Tomber de Charybde en Scylla, c’est échapper à un danger pour tomber dans un autre, encore plus grave. Cette expression savante, héritée de l’Odyssée d’Homère, fait référence à deux monstres marins qui gardaient, selon la légende, le détroit de Messine. Que signifie exactement tomber de Charybde en Scylla, d’où vient-elle et comment l’employer ? Voici tout ce qu’il faut savoir sur l’expression tomber de Charybde en Scylla.
Tomber de Charybde en Scylla : signification
L’expression signifie aller de mal en pis : en cherchant à éviter un danger ou un désagrément, on se retrouve face à un péril plus grand encore. Elle s’emploie aussi bien pour une situation grave que, sur un ton plus léger, pour une suite de contrariétés : en quittant ce poste épuisant pour un patron tyrannique, il est tombé de Charybde en Scylla.
Les deux noms s’écrivent avec une majuscule, puisqu’il s’agit de noms propres, et se prononcent « ka-ribd » et « sil-la ».
D’où vient l’expression de Charybde en Scylla ?
Charybde et Scylla apparaissent au chant XII de l’Odyssée. Sur le chemin du retour vers Ithaque, juste après avoir échappé aux sirènes, Ulysse doit franchir un passage étroit gardé par deux monstres qui se font face, de part et d’autre du détroit. Prévenu par la magicienne Circé, il choisit de passer près de Scylla plutôt que de risquer de perdre tout son navire dans le gouffre de Charybde. Le prix à payer est lourd : Scylla dévore six de ses compagnons, rappelle Expressio. Plus tard, après le naufrage de son navire, Ulysse échappe de justesse à Charybde en s’agrippant à un figuier qui surplombe le gouffre.
Les deux monstres sont si proches l’un de l’autre qu’en s’éloignant du premier, on s’expose au second : c’est l’image qui a donné naissance à l’expression.
Qui sont Charybde et Scylla ?
Charybde, le gouffre qui engloutit la mer
Charybde est un monstre qui, trois fois par jour, aspire les eaux du détroit avec tout ce qui y flotte, puis les recrache. Selon la légende, c’était à l’origine une fille de Poséidon et de Gaïa, d’une gourmandise insatiable. Pour avoir volé et dévoré une partie des bœufs que ramenait Héraclès lors de son dixième travail, elle fut foudroyée par Zeus et précipitée dans la mer, où elle devint un monstre.
Scylla, le monstre aux six têtes
Scylla est décrite par Homère comme une créature terrifiante, aux douze pieds et aux six cous très longs, terminés chacun par une tête armée de trois rangées de dents. Tapie dans une grotte, elle saisit les marins qui passent à sa portée. Dans les Métamorphoses d’Ovide, Scylla est d’abord une belle nymphe qui repousse les avances du dieu marin Glaucos. Celui-ci demande l’aide de Circé, mais la magicienne, amoureuse de lui et jalouse, empoisonne l’eau où se baigne Scylla, qui se transforme en monstre.
Le détroit de Messine, berceau de la légende
Dès l’Antiquité, l’historien grec Thucydide situe Charybde dans le détroit de Messine, entre la Sicile et la Calabre, un passage réputé dangereux à cause de son étroitesse et des courants venus de la mer Tyrrhénienne et de la mer Ionienne (La Guerre du Péloponnèse, livre IV). Charybde serait un tourbillon situé côté sicilien, près de Messine, et Scylla un rocher sur la rive calabraise, où se trouve aujourd’hui la petite ville de Scilla.
Les marins qui voulaient éviter le tourbillon risquaient de se fracasser contre les rochers d’en face. Aujourd’hui encore, le détroit est connu pour ses forts courants de marée. Il fait aussi l’objet d’un projet de pont suspendu géant entre la Sicile et le continent : après le refus de la Cour des comptes italienne en octobre 2025, le gouvernement espère lancer les travaux fin 2026, pour un coût estimé à 10,5 milliards d’euros, rapporte QuiFinanza.
De Charybde en Scylla dans la langue française
L’image est déjà proverbiale au Moyen Âge. Vers 1180, le poète Gautier de Châtillon écrit dans son épopée latine, l’Alexandréide, un vers resté célèbre : Incidis in Scyllam cupiens vitare Charybdim, « tu tombes sur Scylla en voulant éviter Charybde », selon La Langue française. En français, l’expression est employée depuis le XIVe siècle.
C’est Jean de La Fontaine qui l’a popularisée, avec sa fable La Vieille et les deux Servantes (livre V, 1668). Deux servantes, réveillées chaque matin au chant du coq par leur maîtresse, tuent l’animal pour dormir plus longtemps. Mais la vieille, craignant de laisser passer l’heure, les réveille désormais en pleine nuit. La morale tient en deux vers, dans l’orthographe de l’époque, cités par La Culture générale :
La Vieille, au lieu du Coq, les fit tomber par là / De Caribde en Sylla.
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Synonymes et équivalents
- aller de mal en pis ou de pire en pire ;
- aller d’un écueil à un autre, ou se retrouver dans une situation pire que la précédente ;
- en anglais, out of the frying pan into the fire, ou between Scylla and Charybdis pour désigner un choix entre deux dangers ;
- en italien, tra Scilla e Cariddi.
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Citation :
« Incidis in Scyllam cupiens vitare Charybdim (Tu tombes sur Scylla en voulant éviter Charybde). »
Gautier de Châtillon, Alexandréide (vers 1180)