Au travail, en amitié ou en amour, certaines personnes semblent puiser l’énergie, l’entrain et la bonne humeur de leur entourage sans jamais rien rendre. On les surnomme les vampires psychiques. D’abord inoffensifs, souvent charmants ou placés en position de victime, ils finissent par épuiser ceux qui les écoutent. L’expression n’a rien d’un diagnostic médical, mais elle décrit des relations déséquilibrées bien réelles. Voici comment reconnaître les vampires psychiques, mesurer leur influence et se protéger des vampires psychiques sans culpabiliser.
Qu’est-ce qu’un vampire psychique ?
Un vampire psychique est une personne qui se nourrit de l’attention, de l’écoute et de l’élan des autres pour son propre bien-être, sans rien offrir en retour. La psychologue Tchiki Davis, fondatrice du Berkeley Well-Being Institute, décrit dans Psychology Today ces « vampires d’énergie » comme des personnes qui s’en prennent de préférence aux personnes très sensibles, empathiques ou joyeuses, et qui prennent plus d’énergie qu’elles n’en donnent.
Tous n’agissent pas par calcul. Certains n’ont tout simplement pas conscience de l’effet qu’ils produisent sur les autres. D’autres présentent des traits proches de certains troubles de la personnalité, notamment narcissique, comme le souligne la psychologue. C’est ce qui les distingue, en principe, du « pervers narcissique », qui manipule de manière délibérée et durable.
Vampire psychique ou pervers narcissique ?
Aucune de ces deux expressions ne figure dans les manuels de diagnostic. Le terme de pervers narcissique a été forgé en 1986 par le psychanalyste Paul-Claude Racamier, mais le DSM-5, la classification américaine des troubles mentaux, ne reconnaît que le trouble de la personnalité narcissique, rappelle Slate. Plusieurs psychologues jugent d’ailleurs l’étiquette trop vite employée. Pour en savoir plus, découvrez le mythe de Narcisse et les origines du narcissisme.
D’où vient l’expression « vampires psychiques » ?
L’idée d’un vampire qui se nourrirait non pas de sang, mais de l’énergie vitale d’autrui, est apparue dans les milieux ésotériques. En 1930, l’occultiste britannique Dion Fortune consacre un chapitre au « vampirisme » dans son livre Psychic Self-Defense (Autodéfense psychique). L’image passe ensuite dans le langage courant et dans la psychologie populaire.
En 2001, le psychologue américain Albert J. Bernstein publie Emotional Vampires: Dealing with People Who Drain You Dry (McGraw-Hill). Il y décrit cinq grands types de « vampires émotionnels » inspirés des troubles de la personnalité : antisocial, histrionique, narcissique, obsessionnel-compulsif et paranoïaque, la plupart des personnes difficiles mêlant plusieurs de ces profils.
Comment reconnaître les vampires psychiques ?
Incapables de se ressourcer seuls sur le plan émotionnel, les vampires psychiques savent rarement écouter ou donner. Souvent égocentrés, en quête permanente d’attention, ils se montrent avares de réciprocité et de gratitude. Ce peut être un collègue qui s’approprie le travail des autres, un petit chef qui s’arroge les idées de son équipe, un ami ou un partenaire en demande constante. On distingue plusieurs profils types :
- le plaintif : il raconte ses malheurs à longueur de journée et voit tout en noir ;
- le tragédien ou la victime : sa vie est une succession de drames, et il attend que vous les régliez ;
- le critique : il sait tout, et rien n’est jamais assez bien pour lui ;
- le parleur infatigable : il déverse ses pensées et ses émotions sans s’intéresser à celles des autres ;
- l’égocentrique : il cherche à être admiré et à faire tourner le monde autour de lui ;
- l’indifférent : il se referme et laisse l’autre s’épuiser à le questionner, jusqu’à culpabiliser ;
- le fouineur : il questionne à tout propos, par curiosité ou par jalousie ;
- l’intimidateur : il râle, impose et rabaisse pour obtenir ce qu’il veut ;
- le sarcastique : il tourne tout en dérision et réduit chaque projet à néant.
Quelques signaux d’alerte reviennent souvent, selon Tchiki Davis : la personne ne reconnaît jamais ses torts et blâme les circonstances, minimise vos difficultés en affirmant que les siennes sont pires, se trouve au cœur de tous les drames et transforme chaque conversation en monologue. Pour aller plus loin, découvrez comment repérer les collègues toxiques, les amitiés toxiques, une relation de couple toxique ou des parents toxiques.
Quelles conséquences pour leur entourage ?
Les personnes empathiques, les aidants et ceux qui ont du mal à dire non sont les cibles idéales. À force d’absorber les plaintes, la colère ou l’amertume de l’autre, elles se sentent vidées, tendues, parfois coupables de ne pas en faire assez. À la longue, une relation aussi déséquilibrée peut entretenir le stress, la fatigue, les troubles du sommeil et une baisse de l’estime de soi. Au travail, elle peut contribuer à l’épuisement professionnel, le burn-out. Les personnes hypersensibles y sont particulièrement exposées.
Le risque est aussi de se laisser gagner par cette négativité, et d’adopter à son tour la critique, le pessimisme ou la dérision. Si la fatigue ou l’anxiété s’installent, il ne faut pas hésiter à en parler à un médecin ou à un psychologue.
Comment se protéger des vampires psychiques ?
Quelques principes, plus simples à énoncer qu’à appliquer, aident à préserver son énergie :
- rester lucide sur la nature de la relation : écouter son intuition et observer comment on se sent après chaque échange ;
- ne pas se fier aux apparences : gentillesse, séduction ou posture de victime peuvent masquer une relation à sens unique ;
- poser des limites : voir la personne moins souvent, ne pas répondre immédiatement à chaque sollicitation, savoir refuser ;
- ajuster ses attentes : on ne change pas l’autre, mais on peut décider de l’énergie qu’on lui consacre ;
- dire les choses : si l’on tient à la relation, expliquer calmement l’effet que produit son comportement ;
- s’entourer de personnes positives et privilégier les relations équilibrées ;
- prendre soin de soi, par exemple grâce à la
- pleine conscience
- , pour retrouver calme et recul.
Renforcer sa confiance et son estime de soi, cesser de se dévaloriser et renoncer à vouloir sauver tout le monde permet de ne plus se laisser happer par ces relations épuisantes. Lorsque la relation devient humiliante ou menaçante, on ne parle plus de vampirisme ordinaire. Au travail, des agissements répétés qui dégradent les conditions de travail peuvent relever du harcèlement moral, un délit, précise le Code du travail numérique. Dans le couple, les femmes victimes de violences et leurs proches peuvent appeler le 3919, numéro gratuit et anonyme, indique Santé.fr.
Citation :
« Mon opinion est qu’il se faut prêter à autrui et ne se donner qu’à soi-même. »
Michel de Montaigne, Essais, livre III, chapitre 10, « De ménager sa volonté »