Française

Ingrédients
  

  • 500 g purée ou de jus de fruit de la passion
  • 450 g sucre cristallisé
  • 50 g sucre cristallisé, à part, pour la pectine
  • 10 g pectine jaune (2 % du poids de purée)
  • 90 g sirop de glucose
  • 6 g acide citrique dilués dans 6 g d’eau froide, ou le jus filtré d’un demi-citron
  • 30 g pâte de fruit de la passion concentrée, facultatif
  • Sucre cristallisé pour l’enrobage

Matériel

  • 1 moule ou un cadre carrés de 20 à 22 cm de côté
  • 1 casserole

Préparation
 

  1. Chemisez entièrement, fond et bords, un cadre ou un moule carré de 20 à 22 cm avec du papier sulfurisé, et posez-le sur une plaque. Faites-le avant de commencer : une fois à température, la pâte prend en quelques minutes et n’attend pas.
  2. Mélangez intimement, à sec, les 50 g de sucre réservés avec la pectine jaune. C’est ce qui l’empêchera de faire des grumeaux, et c’est la seule précaution qui compte à cette étape.
  3. Diluez l’acide citrique dans son poids d’eau froide et réservez le petit récipient à portée de main, près du feu.
  4. Versez la purée de fruit de la passion dans une casserole à fond épais, ajoutez si vous en avez la pâte concentrée, et chauffez à feu moyen jusqu’à 40 °C environ, c’est-à-dire à peine tiède.
  5. Versez en pluie le mélange sucre et pectine, en fouettant sans arrêt, puis portez à ébullition.
  6. Ajoutez les 450 g de sucre en deux fois et le glucose, en laissant reprendre l’ébullition entre les deux.
  7. Cuisez à feu moyen sans cesser de remuer avec une spatule, en raclant le fond, jusqu’à 106 à 107 °C au thermomètre. Comptez une dizaine de minutes ; la masse devient plus lourde et retombe en nappe.
  8. Versez alors l’acide dilué, mélangez cinq secondes, laissez bouillir un instant et retirez du feu immédiatement.
  9. Coulez aussitôt dans le cadre, en une seule fois, sans racler la casserole : le fond contient toujours des points plus cuits qui feraient des grains.
  10. Laissez reposer 24 h à température ambiante, à découvert. Ne filmez pas et ne réfrigérez pas : la pâte doit perdre un peu d’humidité en surface, et un film emprisonnerait la condensation.
  11. Démoulez le lendemain, découpez en carrés de 2,5 cm avec un couteau à lame lisse passé sous l’eau chaude et essuyé entre chaque coupe.
  12. Roulez les carrés dans le sucre cristallisé juste avant de servir. Enrobés trop tôt, ils font fondre leur sucre et deviennent poisseux.

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